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Charlatanisme | Gambie

Charlatanisme et sida : le remède-miracle du président de Gambie

23 février 2007 (AP)

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BANJUL (AP) - Contre l’épidémie de SIDA qui frappe particulièrement l’Afrique, le président gambien Yahia Jammeh affirme posséder LA solution : prière, plantes médicinales, potion amère et bananes. Un remède-miracle de plus sur une longue liste qui n’est pas sans inquiéter l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le plus gros problème pour les experts, souligne le Dr Antonio Felipe Jr, directeur local de l’OMS au Sénégal, pays frontalier, réside dans l’arrêt du traitement par anti-rétroviraux que Yahia Jammeh exige de ses patients. C’est un changement dangereux qui peut aboutir à un affaiblissement du système immunitaire chez des patients devenus plus enclins à l’infection.

Depuis le mois de janvier, à la suite d’une réunion de diplomates étrangers au cours de laquelle il a présenté son traitement, Yahia Jammeh a mobilisé pour sa cause toute la machinerie bureaucratique de son petit pays de l’Afrique de l’Ouest.

Et bien que le nombre de malades y soit bien inférieur à celui d’autres pays du continent (environ 20.000 personnes vivent avec le VIH ; 1,3% des 1,6 millions de Gambiens), les six derniers bulletins de presse publiés sur le site Web officiel sont consacrés au traitement du président, disponible gratuitement pour les Gambiens. Des spots publicitaires sont diffusés à la radio et à la télévision, où le ministre de la Santé vante les mérites de ces soins.

Le Dr Filipe affirme que l’OMS respecte le point de vue du président mais il est formel : "Au nom de l’OMS, nous voulons déclarer clairement la chose suivante : il n’existe pas de traitement du SIDA pour le moment."

Contrairement au président sud-africain Thabo Mbeki, qui soutient, lui, qu’un régime à base d’ail, de betterave et de jus de citron, serait plus efficace que les anti-rétroviraux, Yahia Jammeh, 41 ans, a utilisé les grands moyens pour apporter la "preuve" de ce qu’il avance.

Selon les analyses qu’il a fait mener par un laboratoire sénégalais sur les échantillons sanguins des neuf premiers patients, quatre présentent une charge virale indétectable, un, une charge modéré, et trois, une forte charge, peut-on lire sur le site officiel. Mais le technicien qui réalisé les examens souligne que ces résultats ne sont pas concluants car les prélèvements ont été effectués après le traitement. "Vous ne pouvez pas prouver que quelqu’un a été soigné du SIDA juste sur un résultat. C’est malhonnête de la part du gouvernement gambien d’utiliser nos résultats de cette manière", a fait valoir le Dr Coumba Touré Kane, directeur de l’unité de biologie moléculaire de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Peu importe la validité scientifique des résultats, les patients dont Yahia Jammeh s’est occupé sont convaincus. "C’est comme si le président avait fait sortir la douleur de mon corps", explique Ousman Sowe, 54 ans, dont la séropositivité a été découverte en 1996, et qui est suivi par le chef de l’Etat depuis presque un mois. "J’ai retrouvé l’appétit et j’ai pris du poids", affirme de son côté Lamin Ceesay, qui lutte depuis neuf ans contre le VIH.

Le président Jammeh tient secrète la composition de son remède, ne dévoilant que le nombre de plantes nécessaires : sept, "dont trois ne proviennent pas de Gambie".

Après avoir appliqué la pâte verte sortie d’une boîte en plastique, le président badigeonne le corps du malade d’une solution de couleur grise contenue dans une vieille bouteille d’eau minérale en plastique, tout comme le breuvage jaunâtre que les patients doivent boire. Le traitement est administré de nombreuses fois, pendant plusieurs semaines.

Une fois traités ses neuf premiers patients, Yahya Jammeh en trouve 30 autres qui l’attendent. Il leur demande de cesser de boire de l’alcool, du thé ou du café ; interdits aussi, le sexe et les noix de cola. Avant que le groupe ne soit emmené dans un hôpital des abords de la capitale, Banjul, le président pointe son Coran relié de cuir vers chaque personne tour à tour, en déclarant : "Au nom de Dieu, dans trois à trente jours, vous serez tous guéris." AP

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