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Femmes séropositives | Les stars et le sida | Tribune libre

Sida : Ségolène, ta solidarité ne suffit pas

4 avril 2007 (Le Monde)

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par Marjolaine Degremont [1]

Ma chère Ségolène Royal, bien que touchée par ton geste de solidarité (soutien à la campagne de l’association Aides), je ne peux m’empêcher de voir là toute la démagogie du système politique, ou alors une grande naïveté de ta part et une totale méconnaissance du sida. Car, si tu étais séropositive, je ne crois pas que tu te présenterais à l’élection présidentielle...

Si tu étais séropositive depuis 1980, tu serais passée par tous les stades de la maladie : tu aurais probablement développé une ou plusieurs maladies opportunistes dans les années 1990, tu serais sous multithérapie aujourd’hui avec un virus multirésistant, donc un traitement très lourd qui entraîne des effets secondaires assez handicapants.

Pour résumer, tu ne serais pas assez en forme pour faire des meetings, tu aurais peut-être des nausées ou des diarrhées fulgurantes, tu serais certainement amaigrie et fatiguée, tu aurais du mal à t’engager pour des voyages et des émissions de télévision. Ta santé te dicterait ton planning.

Si tu étais séropositive depuis 1990, cela voudrait dire que les campagnes de prévention sida des gouvernements Mitterrand et Jospin n’ont vraiment pas fonctionné - ce qui par ailleurs est vrai. Tu serais néanmoins sous trithérapie, sans doute moins violente que précédemment, mais tu aurais du mal à échapper aux charmants effets secondaires...

De plus, ministre de la famille, tu te serais engagée dans la lutte contre le sida au lieu de ne penser qu’à la contraception avec la pilule du lendemain.

Si tu étais séropositive depuis 2000, tu ne serais pas forcément sous traitement, tu aurais donc les capacités physiques d’assurer en 2007 une campagne présidentielle... Mais, sept ans, c’est à peu près le temps qu’il faut pour digérer le fait d’être séropositive. Entre 2000 et 2005, tu serais allée chez le psy plus souvent que Rue de Solférino, cela limite les possibilités d’une carrière politique.

COUP DE MASSUE

Si tu étais séropositive depuis un an, tu commencerais à émerger du coup de massue reçu. Tu pourrais aussi faire l’autruche, mais refouler une telle angoisse demande une énergie énorme qui te déconcentrerait de ta campagne et de tes discours. Difficile.

Si tu étais séropositive depuis deux mois, tu n’aurais qu’une obsession en tête : "que cela ne se sache pas". Tu aurais très peur de ne pas être élue présidente à cause de la suspicion quasiment inévitable qui en découlerait. Contaminée il y a deux mois, cela voudrait dire que tu as des amants - mais as-tu le temps d’avoir des amants en pleine campagne électorale ?

Dans tous les cas, cela remettrait en question ton image, celle d’une femme de tête capable d’imposer un préservatif à ses partenaires. Impossible. Il reste François, avec ses airs bien sages... Reste que, dans les deux scénarios, silence de rigueur.

Voilà un petit cours sur le sida qui te fera peut-être comprendre que la lutte contre le sida chez les femmes est aujourd’hui une priorité. Etre séropositive, cela peut nous arriver à toutes et cela met en péril une partie de notre vie.

Aujourd’hui, en France, environ sept femmes sont contaminées chaque jour par le virus du sida.

Notes

[1] Marjolaine Degremont, artiste, est militante et séropositive.

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