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Les coulisses du Sidaction | Alix Béranger | Francis Gionti | Hugues Fischer | Line Renaud | Pierre Bergé

Pierre Bergé a déjà reconnu que Sidaction est « juge et partie », et que l’association ne serait plus viable sans « soutien extérieur »

29 septembre 2008 (lemegalodon.net)

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Ce reportage audio, réalisé par deux journalistes indépendantes, a été publié par le site Bakchich.info le 3 juillet 2008.

Lemegalodon.net l’a transcrit et vous propose de lire les déclarations explicites de Pierre Bergé sur le fonctionnement de l’association qu’il préside depuis 1996.

Pierre Bergé (à la télévision) : Line, le Sidaction 2007 est lancé

Line Renaud : Trois jours de solidarité, pour les malades, les chercheurs, les associations

Bergé : Nous comptons sur chacun d’entre vous

Renaud : Faites votre don au 110

Journaliste : Loin des paillettes du Sidaction, Reda Sadki anime une émission de radio sur Paris Plurielle dans un immeuble à l’abandon du 19ème arrondissement de Paris.

Reda : Qui sont Pierre Bergé, président du Sidaction, Line Renaud ? Qui sont-ils ? Quelle légitimité ont-ils pour récolter l’argent et pour ensuite décider comment l’attribuer, à qui, quelles associations ? Pour quoi faire

Journaliste : Une heure par semaine, il prend le micro et donne la parole aux malades des banlieues. Il a toujours refusé de se laisser manipuler par l’argent du Sidaction

00:51 Reda : Les dirigeants du Sidaction, les gens qui ont mis en place le Sidaction, ont estimé qu’ils pouvaient parler au nom de tous dans la lutte contre le sida. Et ça, déjà, c’est un choix qui n’est pas acceptable.

01:02 Journaliste : En 1994, des fondations pour la recherche et des associations de malades créent le Sidaction. Parmi elles, Act UP, AIDES, Arcat et Artistes contre le sida. Soutenues par le milliardaire Pierre Bergé, elles se regroupent pour organiser une collecte de fonds nationale. À cette époque, aucun traitement n’existe, et la maladie tue plus de 4000 personnes par an en France. Hugues Fischer, président d’Act Up et aujourd’hui vice-président du Sidaction.

01:25 Hugues Fischer, vice-président de Sidaction : On s’est allié, et on a décidé de la création d’un truc qui s’appelait Ensemble contre le sida. On s’est mis ensemble autour de la table, et on a dit : « Et maintenant, comment on va faire marcher ça ? » Qu’est-ce qu’on va faire de l’argent, en gros.

01:40 Journaliste : La décision est prise de répartir le pactole, 46 millions d’euros, moitié aux associations, moitié à la recherche. Mais aujourd’hui le Sidaction ne fait plus reçette. Il a rapporté seulement 15 millions d’euros en 2006. Alors, pour continuer à récolter des dons, il faut vendre la maladie, parfois avec des images chocs, comme cette dernière campagne de pub, sans paroles, et plutôt angoissante. Une campagne que dénonce Reda Sadki, comme beaucoup d’autres militants.

02:04 Reda Sadki : On leur montre une espèce de partouze géante, dans un sablier, avec des corps qui s’entre-mêlent. Et toutes les dix secondes, il y a une personne qui tombe. C’est mort subite. Et le message c’est toutes les dix secondes, il y a une personne qui meurt du sida dans le monde. Le message, à la fin du clip, c’est : « Il y a urgence. Faites votre don au Sidaction ». Mettre les morts du sida au profit d’un message publicitaire pour récolter de l’argent me semble particulièrement indécent. On sait que les gens ne changent pas leur comportement par la peur.

