Skip to main content.

Bruno Spire | Les stars et le sida

Bruno Spire : itinéraire d’un chercheur engagé

8 octobre 2008 (INSERM)

1 Message | Recommander cet article | Votez pour cet article

Voir en ligne : Bruno Spire : itinéraire d’un chercheur engagé

Pour beaucoup, la vie est cloisonnée : on est un personnage au travail, un autre avec ses amis, un troisième dans sa privée ou intime. Des mondes séparés, où l’on se perd parfois. Bruno Spire, lui, semble avoir fait de cette multiplicité une force. À la fois chercheur, membre actif de l’association Aides depuis 1988 et président depuis 2007, séropositif depuis 1997, Bruno Spire porte « plusieurs casquettes ». Avec un point commun, le sida.

Etudiant en médecine, il fait en 1981 un stage dans le laboratoire de recherche fondamentale de Françoise Barré-Sinoussi, à l’Institut Pasteur (Paris). Cette même année, une nouvelle maladie dévastatrice fait son apparition dans la communauté homosexuelle californienne. Dès 1983, il intègre cette équipe pour 4 ans. « J’ai immédiatement eu envie de travailler sur le sida. Le VIH concernait les homos et je suis homo, explique-t-il. Pour la première fois, on mettait sur la scène publique l’homosexualité. Il faut se souvenir qu’elle était tout juste dépénalisée, et qu’on n’en parlait pas. Et d’un coup, l’homosexualité est largement évoquée dans la presse. »

Outre ses motivations personnelles, Bruno Spire était alors fasciné par la multidisciplinarité. Toutes les forces vives - médecins, psys, virologistes, immunologistes - travaillaient de concert avec les tout premiers malades français. Quand il parle de cette époque, Bruno Spire a les yeux qui brillent et nous fait partager l’enthousiasme présent dans le laboratoire. En pleine effervescence, l’équipe de Françoise Barré-Sinoussi essayait de démontrer que le virus isolé était bien l’agent causal de la maladie.

En 1987, Bruno Spire découvre le militantisme lors d’une conférence organisée à Washington, où il rencontre un groupe de malades, militants de l’association Act Up, venus rappeler que la finalité de la recherche, c’est eux. « Je trouvais courageux de pouvoir se lever devant l’assistance » explique Bruno Spire. Séduit, ce dernier s’engage auprès d’Aides à Marseille, où il s’installe en 1990 pour travailler en tant que chargé de recherche Inserm dans le laboratoire de virologie dirigé par J.C. Chermann à Luminy, puis dans celui de Robert Vigne. « Mon engagement à Aides me permettait d’appréhender les enjeux humains de cette maladie tandis qu’au labo, le virus et les cellules étaient au centre des préoccupations », raconte Bruno Spire. Au fil des ans, plus il s’investit dans ses activités militantes, plus il se dit qu’il lui faut réorienter ses recherches. Le tournant vient en 1997, avec l’infection. Il demande un an de mise à disposition de l’Inserm, et consacre son temps à la formation des patients à l’observance.

Il envisage ainsi sa reconversion dans les sciences sociales et, en 1999, rejoint l’unité Inserm dirigée par Jean-Paul Moatti. Bruno Spire prend une thématique plus en adéquation avec ses activités militantes, en étudiant les interfaces entre dimensions médicale et sociocomportementale : la qualité de vie des patients contaminés par le VIH, leurs comportements sexuels, leur observance des traitements.

Celui qui rêve « séropride » dans une société où les séropositifs ne seraient pas perçus comme des « bombes virales prêtes à exploser » se sent une responsabilité à parler de son statut sérologique. Si la maladie ne tue plus dans l’immédiat, la société garde des jugements moraux parfois empreints d’intolérance à l’égard des personnes séropositives. En juin 2007, Bruno Spire est devenu le président d’Aides, la plus puissante association de séropositifs et de lutte contre le sida en Europe. Son engagemment va au-delà du sida, puisqu’il a joué un rôle actif dans le rapprochement avec d’autres associations sur des maladies chroniques. « Le mode de contamination est spécifique au VIH, souligne Bruno Spire, mais les malades partagent beaucoup de problèmes liés à la précarité, à l’isolement, au regard d’autrui, à la difficulté d’observance du traitement, à la nécessité d’accompagnement et de suivi. »

Marine Cygler

SES DATES CLÉS

- 30 juin 1960 : naissance

- 1981-1990 : travaille dans l’équipe de Françoise Barré-Sinoussi et Jean-Claude Chermann à l’Institut Pasteur, puis à Marseille

- 1990 : est recruté comme chargé de recherche à l’Inserm

- 1990-1992 : travaille à Londres chez le Pr Robin Weiss

- 1993-1998 : travaille dans l’unité de Robert Vigne à Marseille

- 1988 : rejoint l’association Aides à Marseille

- 1997 : contamination

- 1999 : reconversion comme chercheur en sciences sociales à Marseille (unité Inserm 912 dirigée par Jean-Paul Moatti)

- 2007 : présidence d’Aides

Bibliographie

- Spire B, Barre-Sinoussi F, Montagnier L, Chermann JC. *Inactivation of lymphadenopathy associated virus by chemical disinfectants*. Lancet 1984 ; 2 : 899-901.

- Spire B, Hirsch I, Neuveut C, Sire J, Chermann JC. *The env gene variability is not directly related to the high cytopathogenicity of an HIV1 variant*. Virology 1990 ; 177 : 756-8.

- Bouyac M, Courcoul M, Bertoia G, Baudat Y, Gabuzda D, Blanc D/, et al./ *Human immunodeficiency virus type 1 Vif protein binds to the Pr55Gag precursor*. J Virol 1997 ; 71 : 9358-65.

- Spire B, Duran S, Souville M, Leport C, Raffi F, Moatti JP. *Adherence to highly active antiretroviral therapies (HAART) in HIV-infected patients : from a predictive to a dynamic approach*. Soc Sci Med 2002 ; 54 : 1481-96.

- Spire B, Bouhnik AD, Obadia Y, Lert F. *Concealment of HIV and unsafe sex with steady partner is extremely infrequent*. Aids 2005 ; 19 : 1431-3.

- Bouhnik AD, Preau M, Schiltz MA, Obadia Y, Spire B. *Sexual Difficulties in People Living with HIV in France-Results from a Large Representative Sample of Outpatients Attending French Hospitals (ANRS-EN12-VESPA)*. AIDS Behav 2008.  

Forum de discussion: 1 Message