Charles-Catherine Claude | Prisons
Prison traître et Prison Break
30 janvier 2007 (lemegalodon.net)
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Justice fiction et prison réalité
PRISON BREAK, ou comment une série télévisée peut fédérer des millions d’euros tout en nourrissant une image déshydratée du monde, spectaculaire et stéréotypée qui se substitue à la réalité de tant d’hommes, de mes fils en particulier, qui continuent de crever dans les entrailles de la bête, dans la partie la plus douloureuse et opaque du colon, appelée quartier d’isolement…
FICTION : Les héros, deux frères emprisonnés, dont le cadet est venu sauver son frère condamné à mort, il s’est tatoué sur le corps les plans de la prison qui doivent servir à l’évasion de son aîné.
REALITE : Le « haro » jeté sur deux frères emprisonnés, dont le cadet a tenté de faire évader (2001) son frère condamné à vie, il a tatoué dans son cœur le plan du désespoir et de l’amour qui doit servir à l’évasion de son aîné.
Dans « Prison Break », outre l’élément affectif qui se dégage de la série, le drapeau des valeurs morales est brandi en contrepoids de cette histoire d’amour et d’évasion, planté dans l’émotionnel collectif, il imprime son imaginaire, qui, d’émotions chocs en émotions toc, s’appauvrit de jour en jour. Il abandonne la réalité de la vie au profit d’émotions fictives qui le rassurent quant à son identité.
Ce qui fait la force de cette fiction, sont ces deux histoires d’amour contrariées, entre les deux frères bien sur, mais plus que tout, ce drame « Shakespearien », ce « Roméo et Juliette » carcéral, cet interdit amoureux, entre le prisonnier et le médecin de la prison qui n’est autre que la fille du sénateur de l’état, dans lequel, chaque téléspectateur peut se reconnaître.
Le scénariste n’a pas oublié de médicaliser la réciprocité amoureuse, il rappelle à l’aide de « flashs back » judicieusement disséminés au fil des épisodes, les quelques petits problèmes de drogue et de dépression que la toubib a connu dans son « passé fictionnel », avant de travailler en prison.
Si elle aide son amoureux de prisonnier à s’évader, ce que chaque téléspectateur attend la langue pendante à chaque nouvel épisode, c’est parce que c’est une ancienne droguée. Ouf ! la morale est sauve !
Dans NOTRE REALITE, lorsqu’une assistante sociale tombe amoureuse de mon fils aîné, qu’un surveillant, un directeur de prison, ou le psycho flic d’une brigade d’élite, s’émeuvent devant sa personnalité, le diagnostic claque comme un tir de flash ball, dans le dos d’un adolescent : c’est un syndrome de Stockolm, doublé d’une manipulation…
J’ai d’ailleurs demandé à Monsieur Devedjian, lors du dernier colloque (12/01/07), pourquoi ce psycho flic ne viendrait pas témoigner en tant qu’expert, au procès de mes fils, lui qui, en tant que psychologue, a négocié presque 20 heures durant avec mon fils Christophe, lors de la tentative d’évasion de Fresnes le 27 mai 2001 ? En plus, ceci éviterait que de mauvaises expertises s’abritent derrière l’alibi évoqué à Outreau, celui du salaire de femme de ménage de nos experts…
Pas de réponse ! Pire, la salle est partie dans un éclat de rire, devant le silence à couper au couteau des intervenants présents sur le plateau, de monsieur Devedjian en particulier.
Exit, le romantisme de la série et son cortège de sentiments sucrés et humides...
En filigrane apparaît dans la série, « la grâce » ultime, ce droit de vie ou de mort que le grand méchant sénateur, ce Dieu territorial, peut appliquer à tout moment du scénario, ce coup de fil quasi divin, tient le spectateur en haleine sur le tempo émotionnel et affectif.
Chacun(e) d’entre eux (elles) peut s’identifier aux personnages à travers cette histoire ayant pour ressort l’amour, la vie et la mort ainsi que la confrontation morale des axes du bien et du mal.
Ils s’émeuvent devant une série larmoyante, mais ne sont pas réactifs face à la réalité, ils n’y n’adhèrent plus, leur sensibilité télévisuelle a remplacée l’action, les effets spéciaux de la série comme ceux de beaucoup d’autres, de pubs ou de téléfilms ont pris le pas sur la réalité.
Dans la vraie vie, finis les effets spéciaux, les couleurs qui accrochent l’œil, mes fils et d’autres hommes continuent de souffrir ou de mourir de la barbarie carcérale, dans des quartiers d’isolement obscurs.
