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Femmes séropositives | Pouvoir médical

Discrimination et humiliation des femmes séropositives : une étudiante sage femme réagit

14 mars 2007 (lemegalodon.net)

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Bonjour, je m’apelle Julia [1]. J’étais à la conférence Féminité et séropositivité organisée au Pôle santé lors de la Journée de la femme à Nîmes. Je suis étudiante sage femme en 3ème année, mais également volontaire au Comité des famille, dont des parents animent le site papamamanbebe.net.

L’intervention de Dominique et Valérienne (si je ne me trompe pas dans les prénoms car elles ne parlaient pas très fort !) m’a beaucoup touchée, mais surtout je trouve ça vraiment dommage d’avoir des témoignage de souffrance et d’incompréhension comme ça, et que malgrè plein de professionnels dans la salle, personne n’a répondu, sauf pour le témoignage sur le passage en salle d’opération en dernier...

Donc je voulais donner mon avis, car oui je pense qu’il y a encore beaucoup de discrimination, et j’ai honte pour mes collègues qui ont refusé, par exemple, de faire une toilette après l’accouchement d’une femme séropositive, car on est des professionnelles, on sait très bien que le VIH ne s’attrape pas en serrant la main d’une personne, et encore moins en faisant une toilette à une femme, surtout qu’on met des gants à chaque fois.

Ce qui me fait rire, c’est la réaction disproportionnée, alors qu’en réalité on ne sait jamais vraiment le statut sérologique d’une personne : la prise de sang a été faite en tout début de grossesse, mais entre temps que s’est il passé ? Ou quelque fois il n’y a pas eu de dépistage du tout par oubli ou par refus de la patiente, mais là bizarement ca ne fait pas peur aux soignants !!!!!

Donc, pour reprendre les témoignages :

Le premier, avec la femme de 54 ans VIH + qui a eu un délai d’un mois pour avoir une consultation gynéco. La question qu’elle se pose bien évidemment c’est : est ce que j’ai attendu tout ce temps car je suis séropositive ? En fait, il y a toujours beaucoup de délai d’attente, surtout au CHU de Nîmes pour une consultation gynéco car la patiente "n’a rien a payé" contrairement aux consultations des gynéco en ville où il faut avancer l’argent et où souvent il y a des dépassements d’honoraires... Donc il y a TOUJOURS énormément d’attente, saut si vous avez la chance que quelqu’un se désiste et que vous prenez sa place.

Le deuxième témoignage et le troisième qui sont faits par deux femmes de l’association AIDES de NÎMES aussi sont un peu les mêmes : Lors de leur hôspitalisation, la première femme dans un service de pneumologie et la deuxième en maternité après son accouchement, le personnel soignant refuse de s’occuper de la patiente et est réticent à lui faire des soins. On peut comprendre, et c’est légitime, que le personnel soignant doit faire davantage attention à se préserver lors des soins aux personnes séropositives, comme l’emploi de gants si il doit y avoir contact avec du sang, l’emploi de masque lors de l’accouchement pour éviter des projections au niveau des yeux.

Mais là, en tout cas en ce qui conserne mon domaine, c’est à dire la toilette d’une femme qui vient d’accoucher... Il n’y a vraiment aucun risque si la sage-femme met des gants (et elle en met systématiquement pour toutes les femmes !!!). Donc il n’y a aucun risque de contamination, ce n’est pas difficile à comprendre, surtout pour des personnes qui ont fait de longues études médicales !!!!!

Après il ne faut pas non plus tomber dans les extrêmes : c’est à dire OUI à la protection utile et justifiée (mettre des gants pour une prise de sang, comme pour tous les patients d’ailleurs !!!) mais NON à une protection excessive discriminatoire, comme mettre des gants pour prendre une tension à une patiente ou lui serrer la main, ou encore mettre un masque pour lui parler ! Devrait-on re-expliquer les modes de contamination au personnel médical ??? Bon, d’accord, je plaisante, mais on n’en ai pas si loin parfois !!!

Là le problème est très grave !!!! Il aurait fallu que la patiente écrive une lettre à la surveillante du service pour signaler ce qui s’est passé, en citant si possible le nom de l’infirmière en question (les noms sont sur la blouse, mais de toute manière en mettant le jour on retrouve la personne grace au planning des infirmières).

Je pense aussi que le personnel soignant n’est pas assez formé, ce n’est pas normal pour des personnes du milieu médical de réagir comme ça ! Il y a d’un côté la peur immense et injustifiée du soignant qui ne sait plus trop comment réagir ; et de l’autre le patient qui ressent fortement ce regard différent et du coup il est de plus en plus sur la défensive et rapporte tout evènement qui lui semble anormal à sa maladie...

Pour le quatrième témoignage, il s’agit d’une femme séropo, qui se demande pourquoi on l’a fait passer en dernière au bloc opératoire alors qu’elle attend pour subir une opération. Elle se sent blessée, et pense immédiatement à une autre discrimination envers elle et sa maladie. Mais là ce n’est absolument pas de la discrimination : c’est l’application d’un protocole qui indique dans quel ordre on doit faire les interventions :

On fait toujours de l’opération la moins grave avec le moins de risque d’infection au plus grave et au plus infecté. Par exemple on fait toujours une petite chirurgie pour réparer un bras cassé (il n’y a pas d’infection ) avant une chirurgie où il y a une plaie purulente.

Après pour le VIH c’est à double tranchant : soit on devrait le faire passer en premier si on considère que le patient séropositif est immunodéprimé ; soit on le fait passé en dernier pour le risque de contamination...

Voilà...

J’espère avoir apporté des débuts de réponses pour les personnes qui ont fait ces témoignages.

Julia

Notes

[1] Julia, 23 ans, en couple, participe aux soirées organisées par des parents et futurs parents du Comité des familles. Vous pouvez lui écrire en cliquant sur ce lien.

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