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Chiffres du sida | Contamination et prévention | Patrick Yéni

Sida : une nette amélioration mais un dépistage "insuffisant et tardif"

12 septembre 2008 (Nouvel Observateur)

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85.000 personnes sont prises en charge au titre de l’infection par le VIH en France, mais, si la prise en charge s’améliore, "36.000 personnes ignorent qu’elles sont infectées ou ne se font pas suivre", constate le rapport.

Selon un rapport présenté jeudi 11 septembre par une vingtaine d’experts, le nombre de personnes atteintes du sida en France va décroissant. Mais bien que le taux de décès soit faible, le dépistage reste "insuffisant" et la prise en charge est de ce fait souvent trop tardive, souligne le rapport.

Tous les deux ans, depuis 1996, des experts publie un rapport afin de faire le point sur la prise en charge médicale de l’infection à VIH sous l’autorité du professeur Patrick Yeni, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital Bichat.

Outre un état des lieux, le rapport liste une centaine de recommandations, dont la ministre de la santé Roselyne Bachelot s’est engagée à faire un état "très précis", avec mise en place d’un calendrier et de groupes de suivi.

Une meilleure prise en charge

Le rapport constate qu’actuellement 85.000 personnes sont prises en charge au titre de l’infection par le VIH en France. Parmi elles, 30.000 sont atteintes du sida, avec 5.200 nouvelles infections en 2007 (6.300 en 2006) et un taux de décès de 1,3%. Selon le professeur Patrick Yeni, "l’épidémie est de mieux en mieux prise en charge, avec des traitements de mieux en mieux tolérés, plus simples et plus puissants".

Mais, regrette-t-il, "36.000 personnes ignorent qu’elles sont infectées ou ne se font pas suivre", et le dépistage est "insuffisant et tardif". De ce fait, la prise en charge de nombre de patients intervient alors que la maladie est avancée : 33% des patients arrivent à l’hôpital en situation de sida déclaré, ou quand leur taux de lymphocytes CD4 (marqueurs de l’immunité) est descendu en-dessous de 200/mm3 (niveau normal : plus de 500).

Un "objectif essentiel" serait de parvenir à un dépistage "large en phase précoce de l’infection", entraînant la reconstitution rapide d’une immunité normale, ce qui n’est le cas que dans 40% des patients traités, souligne-t-il.

Prévention : le préservatif est toujours "la norme"

Pour ce qui est de la prévention, le Pr Yeni estime que le préservatif est toujours "la norme", même si un rapport suisse admet des rapports non protégés pour les couples sérodiscordants (un positif, un négatif) avec une charge virale indétectable. "Les risques sont mal mesurés", déclare-t-il. Si un tel couple désire avoir un enfant, il suggère un recours à la procréation médicalement assistée.

Et l’utilisation préventive du traitement antirétroviral pour des personnes non infectées "n’est pas encore au point" souligne-t-il. "Il est possible mais pas démontré que ça diminue le risque, mais il est aussi possible que ça introduise de la toxicité", dit-il.

Le rapport contient d’autres recommandations, comme le test de dépistage pour les futurs pères ou le recours aux tests rapides, après formation des soignants, notamment dans des endroits éloignés des départements d’outre-mer.