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Bulgarie | Libye | Sang contaminé

Les infirmières bulgares condamnées, la Libye fustigée

7 décembre 2006 (Libération)

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Trois des cinq infirmières bulgares au tribunal à Tripoli en mai 2006. Elles ont été jugées coupables d’avoir volontairement inoculé le sida à 426 enfants à la fin des années 1990. (REUTERS)

Soupçonnées d’avoir délibérément inoculé le virus du sida à des enfants, elles ont été condamnées à mort, de même qu’un médecin palestinien • Au Barreau de Paris, qui soutient les accusés, on dénonce une décision « tragique » « ordonnée par le pouvoir libyen » •

Il est 10h11, heure française, lorsque le verdict tombe. La justice libyenne vient pour la seconde fois de réclamer la peine de mort à l’encontre des cinq infirmières bulgares et du médecin palestinien, accusés d’avoir inoculé le virus du sida à 426 enfants libyens. A la Maison du barreau de Paris, qui a pris fait et cause pour les accusés, c’est l’abattement.

Ce verdict vient clore le deuxième procès de cette lugubre affaire. Le 6 mai 2004, les infirmières avaient déjà été condamnées à mort et le médecin à quatre ans de prison. Puis, suite à un recours des six accusés – ils ont déclaré avoir été victimes de tortures dans le but de leur extorquer des aveux – la Cour suprême ordonne un nouveau procès. Et le procureur réclame une nouvelle fois la peine de mort.

La Maison du Barreau de Paris a organisé mardi matin l’audition du verdict en direct de Tripoli. « C’est le pouvoir libyen qui a ordonné cette sentence et non la justice libyenne », a déclaré Michel Taube, porte-parole d’ECPM (Ensemble contre la peine de mort). Emmanuel Altit, un des avocats des infirmières, reproche aux « gouvernements occidentaux – autorités bulgares inclues – de ne pas avoir fait suffisamment pression pour qu’il y ait une solution raisonnable. Cette décision est grave, a-t-il ajouté, il s’agit d’une négation des valeurs qui font notre société. »

Le bâtonnier de Paris dénonce quant à lui une « catastrophe absolue » et souhaite « une mobilisation forte de l’opinion internationale et des journalistes qui ont déjà fait beaucoup. Nous avons besoin de vous pour garder l’espoir. »

Sylvie Vartan, qui soutient l’action d’ECPM, a exprimé en direct du tribunal de Tripoli son « indignation » et son « dégoût » face à une décision « tragique ». Cent-quatorze prix Nobel, une première dans l’histoire, ont joint un appel sollicitant l’examen par la justice libyenne de l’expertise internationale et le nécessaire respect des droits de la défense.

Désormais les accusés et leurs avocats disposent d’un dernier recours possible pendant deux mois devant la Cour suprême libyenne. Comme l’a souligné l’avocat du médecin palestinien : « C’est notre dernier espoir. »

« Personne n’a voulu infecter volontairement les enfants libyens »

Le professeur Luc Montagnier, à l’origine de l’identification du virus du sida en mai 1983, avait été sollicité en 2003 par les autorités libyennes sur le dossier des infirmières bulgares. Il avait rendu un rapport les dédouanant complètement.

Pour vous, dans le dossier il n’y a aucun doute : elles sont innocentes ?

Il n’y a aucun doute sur le fait que personne n’a voulu infecter volontairement ces enfants. Qu’est-ce qui s’est produit ? Comment cela s’est-il produit ? Nous n’avons pas toutes les informations. Lorsque nous avons été conduits à faire cette expertise – à la demande des autorités libyennes –, il nous est apparu très clairement qu’il y avait des manques graves d’hygiènes dans les hôpitaux concernés, et surtout qu’il y avait une méconnaissance du virus et de l’épidémie. Beaucoup ne savaient pas que ce virus était très contagieux chez les enfants, comme on le voit par exemple dans l’allaitement maternel où il suffit de peu de virus pour que le nourrisson soit infecté.

Comment avez-vous travaillé ?

Nous avons fait plusieurs missions. Nous avons fait des analyses virologiques et interrogé le personnel. Nous avons observé que s’il y a des médecins bien formés, des ignorances demeuraient. Ainsi des enfants contaminés étaient hospitalisés à côté d’autres qui ne l’étaient pas. Des tubes de sang traînaient un peu partout. Et puis, ce n’était pas la première fois que l’on assistait à des épidémies nosocomiales, liées à des hôpitaux et à des mauvaises pratiques. On l’avait vu en Russie. Et pour nous, c’était l’hypothèse la plus probable. En septembre 2003, lorsque j’ai témoigné, cela a duré trois heures. On sentait que l’on parlait dans le vide. Ce qui était terriblement émouvant, c’était de voir ces femmes enfermées dans une cage.

Et il y a aussi l’étude, publiée en début de ce mois, dans la grande revue scientifique Nature…

Tout à fait. L’analyse des génomes du virus du sida et du virus de l’hépatite C en cause dans ces contaminations a démontré la présence de ces souches virales et leur transmission hospitalière dans cet établissement, avant l’arrivée de l’équipe bulgare. Pour cela, ils ont utilisé les séquences génétiques de virus d’enfants et ils ont reconstruit l’histoire exacte et la généalogie de ces virus. Nous-mêmes y avons travaillé. Il ressort clairement de cette analyse, que le virus du sida en cause circulait dans l’hôpital Al-Fateh avant l’arrivée du staff bulgare en mars 1998. La probabilité que cette épidémie ait une origine postérieure à leur arrivée est « pratiquement de zéro », ont pu en déduire les auteurs.

Votre sentiment, alors ?

C’est un déni de la science, et cela même alors que d’ordinaire, la science sert à la manifestation de la vérité. On est face à un refus d’évidence scientifique et à une recherche de boucs émissaires.

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