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Le Procès du Sidaction | Pierre Joly

Enquête : Les mauvais comptes de la Fondation pour la recherche médicale

9 juillet 2007 (Le Parisien)

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PRÈS DE 450 000 donateurs lui font régulièrement un chèque.

Elle aide chaque année plus de 600 chercheurs.

Et, en ces temps de collecte difficile, ses ressources en expansion (25 millions d’euros en 2002) font pâlir d’envie d’autres associations caritatives.

Créée en 1962 par le professeur Jean Bernard, la célèbre Fondation pour la recherche médicale (FRM), première institution privée finançant la recherche sur toutes les maladies, est pourtant au centre d’une sacrée polémique.

Donateurs dénonçant de « mauvais ratios de gestion », administrateur démissionnant pour cause « d’appel d’offres non déontologique », anciens cadres évoquant des dépenses somptuaires, etc.

Pis, cette véritable institution, qui revendique haut et fort son statut de « membre fondateur » du Comité de la charte (les associations adhérentes doivent respecter des règles déontologiques, de transparence financière notamment), ne suit pas toujours les recommandations dudit comité, qu’il s’agisse de procédures d’appels d’offres, ou de présentation des comptes.

Alertée sur « certains aspects du fonctionnement » de la FRM, le procureur général près la Cour des comptes, Hélène Gisserot, a transmis fin 2003 le dossier aux deux chambres compétentes.

La Cour des comptes... en 2000, déjà, cet organisme de contrôle avait vivement critiqué la façon dont la FRM, présidée depuis dix ans par Pierre Joly (ex-DG de Roussel-Uclaf, trésorier du Medef, et président du Syndicat de l’industrie pharmaceutique), avait géré le fonds Sidaction.

L’Inspection générale des affaires sociales, de son côté, avait pointé la même année certains dysfonctionnements au sein de cette fondation.

Depuis ? « La FRM a radicalement évolué », estime son directeur général, Eric Palluat de Besset, un proche de l’actuel président d’honneur de la fondation, Gérard de Chaunac-Lanzac.

Contacté par nos soins, Eric Palluat de Besset a refusé au dernier moment la publication de l’interview qu’il avait, dans un premier temps, donnée à notre journal.

Dépenses étonnantes

Depuis 2001, en tout cas, si certaines améliorations sont réelles - meilleur suivi des bourses, baisse des frais de personnel, etc. -, les chiffres globaux restent détonants.

En 2002, seules 63 % des ressources de la fondation ont ainsi été affectées à son objet social (l’aide à la recherche).

La même année, l’ARC, remise en ordre par un inspecteur général des Affaires sociales, arrivait à 75 %, l’AFM à 80 %, la fondation d’Auteuil à près de 85 %, et l’Armée du Salut à 87 %.

Il faut dire qu’à la FRM, certaines dépenses laissent perplexes.

Le salaire moyen des 23 permanents ? 3 280 € mensuels, soit 13 % de plus qu’à l’ARC.

La création du nouveau logo ? Le « relookage » du soleil a, à lui seul, coûté 25 000 €.

Quant à la Maison de la recherche, située au siège, dans un hôtel particulier faisant face à Matignon...

« Sa justification reste fragile », estimait l’Igas en 2000.

Enfin, les bourses et aides distribuées aux chercheurs, elles, n’ont mobilisé que 53 % des ressources, contre 63 % en 2001.

Une gestion pointée du doigt

« Recherche et Santé » : une revue ruineuse.

« Fondamental », le trimestriel de l’ARC, est diffusé à 6 000 exemplaires.

« VLM » (Vaincre les myopathies), le bimestriel de l’AFM, à 23 000 exemplaires.

Alors que les dons et legs collectés par la Fondation pour la recherche médicale sont nettement moindres que dans ces deux associations, « Recherche et Santé », son trimestriel, est en revanche tiré à... 280 000 exemplaires.

En 2000, pourtant, l’Igas avait été claire : « Cette revue de vulgarisation », loin de pouvoir être considérée « comme une aide à la recherche », « participe à la fidélisation des donateurs ».

Traduction ? Alors que les autres associations caritatives tracent une ligne jaune entre information médicale et collecte des dons, « Recherche et Santé », elle, mélange les genres.

