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Bertrand Audoin | Caritatif et contrôle social | Financement de la lutte contre le sida | Institutions sociales | Protection sociale

« Militant » n’est pas un gros mot

5 juillet 2008 (lemegalodon.net)

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La générosité des donateurs de Sidaction doit-elle servir à combler la baisse des financements publics ?

En 2007, Sidaction, association financée à 90 % par des dons de particuliers, a consacré 11 millions et demi d’euros pour la recherche, la qualité de vie et des soins, la prévention et l’aide aux malades, en France et dans 30 autres pays. C’est 1 million cent mille euros de plus qu’en 2006. C’est presque deux fois plus qu’en 2003. Sidaction est donc le premier soutien privé en France à la lutte contre le sida. Nous avons aussi financé plus tôt les programmes que nous avions sélectionnés.

C’est d’autant plus important que, si la nouvelle est bonne pour tous les partenaires de Sidaction, nous avons peur qu’elle soit l’arbre qui cache la forêt. Certaines associations partenaires de Sidaction, en Rhône-Alpes par exemple, sont extrêmement inquiètes de la pression qu’un préfet peut faire peser sur leurs subventions auprès de leurs interlocuteurs publics, malgré la qualité unanimement reconnue de leurs programmes et pour des raisons purement idéologiques. De tels excès seront-ils amenés à se multiplier ? Va-t-on devoir se méfier des préfectures ?

Ce n’est pas notre seule inquiétude. Après la mise en place des franchises médicales dans laquelle nous avons été ignorés, on nous a annoncé des déremboursements de masse pour les retirer quelques jours après. Quelle sera la prochaine étape pour taxer ceux qui ont le moins ? Quelle va être la future politique en matière de réduction des risques avec les toxicomanes ? Va-t-on sacrifier les bons résultats épidémiologiques - quasiment plus de nouveaux cas de sida chez les toxicomanes -au nom de positionnements idéologiques, qui semblent par ailleurs tant détestables pour nos gouvernants quand ils viennent des autres ?

La tarification à l’acte, avec les effets pervers dans les services hospitaliers sur tout ce qui n’est, justement, pas quantifiable, va-t-elle être généralisée à tous les dispositifs d’hébergement, et entraîner les mêmes effets, au risque que ce soit encore une fois les associations qui cherchent ailleurs que dans le soutien public des moyens de compensation des pertes de financement ?

La recherche se porte-t-elle mieux ? Le ministère de la Recherche, après avoir enfin a priori entendu notre appel à un vrai statut de salarié pour les chercheurs doctorants et post-doctorants, n’a assorti cette démarche d’aucune des ressources humaines et financières indispensables. Des associations comme Sidaction se trouvent seules à devoir payer les charges salariales et patronales des employeurs publics et à surmonter les difficultés administratives de la mise en place de chaque contrat. Conclusion : les jeunes chercheurs auront des contrats dans les laboratoires publics mais l’État ne paiera pas.

La réorganisation de la recherche en France est-elle devant nous ? C’est toutefois ce que nous disent les chercheurs. Sidaction, comme d’autres organisations qui soutiennent la recherche, par son expérience unique et sa proximité avec les chercheurs, pourrait avoir un rôle clé dans ce processus. Rappelons que nous y consacrons la moitié de nos moyens.

L’international ? Esther, instrument indispensable à l’amélioration de l’accès aux traitements et des structures de soins a vu sa subvention publique divisée par deux cette année. Alors que le budget 2009 de l’État est en préparation, nous n’avons que des déclarations orales sur l’avenir de cette subvention. Unitaid, structure publique de facilitation d’achat de médicaments via la taxe sur les billets d’avion, réfléchit à la possibilité de faire appel à des dons de particuliers - un peu comme si le ministère de la Santé faisait des appels à dons. Où est le concept de solidarité nationale, que doivent garantir les impôts et les taxes ? Enfin, la contribution réellement versée par la France au Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme est en baisse, et rien ne garantit qu’elle va remonter. La générosité de plus en plus grande des donateurs de Sidaction va-t-elle servir à combler la baisse des financements publics ? C’est tout ce que nous ne voulons pas. Il faut que les pouvoirs publics comprennent que « militant » n’est pas un gros mot, et que notre objectif n’est pas de nous opposer par principe, mais de trouver des solutions en commun.

Par Bertrand Audoin, directeur général de Sidaction.