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Un vaccin contre le sida a facilité l’infection par le virus

5 novembre 2008 (Le Figaro)

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Fin 2007, un essai de vaccin contre le sida était arrêté du fait de l’absence de résultats. On découvre aujourd’hui que ce candidat vaccin facilitait l’infection.

La course pour la mise au point d’un vaccin contre le sida est pavée d’obstacles. Plusieurs grandes firmes pharmaceutiques ont d’ailleurs jeté l’éponge devant les difficultés qui s’amoncelaient. La publication hier d’une étude française montrant qu’un vaccin expérimental du laboratoire Merck - dont l’essai a été arrêté en 2007 - a facilité l’infection par le virus, risque de ne rien arranger.

C’était l’un des candidats vaccins les plus prometteurs. Mais en septembre 2007, après trois ans d’essais sur des milliers de volontaires, force a été de se rendre à l’évidence : le candidat vaccin ne marchait pas. En 2004, l’essai clinique du V520 était lancé sur 3 000 volontaires séronégatifs de 18 à 45 ans aux États-Unis, en ­Australie, au Pérou, en Afrique du Sud. La moitié des volontaires, des personnes saines mais à risque (homosexuels, prostituées…), reçoivent trois injections du V520, tandis que l’autre moitié, trois doses d’un placebo (produit inactif). En 2007, après une première évaluation, il apparaît que sur les 741 personnes ayant reçu au moins une dose du V520, 24 cas d’infection au VIH sont constatés alors que chez les 762 n’ayant reçu que le placebo, 21 cas sont relevés. Le vaccin ne protège pas. L’essai est arrêté.

Des travaux de l’Institut de génétique moléculaire de Montpellier, publiés cette semaine dans The Journal of Experimental Medicine, montrent comment ce vaccin, qui avait suscité de grands espoirs pour lutter contre le sida, s’est non seulement avéré inefficace pour empêcher l’infection par le virus, mais l’a facilitée. Le vaccin utilisé par Merck était basé sur une souche affaiblie du virus très commun du rhume, l’adénovirus 5, dans lequel avaient été insérées des portions de VIH qui devaient normalement déclencher une réponse du système immunitaire contre une infection ultérieure par le VIH.

Un rôle facilitateur Or, les chercheurs se sont rendu compte que les volontaires ayant bénéficié de ce vaccin expérimental et qui de surcroît avaient une immunisation forte contre l’adénovirus (en raison d’un rhume ancien) étaient aussi plus nombreux à être infectées par le VIH par rapport à ceux n’ayant pas d’immunité contre l’adéno­virus. La présence dans l’organisme des anticorps générés par des infections anciennes avec l’adénovirus pourrait avoir altéré la réponse immunitaire au vaccin anti-VIH. Pour confirmer cela, les chercheurs ont montré, en éprouvettes, que le virus du sida se propage dans des cultures cellulaires trois fois plus rapidement lorsqu’ils sont en présence d’anticorps dirigés contre l’adénovirus Ad5. Il faut souligner cependant que les volontaires contaminés pendant l’essai l’ont été, non pas à cause du vaccin, mais parce qu’ils avaient été exposés au virus du fait de pratiques à risque. Le vaccin n’ayant joué qu’un rôle facilitateur.

Le vaccin de Merck avait été testé initialement chez les primates, qui ne sont pas naturellement en contact avec l’adénovirus. C’est pourquoi ce problème n’avait pas pu être observé pendant les essais sur les animaux dits de phase 1.

Ce travail permet de mieux comprendre les mécanismes d’infection des cellules par le virus du sida et pourrait permettre à l’avenir d’améliorer les prochains candidats vaccins.

Martine Perez

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