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Dons et greffes d’organes | Homosexualité | Sang contaminé

Don du sang : y a-t-il un « péril gay » ?

25 janvier 2008 (Impact médecin)

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Alors que la France parle de revenir sur la circulaire de 1 983 excluant les gays du don du sang, le Canada vient de leur interdire le don d’organes. Le ministère canadien de la Santé a fait valoir que les hommes ayant eu au moins une relation homosexuelle au cours des cinq dernières années présentaient un « facteur de risque » de transmission de maladie infectieuse. Alors, vérité ou intox ?

L’idée même d’un « péril gay » fait bondir le Dr Armand Bensussan, président de la Société Française d’Immunologie et directeur du laboratoire Inserm U841 . « C’est parfaitement abject. Que ce soit pour les dons du sang ou ceux d’organes, il y a des contrôles virologiques systématiques et standards, réalisés quel que soit le profil du donneur. Ces tests sont extrêmement fiables. » Une vision que ne partage pas le Dr Samuel Claude, président de l’ADVASC (Association de défense des victimes de l’affaire du sang contaminé) : « Selon une étude de l’InVS (Institut de veille sanitaire), l’inclusion des gays dans le don du sang doublerait notamment le risque de VIH transfusionnel résiduel. Quant au don d’organes, la décision canadienne est logique. Il ne faut pas céder aux pressions de quelques associations homosexuelles. »

Des institutions peu bavardes

L’étude à laquelle le Dr Claude Samuel fait référence est celle présentée en juillet dernier au congrès de la Société française de transfusion sanguine (SFTS) concernant l’impact d’un changement de la réglementation sur le risque résiduel transfusionnel VIH. Selon les auteurs, n’exclure que les gays multipartenaires sur les 12 derniers mois au lieu de la totalité de cette population ferait passer le risque résiduel VIH de 1/ 2 350000 actuellement à un risque compris entre 1/1 670 000 et 1/1 260000. Une étude que l’InVS ne souhaite pas commenter pour l’instant et qui n’est pas non plus mise en ligne sur son site Internet. A l’Etablissement français du sang (EFS), on n’est guère plus loquace. « Nous ne voulons pas que certaines mesures soient perçues comme discriminatoires. Mais, par ailleurs, nous sommes très attentifs à la sécurité sanitaire afin que les produits que nous transfusons aux malades soient sûrs », se contente de répéter en boucle Jean-Marc Ouazan, directeur de la communication à l’EFS. Une langue de bois peu admissible au moment où l’on attendrait des réponses. Une vraie position sera peut-être prise dans les prochains jours, mais la polémique sur le don du sang des homosexuels hommes n’est pas nouvelle.

Privilégier les vrais facteurs de risque

Du cote de l’Agence de la biomédecine, on parle plus librement. « Ce que nous faisons en France pour les greffes, c’est d’exclure les personnes ayant des facteurs de risque. L’homosexualité n’en est pas un. C’est le fait d’avoir plusieurs partenaires ou pas qui compte. On devrait faire la même chose pour le sang », élucide le Dr Esmeralda Luciolli, médecin responsable du pôle relation internationale - recherche - éthique à la direction médicale et scientifique de l’Agence. Quant à l’étude de l’Invs, le Dr Luciolli la relativise en expliquant que l’on reste sur « des risques tout à fait minimes » malgré l’inclusion des gays n’ayant qu’un seul partenaire. Quoi qu’il en soit, le mot de la fin reviendra à l’exécutif. La ministre de la santé a d’ailleurs déjà pris une position publique en faveur de l’autorisation, pour la population homosexuelle, de donner son sang.

Jean-Pierre Barresi

Impact Médecine N° 225 - 17/01/2008 page 7

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