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Les coulisses du Sidaction | Christophe Martet | Financement de la lutte contre le sida | Pierre Bergé

L’échec de la soirée télévisée contre le sida déclenche une polémique

19 juin 1996 (Le Monde)

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Le Sidaction 96 ne devrait permettre de collecter qu’à peine le quart des fonds recueillis lors de la première édition.

Pierre Bergé qualifie d’« irresponsables » certains des propos tenus par le président d’Act Up

Le deuxième Sidaction, la vaste opération au profit de la lutte contre le Sida organisée sur huit chaînes de télévision le 6 juin, ne devrait permettre de collecter qu’à peine un quart des sommes recueillies lors de la première édition. Pierre Bergé, président d’Ensemble contre le Sida (ECS), impute une partie de cet échec aux propos virulents tenus sur le plateau par le président d’Act Up, Christophe Martet, qui s’en était pris au contenu de l’émission et à Philippe Douste-Blazy, le ministre de la culture. Act Up, dont l’appartenance à ECS pourrait être remise en cause, affirme avoir réagi au nom de « la lassitude et la colère du public ». Au-delà de cette polémique, il apparaît que l’émission elle-même a suscité des réactions négatives de la part des téléspectateurs, qui ont appelé en moins grand nombre. Dans un entretien au Monde, Pierre Bergé souhaite organiser un Sidaction dès l’année prochaine et non en 1998. « Peut-être, estime-t-il, faut-il arriver à une émission un peu plus austère, plus sérieuse, qui serait plus efficace. »

LES PREMIÈRES estimations désastreuses de la collecte du Sidaction 96 ont déclenché une nouvelle polémique, lundi 17 juin, au sein d’Ensemble contre le sida (ECS), l’association chargée de répartir les dons. A peine un quart des sommes collectées en 1994 devraient être recueillies pour cette deuxième édition, a précisé Pierre Bergé, président d’ECS, attribuant pour partie la « tendance très mauvaise » de la collecte aux propos tenus par le président d’Act Up, Christophe Martet, en direct sur le plateau unique des huit chaînes de télévision, le 6 juin.

Environ une heure après le début de l’émission, Christophe Martet, président d’Act Up, avait dénoncé la tournure que prenait la soirée. Il mettait en parallèle les « six cent enfants » contaminés et les « trente mille pédés morts du sida ». Le militant interpellait peu après le ministre de la culture, Philippe Douste-Blazy, le traitant d’« assassin » et la France de « pays de merde » pour avoir voulu expulser une jeune maman zaïroise, malade et en situation irrégulière. M. Bergé nous a confié qu’il partageait l’indignation du militant sur ce point mais il a jugé le reste de ses propos « irresponsables » (lire ci-dessous). Ni Jean-Marie Cavada, président de la Cinquième et coordinateur de la soirée, ni Arnaud Marty-Lavauzelle, président de Aides, n’ont souhaité répondre à nos questions.

« BOUC ÉMISSAIRE »

Un conseil d’administration d’ECS est convoqué pour le vendredi 21 juin à 15 heures, qui devra décider du maintien ou non de l’association Act Up en son sein. Act Up a immédiatement défendu son président. « Il fallait remettre les choses à leur place, car le début de l’émission, très larmoyante et autopromotionnelle, ne répondait pas à nos voeux et ne correspondait pas à la vision réelle de l’épidémie », a expliqué, lundi 17 juin, le vice-président de l’association.

Accusant Pierre Bergé de faire d’elle le « bouc émissaire » de l’échec de la soirée, Act Up a invoqué l’affaire de l’ARC, qui « a terni l’image des associations », la Marche pour la vie organisée par Aides peu avant le Sidaction, « qui a brouillé le message dans le public », « l’absence d’affichage en faveur du Sidaction » ainsi que « la lassitude et la colère du public, qui constate que l’Etat se repose sur les associations et ne fait pas suffisamment pour la santé publique ».

Au standard de Sida-Info-Service (SIS), les réactions du public ne se sont pas fait attendre. Yves Ferrarini, le successeur de Pierre Kneip à la tête de SIS, explique que « ce ne sont pas les propos qui ont choqué mais plutôt l’attitude » du président d’Act Up.

« MISE EN SCÈNE »

De nombreux correspondants, « la plupart dans une attente de don, se sont sentis insultés », précise-t-il. Quelques-uns ont appelé pour dire « on ne donnera pas ». Des gays ont téléphoné pour confier qu’ils ne se reconnaissaient pas dans « le mode d’expression » employé par Christophe Martet. « Aucune confusion entre la répartition des fonds du Sidaction et l’affaire de l’ARC » n’a par ailleurs été effectuée par les appelants, assure M. Ferrarini, mais « la présence des artistes a été mal comprise, ou mal vécue ». Des questions sur la rémunération des présentateurs ont été posées, des parents ont protesté d’avoir attendu « deux heures du matin » pour entendre parler de prévention et des personnes touchées ont estimé qu’on n’avait « pas besoin de cette mise en scène ».

Six mille appels ont été enregistrés au total le soir du Sidaction, contre dix-neuf mille en 1994. « Les trois quarts disaient qu’ils allaient donner », assure M. Ferrarini. « Le mouvement d’émotion ne s’est pas reproduit, regrette-t-il encore, mais les demandes d’informations sur les prises de risques, sur le dépistage et sur la maladie ont repris. »

Laurence Follea


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