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Criminalisation des séropositifs | Didier Robert | Droits des femmes | Prisons

Sept ans de prison pour l’énigmatique violeur aux rollers

21 décembre 2007 (Libération)

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Ce sont d’épais dossiers. Fermés. Comme l’homme dont ils parlent. Sur leurs tranches, en grosses lettres, est écrit « Robert ». Le jour, Robert était travailleur social dans une association de lutte contre la toxicomanie. La nuit, on le soupçonne d’être ce violeur à rollers qui fondait sur ses proies, dans Paris. Il est jugé pour cela depuis jeudi dernier, à la cour d’assises de Paris, là où trônent ces dossiers. Viols et agressions sexuelles sur treize jeunes femmes, entre 2002 et 2005. Ses connaissances sont tombées de l’échelle quand elles ont appris le fin mot de l’histoire.

Robert a un prénom : Didier. Il a 43 ans. Catogan, jeans, large chemise. Son look pourrait coller avec son dernier job. Ceux qui l’ont côtoyé comme travailleur social sont venus à la barre raconter leur stupéfaction. Lia Cavalcanti, la directrice d’EGO (Espoir Goutte-d’Or), une association de lutte contre la toxicomanie, ne s’en est toujours pas remise. « Quand les faits ont été révélés, j’étais dans l’impossibilité concrète de les croire. Si les empreintes génétiques n’existaient pas, je me serais ruinée pour le défendre. » Alain Perlus, éducateur spécialisé, connaît bien Didier. « Ça dépasse l’entendement. Compte tenu de l’attitude qui était la sienne, des propos qu’il tenait, ce genre d’actes, ça ne pouvait être lui. » Gentil, attentif aux autres…

Réinsertion. Personne ne comprend. Le psychiatre Daniel Zagury est dubitatif. Didier Robert a commis des actes aux « allures d’énigme ». L’enquêtrice de personnalité avoue sa circonspection : « Du toxicomane multirécidiviste, il est passé au militant actif dans un retournement assez spectaculaire. On peut s’interroger sur ce virage », dit-elle. Le « virage » : celui d’une réinsertion exemplaire à laquelle tout le monde veut croire. Avant de commettre ces agressions, Robert était toxicomane. Il a volé pour se procurer de l’héroïne, passé des années en prison. Son parcours familial est une succession de mauvais sorts. « Un dictionnaire de carences », dira le psychiatre. « Une famille glauque », résume Sabine, son ex-compagne. Une mère complètement imbibée, un père qui ne le reconnaît pas. Lui qui quitte le domicile familial à 14 ans. Il croise pour la première fois l’héroïne le jour de ses 15 ans. Ensuite ? Il vole pour s’en procurer. En prison, il rencontre un travailleur social de l’association Aides, suit une formation de maquettiste. A sa sortie, il se retrouve bénévole à l’association Asud (Autosupport des usagers de drogue), puis salarié d’Espoir Goutte-d’Or. Il maquette le journal de l’association, nommé Alter-Ego. L’ego, c’est comme un lapsus à son propos.

Car Didier Robert se montre, se multiplie dans les colloques, raconte son parcours, comment on peut s’en sortir. Devient un exemple. « Une vitrine », dit une avocate. « J’ai eu l’impression que sa vie était déjà un roman, qu’il l’avait beaucoup évoquée », dit l’enquêtrice de personnalité.

Didier est ce garçon qui fait tous les efforts pour rompre avec son passé. « C’était quelqu’un de respectueux, très pudique, très rigoureux », dit Lia Cavalcanti. Lorsqu’il y avait des disputes, il savait s’excuser : « Il disait souvent : "Je n’avais pas l’intention de vous blesser." » Lia a beaucoup misé sur lui. « En interne, dit-elle, aucune personne n’a eu autant de chance que Didier Robert. » Lui donne le change. Le jour où Didier « tombe », elle est avec lui à l’hôtel de ville de Paris pour une conférence. Elle le réprimande sur son habillement négligé. Il lui répond : « Ce qui compte pour moi, c’est l’essence, pas l’apparence. » L’apparence de Didier Robert, elle tient aussi à sa santé. Séropositif depuis 1985, il a développé la maladie dix ans plus tard. Ça ne l’empêche pas de connaître un franc succès avec les femmes. A l’écoute, sensible. Il ne leur cache pas qu’il est malade.

C’est à cause de cela qu’il se met aux rollers. Il ne les quitte pas. Il les préfère de loin aux transports en commun, qui le rendent malade à cause de la trithérapie. « Les rollers faisaient partie de son personnage », dit Lia. C’est avec eux qu’il commet ses forfaits, le soir, la nuit. Des agressions, le cutter sous la gorge de ses victimes, qu’il force à exécuter fellations ou masturbations. Personne ne se doute de ses activités nocturnes. Ni ses proches, ni même sa compagne, Sabine. « Vous viviez avec lui lorsqu’il a commis onze de ses treize agressions, demande un avocat des parties civiles. Vous ne vous êtes doutée de rien ? » Elle répond : « Je n’ai pas connu Didier violeur, Didier agresseur. Il m’a aidée à me construire. » Pas de signes précurseurs. Elle se souvient juste d’un type qui pique des colères noires contre l’injustice. D’un homme qui lui ment aussi. Quand elle le prend la main dans le sac à vouloir la tromper, elle met ça sur le compte de « son passé de voyou. Il a toujours appris à nier ». Quand elle veut le quitter, il fait du chantage au suicide.

Pathologie. Alain, lui non plus, ne s’est douté de rien. Oh, il parle bien des oublis professionnels de Didier. Mais il y voit un effet de sa toxicomanie passée. Lia Cavalcanti est véhémente lorsque la présidente la cuisine. N’y avait-il vraiment aucun signe ? « Je vous défie de trouver une seule personne qui aurait pu imaginer ça. Il n’y a pas eu un geste qui puisse annoncer cela. » Puis elle ajoute, sans un regard à Robert : « Je fais du social depuis que j’ai 12 ans. J’ai l’habitude de la ruse et de la manipulation. Avec Didier, c’était pas cela. Je n’ai jamais eu l’impression qu’il jouait la comédie. »

Robert ne s’expliquera pas plus. Parlera juste de sa « grande solitude ». De « pulsions ». Le psychiatre précise que, « dans sa tête, il y a un lien entre la présence de Sabine et le fait de ne pas passer à l’acte ». Selon lui, Didier Robert n’est atteint d’aucune pathologie mentale. Il le considère accessible à une sanction pénale.

Le procès n’a pas vraiment réussi à mettre en lumière le danger que faisait courir Didier Robert à ses victimes en les agressant sans se protéger. Lia Cavalcanti dira pour lui : « Didier avait pleinement conscience des risques encourus. Il parlait tout le temps de prévention, était à la pointe des informations. » Et le psychiatre devancera l’appel des questions, en lâchant : « Il n’y a pas cette dimension "Je vais te détruire avec ma maladie." Le fait qu’il soit séropositif et qu’il n’y ait pas eu de pénétration, c’est quelque chose que je n’ai pas exploré. »

Hier, Didier Robert a été condamné à sept années d’emprisonnement.

Didier Arnaud

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