02:38 Journaliste : N’empêche que le Sidaction reste le premier bailleur privé en France. Plus de 1000 associations se partagent le marché de la lutte contre le sida, mais une centaine seulement sont subventionnées par l’organisation. Et ce sont toujours les mêmes, puisque 85% des associations financées en 2006, l’étaient déjà en 2005. Difficile, alors, pour les petites assos, d’entrer dans le circuit. Olivier Jablonski a quitté Act Up en 2004, pour créer une nouvelle structure.

03:05 Olivier Jablonski : Les gens, je pense, se sont inquiétés, comme si on allait redistribuer les cartes, ce qui était un peu le cas. J’avais des échos, de la part de gens à l’intérieur de Sidaction, disant que c’était pas encore la peine de présenter un dossier pour l’instant. La situation était pas mûre. Le système, il a mis des remparts à l’apparition de nouvelles associations. C’est comme dans le marketing. Il y a des barrières aux entrants.

03:23 Journaliste : Beaucoup de militants contre le sida mettent en cause le fonctionnement pyramidal de Sidaction. À son sommet, Pierre Bergé. Le milliardaire a bâti sa fortune en gérant la carrière d’Yves Saint Laurent. Il préside le Conseil d’administration, et dirige aussi le Comité associatif qui vote la redistribution des fonds collectés. Or, les douze associations qui y siègent reçoivent aussi des subventions. Un conflit d’intérêt que ne cache pas Pierre Bergé.

03:45 Pierre Bergé (entretien téléphonique) : Nous avons pensé, à juste titre, qu’on ne pouvait pas nommer un comité X ou Y qui allait recueillir ces fonds, mais que même si ça semblait un petit peu choquant, que ça ne devait être que nous, parce que nous étions juges et parties, c’était clair, mais nous étions juges parce que nous étions les seuls à pouvoir l’être, parce que nous étions les seuls à savoir ce qu’il fallait faire. C’est comme ça se passe, ça s’est passé comme ça depuis le premier jour, et ça continue comme ça.

04:18 Pierre Bergé (extrait promo Sidaction) : Nous comptons sur chacun d’entre vous.

04:20 Line Renaud (extrait promo Sidaction) : Faites votre don au 110

04:23 Journaliste : En réalité, le Sidaction est secoué par des querelles entre les associations. Seule Act Up occupe encore sa place de fondateurs. Artistes contre le sida n’existe plus, et Arcat a été racheté par le groupe SOS qui siège en son nom, un groupe dont la priorité n’est pas la lutte contre le sida mais l’exclusion, et qui a tout de même reçu des subventions à six reprises en 2005. Une situation que même Hugues Fischer, vice-président du Sidaction, juge un peu confuse.

04:50 Hugues Fischer : Le système ne fonctionne pas bien. C’est vrai qu’ils ont un siège, tenu par une personne qui est le responsable du groupe SOS — enfin, qui était à un moment le président du Groupe SOS, mais qui ne l’est plus, mais qui siège toujours. Une situation un peu étrange, et qui de temps en temps se fâche avec Sidaction. C’est un « membre à éclipse », on va dire. [Ricanement].

05:11 Journaliste : Autre anomalie : AIDES a quitté le Sidaction l’année dernière. Difficile de savoir pourquoi. D’ailleurs, la chargée de communication n’a pas l’air très au courant. Seule certitude : AIDES ne touche plus de subventions.

05:19 Responsable de la communication chez AIDES : Euhhhh... Oui, on était effectivement, on faisait partie au début, mais maintenant on n’est plus du tout lié.

05:30 Journaliste : Vous êtes pourtant encore dans les statuts, et vous êtes encore dans le Comité associatif.

05:38 AIDES : D’accord, ben ça je vais vérifier. En tout cas, au niveau du financement, on a arrêté d’être financé par Sidaction.

05:45 Journaliste : Impossible de connaître les critères d’attribution des subventions, aucun document écrit n’existe, tout se décide en interne.

05:52 Marie Enchilds, sociologue : Ils m’avaient demandé de devenir expert et de contrôler. Moi, j’ai tenu une journée. Au bout d’une journée, je ne donne pas d’argent sans contrôle. C’était invraisemblable. Il y a des dérives associatives qui sont inhérentes aux associations, parce qu’il n’y a pas de contrôle financier. Il n’y a rien.

