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Patrick de Funès | Pouvoir médical

Un médecin s’en prend aux médecins : le Dr Patrick de Funès règle ses comptes

30 avril 2008 (Quotidien du Médecin)

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Il a « préventivement » résilié son inscription au tableau du Conseil de l’Ordre des médecins pour livrer son témoignage « en toute liberté ». Après quarante années d’exercice de la radiologie, le Dr Patrick de Funès, fils aîné de Louis, publie un livre, « Médecin malgré moi » (le Cherche-Midi), où il décrit un univers assez invraisemblable. Les médecins en prennent pour leur grade. Juste « pour rire », dit-il. Son point de vue n’engage que lui.

LE QUOTIDIEN – Votre livre écorne le corps médical de bout en bout. A quel accueil vous attendez-vous de la part de vos confrères ?

Dr PATRICK DE FUNES – J’ai des soutiens inimaginables, vous n’imaginez même pas. J’ai de quoi écrire un deuxième tome, car j’ai des gorges profondes qui me donnent des renseignements, y compris très haut placées. Les médecins, comme les politiques, ont perdu la tête. Ils ne voient plus que leur renommée. C’est Andy Warhol qui a dit « chacun sera célèbre un quart d’heure ». La télévision fait un tort considérable à la profession.

Admettons. Mais cette surexposition médiatique ne concerne que peu de médecins, non ?

Peut-être, mais ça fait un mal terrible. La population est affolée, a de fausses idées. Ça participe énormément aux dépenses de santé, à la folie ambiante. Qui trinque au final ? Le médecin généraliste, considéré comme le dernier des sots par les professeurs médiatiques. C’est ça qui me remonte.

Peu de spécialités trouvent grâce à vos yeux. Vous poussez loin les accusations, quand vous parlez des « chirurgiens massacreurs ».

Il y a des mains malheureuses, j’en ai connu. Que voulez-vous, ce sont des métiers de menuisier, il faut être habile ; or il y a énormément de maladroits qui ont gravi les échelons. Le système de nomination des chefs de service n’est pas du tout fonction de la compétence, mais fonction de la religion, de l’appartenance politique et surtout de la maçonnerie. L’incompétent, de nos jours, dans toutes les professions, est valorisé, car il a le temps de parler dans les médias.

Vous malmenez aussi la radiologie.

Je suis radiologue, et je dis qu’il faut supprimer la radiologie. Cela va arriver, c’est inéluctable. L’avenir de certaines spécialités en passe par là. La plupart font ça pour le fric. Moi, je n’en avais pas besoin, j’étais riche de famille. J’ai pris la spécialité la plus bête parce que je ne pouvais pas faire autre chose.

Pourquoi ne jeter l’éponge qu’à 60 ans passés ? Tout au long de votre carrière médicale, vous n’avez pas semblé à votre place…

Vous avez raison sur le constat. C’est mon regret, de ne pas avoir arrêté plus tôt. Il aurait fallu le faire tout de suite, dès l’internat, comme Léon Daudet. Ou Ruffin, qui a arrêté car l’humanitaire l’a dégoûté. Je ne l’ai pas fait, car il faut bien gagner sa vie. Une fois, j’ai essayé : après avoir quitté ma première installation, j’aurais pu ouvrir une galerie avec ma magnifique collection de tableaux. Mais, vous savez, il y avait ma mère… Et autour de vous, on vous dit que c’est dangereux. Je n’ai pas eu le courage de le faire. Cela dit, j’ai peut-être eu raison, car le marché de l’art ensuite a chuté. En fait, il aurait carrément fallu que je ne fasse pas médecine.

Soulagé de ne plus être médecin ?

Ah oui, quelle libération ! Depuis, je n’ai plus de psoriasis. Je m’en veux de ne pas l’avoir fait plus tôt.

Vous le qualifiez comment, votre livre ? De brûlot ?

Pas du tout. Je l’ai fait pour rire ! Je ne veux pas avoir l’air d’un de ces professeurs qui dénonce un tas de choses. Je ne dénonce rien du tout, c’est mon témoignage. Je renseigne les gens. En riant – parce que je n’aime pas les trucs trop sérieux –, je donne beaucoup d’informations. Par exemple, combien paye-t-on dans un hôpital ? Personne n’y comprend rien. J’essaye de l’expliquer. De même, j’explique le fonctionnement du conseil de l’Ordre : ça intéresse énormément les gens qui s’égarent souvent en portant plainte pour rien.

Vous êtes particulièrement sévère avec le Conseil de l’Ordre.

Il n’y a pas à être tendre : c’est honteux. Le Conseil de l’Ordre finira par être supprimé. C’était pas mal, l’idée de départ que les médecins s’arrangent entre eux. Mais, aujourd’hui, c’est une honte. Les gens très capables n’ont pas le temps d’y siéger, c’est ça le drame. Il faut intriguer pour être élu. Le mode électoral est insensé.

L’OMS se serait-elle fourvoyée en classant la France au top pour son système de santé ?

Ah non, ce n’est pas ce que je veux dire. Je n’arrête pas de dire aux gens qu’ils ont une chance inouïe. On a le système le plus généreux de la planète. C’est inimaginable ailleurs de pouvoir changer quinze fois de machins en étant remboursé. En Tunisie, je vois des gens faire le voyage pour se faire soigner en France. Même le pauvre s’y retrouve.

Finissons cet entretien sur une note politique. Que vous inspirent les déclarations récentes de Nicolas Sarkozy et de Roselyne Bachelot sur la santé ?

Je ne fais pas de politique, mais je vais vous dire : notre système s’est emballé, il est ubuesque. Ce qui me choque, c’est que la médecine ne parvienne pas à se réguler toute seule. Les politiques ne peuvent pas changer le système, ils sont la proie de certains professeurs médiatiques qui leur racontent des balourdises.

Propos recueillis par Delphine Chardon

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