La burka cathodique, empêche les téléspectateurs de regarder la vie dans les yeux, ils les gardent définitivement baissés devant la nudité crue et violente de la (notre) terrible réalité. L’intégrisme télévisuel et émotionnel a guillotiné leurs sentiments.
Lors de la grand messe de « Prison break », l’excitation affective culmine, elle menotte devant l’écran des millions d’adeptes qu’elle enferme dans des émotions survoltées, nombrilistes et artificielles, les déconnectant de l’autre, de la réalité.
A force « d’électro émotions » hebdomadaires ou quotidiennes, de téléfilms en séries, les véritables sentiments disparaissent, au profit d’une sensiblerie improductive.
« Prison break » atteint des sommets financiers, grâce à l’ampleur de l’emprise émotionnelle, du séisme psycho affectif qu’elle suscite et, dans lesquels peuvent s’engouffrer, publicitaires, annonceurs de tout poil et autres « Merlins enchanteurs » du bizness sécuritaire et libéral.
Cette série joue en virtuose sa partition affective, faisant exploser l’audimat, cet empereur de l’audience qui aspire de son énorme paille télévisuelle, l’imaginaire collectif des téléspectateurs.
Malgré l’incommensurable déséquilibre, j’assume seule, depuis des années le combat, afin d’obtenir un procès équitable pour mes enfants, dans un dossier instruit uniquement à charge, pour attirer l’attention sur des pratiques carcérales barbares et judiciaires injustes, dont les notions de droit et d’humanité ont été définitivement bannies.
Je veux également, démontrer que cette histoire de frères est une histoire de vie et d’amour, que mon fils Cyril est l’anti thèse du Caïn biblique qui tua son frère dans un accès de jalousie.
Dans la réalité un surveillant a été blessé parce qu’il avait tiré sur l’hélicoptère alors que cela était formellement interdit.
Nous sommes là, bien loin de la fiction de « prison Break » une fois de plus.
Nombre de nos représentants politiques, brandissent le droit des victimes en étendard, alors qu’ils ne les respectent pas, puisqu’ ils s’en servent comme bouclier humain, s’abritant derrière celles ci, dés qu’ils veulent occulter une réponse à une question embarrassante, ou faire aboutir des mesures liberticides pouvant fertiliser la loi organique des finances (Lolf).
Enterré sous des excréments sécuritaires, le code de procédure pénal attend au fond des quartiers d’isolement que la démocratie torche sur l’étendard du droit, la « ré publique ».
Dans cette froide et clinique réalité, aucune identification possible, pas d’écran pour renvoyer les images de cet univers sombre, opaque et concentrationnaire, enfoui dans les catacombes de nos consciences endormies.
Forum de discussion: 3 Messages de forum
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Prison traître et Prison Break
vous auriez dû arrêter votre article au moment même où vous avez indiqué la différence entre prison break et votre réalité : c’est une fiction, en clair ce n’est pas vrai donc pas de quoi disserter pendant dix mille ans sur l’incapacité de la série à réfléter la réalité. de nos jours le monde a besoin de se divertir et cette série n’est rien d’autre que du divertissement. michael scofield et lincon burrows sont des personnages de fictions, normal que leur histoire soit fictionnelle et donc totalement éloignée de celle de vos fils.
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Prison traître et Prison Break
Leila,
Si j’avais arrêté mon article au moment que vous indiquez, aucune analyse n’aurait été possible. J’ai parlé de cette série parce que le sujet me touche dans ma chair. Mais, c’est surtout pour parler de l’effet délétère qu’engendre trop de télévision que je l’ai écrit. Il est bien plus simple de rester scotché à son écran télé et voir défiler le monde en 16/9ème que l’analyser pour tenter d’en comprendre les rouages et mécanismes. Heureusement, quelques personnes s’interrogent sur celui ci et sur la validité des droits de l’homme, du citoyen et de tous ces codes censés faire de notre beau pays une démocratie. Ou de ces autres encore qui font circuler l’information ailleurs que dans "experts Fbi" et autres séries du scientifiquement prouvé... Je laisse aux autres, les "téléphiles" ou "téléphages" le soin de respirer leurs bouquets de chaînes fanées qui les enchaînent à leur télé commande ou à leur poste de télé... Bien à vous. Catherine
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Prison traître et Prison Break
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Prison traître et Prison Break
Je ne penserais pas ça. Vous indiquez au contraire que ce qui émeut les téléspectateurs dans la série et les scotchent devant leur poste, les laisse de marbre dans la réalité... c’est bien triste effectivement.