06:10 Journaliste : Pourtant, dans ses statuts, le Sidaction s’emploie à garantir la transparence dans la répartition et de l’utilisation des fonds collectés. Une transparence très théorique. À la Préfecture de Paris, où est inscrite l’association, il manque des pièces au dossier. Voici les réponses du directeur de la communication, Francis Gionti, à nos questions.

06:26 Question posée par télépohne à Francis Gionti : La préfecture vous demande de dire pour quelle association vous avez donné combien. Et ça, ils vous ont envoyé plusieurs courriers, nous on les a, et le Sidaction ne le fait pas.

06:37 Réponse de Francis Gionti : Ça, vous me l’apprenez, parce que pour moi c’était fait. Il y a peut-être eu un retard ou un raté dans un des services, mais pour moi c’était fait. C’est important, effectivement. Mais une fois de plus, c’est peut-être une personne qui a pas fait son boulot, c’est pas Sidaction.

06:50 Journaliste : Et l’AGP [appel à la générosité du public — ndlr], c’est pareil. Cela fait trois ans que vous êtes pas en règle à la préfecture...

06:56 Francis Gionti : D’accord... On est obligé pourtant quand on fait un Sidaction. Je trouve ça complètement étrange, que ces trucs de base, on les ait pas faites ou pas respectés...

07:10 Journaliste : En 2000, la Cour des comptes a epinglé un « manque de vigilance dans le maniement des fonds ». Depuis, Sidaction s’est engagé à améliorer ses procédures de gestion. Une déclaration qui ressemble à un voeu pieu, puisque les montants des subventions sont toujours maintenus secrets.

07:18 Alix Béranger : Quel intérêt pour vous de savoir que telle association reçoit 8000, plutôt que 9000 ou 10 000 ?

07:25 Alix Béranger est directrice des programmes associatifs à Sidaction.

07:30 Béranger : Nous on fera pas de liste avec les financements. C’est l’association qui, dans ses comptes, va expliquer ce qu’elle reçoit de qui. Donc il vous suffit de prendre la liste de nos associations, et celles qui vous intéressent d’aller voir un petit peu ce qu’elles reçoivent du Sidaction...

07:37 Pierre Bergé (par téléphone) : Nous sommes une association complètement transparente...

07:44 Question de la journaliste à Pierre Bergé : Vous ne communiquez pas publiquement combien vous donnez à chaque projet ?

07:48 Réponse de Pierre Bergé : Est-ce qu’il faut communiquer, pas communiquer, ça je ne sais pas très bien. Pour moi, vous savez, c’est secondaire tout ça. L’essentiel, c’est que tout l’argent que nous reçevons, nous distribuons. Ça, c’est plus important que tout. Et que nous essayons de faire avec un peu [inaudible] d’équité.

08:03 Journaliste : Mais il y a moins d’argent qu’au début. L’épidémie progresse, et les dons s’effondrent. Pour l’instant, les millions de Pierre Bergé sauvent encore le navire.

08:09 Bergé (par téléphone) : Je ne vais pas vous donner ce que je soutiens, c’est pas la peine.

08:10 Question à Pierre Bergé : Si vous, par exemple, vous décidiez de plus soutenir le Sidaction, est-ce que vous pensez qu’il serait encore viable, ou bien est-ce qu’il a encore besoin quand même de beaucoup de soutien extérieur ?

08:18 Bergé : Il a besoin de soutien extérieur, il ne peut pas être viable. Il a absolument besoin de soutien extérieur. Mais ça, voila.

08:30 Pour prouver leur sérieux, certaines associations adhèrent au Comité de la Charte de déontologie qui prône une meilleure gouvernance. L’UNICEF, la Croix-Rouge ou encore Sol en Si l’ont signé, pas le Sidaction.