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Industrie pharmaceutique | Médicaments génériques | Suisse

Séropositif, Christophe Salis se soigne avec un générique produit en Inde

8 janvier 2008 (Le Courrier)

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Voir en ligne : Séropositif, il perce les défenses des pharmas

SANTÉ - Refusant les coûteux médicaments antisida disponibles en Suisse, Christophe Salis se soigne avec un générique produit en Inde. En toute légalité.

Il est une sorte d’objecteur de conscience sanitaire. Séropositif depuis 1986, Christophe Salis refuse de se soigner avec les antirétroviraux prescrits en Suisse. Il n’assume pas de faire partie des « privilégiés des pays riches ». De ceux qui ont droit à une seconde vie après la contamination quand « des millions de personnes dans le monde sont condamnées à mort par la logique de profit de l’industrie pharmaceutique ». Après des années de combat, il est parvenu à se faire prescrire un médicament fabriqué en Inde à un prix sans concurrence. Une brèche dans le bastion hautement sécurisé des industries pharmaceutiques. Un exemple à suivre ?

« Dites trente-trois » ! Trente-trois, c’est aussi le rapport entre le prix d’un antirétroviral « standard » [1] vendu en pharmacie et celui que paye M.Salis pour sa copie (générique) produite par l’usine indienne CIPLA. Soit 20 dollars étasuniens pour une boîte de 60 comprimés de Triomune (37 francs avec le transport par une entreprise privée), contre 1200 francs pour son équivalent vendu sur le marché suisse.

Entreprise risquée

« Ce qu’il a fait demande beaucoup de courage et de ténacité », témoigne son médecin traitant. Surtout qu’il s’est pratiquement battu seul contre le « système ». Xavier, secrétaire de l’association PVA (Personnes vivant avec le VIH et leurs proches) est tout autant admiratif. Lui-même séropositif, il avoue que « ça [le] gène énormément de coûter une fortune aux assurances maladie ». D’un autre côté, « la démarche de Christophe est risquée ». Car la maladie, comme les traitements évoluent. « Pour le moment, son médicament fonctionne bien mais s’il doit un jour en changer cela risque d’être compliqué... »

Le conflit de conscience de Christophe Salis remonte au début de sa trithérapie, entreprise dès 1992. Après plusieurs interruptions, il décide en 2002 de boycotter son traitement « de luxe » tant que l’accès aux médicaments n’est pas assuré pour tous dans le monde. Il veut réveiller les consciences. Il envoie des lettres tous azimuts : au patron de la firme Novartis, au ministre de la Santé Pascal Couchepin, à l’Aide suisse contre le sida, etc. La réponse est à peu près toujours la même : « Votre démarche est respectable, certes, mais on ne peut pas aller à l’encontre du droit sur les brevets ».

Il y a moins bien, mais c’est plus cher...

Ses proches s’inquiètent pour sa santé, mais l’homme est têtu. Il convainc son médecin d’effectuer une demande auprès de Swissmedic, (organisme d’homologation des médicaments mis sur le marché suisse) pour du Triomune. Prudente, le médecin se constitue un « dossier énorme », dit-elle. Elle s’assure d’abord de la qualité du produit auprès des spécialistes de l’Hôpital cantonal genevois. Confirmé ! Pas étonnant, Médecin sans frontières l’utilise depuis des années, relève Christophe Salis.

Le médecin fait ensuite les tests sur son patient, qui s’avèrent également concluants.

La réponse de Swissmedic tombe le 27 janvier 2005. L’autorisation est accordée. A la grande surprise du généraliste ! Christophe Salis pourra importer du Triomune pour son usage personnel et pour un temps limité (mais renouvelable).

Et ça marche. Trois mois après le début de traitement, son taux de lymphocytes (système immunitaire) double. Puis est multiplié par quatre en l’espace de six mois. Ensuite, il connaîtra des hauts et des bas qui lui feront mettre de côté son activité « militante ».

A la demande du Courrier, Swissmedic explique qu’il a dérogé à la règle consistant à ne pas autoriser l’importation de médicaments pour lesquels il existe un équivalent en Suisse. Le Triomune a en effet l’avantage de réunir dans un seul comprimé trois substances actives (lamivudine, stavudine et nevirapine) uniquement disponibles en Suisse dans trois médicaments séparés. Le traitement indien, bien que tout aussi efficace, est donc moins contraignant. Donc plus sûr.

Cerise sur le gâteau, l’assurance maladie de Christophe Salis (Helsana), malgré quelques difficultés, accepte de rembourser le traitement dans le cadre de l’assurance de base.I

Notes

[1] A l’heure actuelle, il existe des centaines de combinaisons médicamenteuses plus ou moins adaptées selon le niveau d’infection de l’individu, le développement de résistances et la tolérance aux (lourds) effets secondaires.

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