Une stratégie hors de prix : alors que le budget de « Fondamental » était de 60 000 € en 2002, celui de « Recherche et Santé » dépassait 872 000 €.

« Depuis le rapport de l’Igas, cette revue a évolué.

Et elle changera encore plus en 2004 », promet le directeur général, Eric Palluat de Besset.

Un grand prix spécial très spécial...

En 2003, en plus de la dizaine de prix et du grand prix, décernés chaque année par la FRM, une nouvelle récompense est apparue : le « grand prix spécial », attribué à Jean-Paul Lévy, l’actuel directeur médical de l’Institut Pasteur.

Problème : celui-ci a été primé juste après avoir démissionné du conseil d’administration de la Fondation, où il siégea vingt ans durant.

Le site Internet frm.org le présente d’ailleurs toujours comme administrateur.

Légal ? « Plus que limite », « copinage », les trois fondations et associations caritatives interrogées par notre journal, très sévères, se demandent pourquoi la FRM a primé une personnalité « arrivée » (NDLR : c’est le but du grand prix) , à l’heure où tant de jeunes chercheurs, en mal de fonds publics, postulent.

Appels d’offres : une réelle marge de progrès.

En 2000, l’Igas recommandait à la FRM de renégocier, « progressivement mais systématiquement », ses « contrats de prestation externe ».

Appel d’offres pour l’agence marketing en 2002, pour la revue « Recherche et Santé » en 2003, l’amélioration est patente.

A une exception près : MCS et Associés, l’un des plus gros prestataires extérieurs - 692 000 € au budget de la FRM en 2002 - échappe toujours au couperet de la mise en concurrence.

Présidée par Gilles du Buisson de Courson, conseiller général de l’Orne et membre du Jockey-Club, cette société installée à Paris traite les dons reçus par la Fondation (ouverture du courrier, lecture optique des chèques, édition du reçu fiscal, etc.) depuis plus de quinze ans.

Ne serait-il pas temps, étant donné les masses financières en jeu, de lancer un appel d’offres ? « Vu les tarifs que nous pratiquons, MCS n’a rien à craindre », estime Gilles de Courson.

« Ce sera fait en 2004 », affirme de son côté Eric Palluat de Besset.

GILLES LE MAUX, donateur retraité : « Cela ressemble à de la gabegie... »

DEUX ANS avant que n’éclate le scandale de l’ARC, Gilles Le Maux, alerté par un article, avait cessé de donner de l’argent à cette association.

Depuis, ce retraité de 65 ans, qui donne toutes causes confondues environ 1 500 € par an, épluche les comptes des associations caritatives qui le sollicitent.

« Seuls 63 % des dons et legs récoltés en 2002 ont été affectés à la recherche », s’emporte ce féru de chiffres, qui a rayé la FRM de sa liste, au profit d’associations « plus vertueuses », qui affichent un ratio d’efficacité proche de 80 %.

Certaines dépenses de la FRM le laissent songeur.

« En 2001, elle a dépensé 102 000 F, pour distribuer des prix d’une valeur de 200 000 F ! » s’exclame celui qui s’était alors fendu de plusieurs courriers.

« Si ce n’est pas de la gabegie, cela y ressemble », avait-il écrit au directeur général.

Depuis, ce poste-là a dégonflé, mais les dépenses non affectées à son objet social restent « excessivement élevées » : « Les frais d’appel à la générosité du public (collecte, traitement des dons, etc.) atteignaient près de 22 % des sommes récoltées en 2002, contre 7,8 % à l’ARC.

Et si l’on ajoute les frais de communication et de fonctionnement, on atteint 36,8 % des dons, contre 21 % à l’ARC ! » s’emporte-t-il.

Pour ce retraité, la Fondation est devenue une « machine à autoconsommer l’argent que lui versent les bienfaiteurs ».

Gilles Le Maux demande que les donateurs puissent intégrer les conseils d’administration des associations caritatives.

Leur adhésion au Comité de la charte, qui s’engage sur des principes déontologiques, ne suffit-elle pas ? « Ce comité vérifie qu’il existe une pièce justificative face à chaque dépense, sans évaluer la pertinence de cette dépense », souligne-t-il, rappelant que « l’Armée du salut, l’ARC et l’AFM ont quitté cet organisme, pour s’engager dans une démarche de certification.

Il doit bien y avoir une raison... »

O.P.


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