Pouvoir médical | Sylvie Fainzang
Relations médecins-malades : « On va dire la maladie, rarement son aggravation »
7 octobre 2006 (Libération)
4 Messages de forum | Réagir à cet article | Recommander cet article | Votez pour cet article
Voir en ligne : Relations médecins-malades : « On va dire la maladie, rarement son aggravation »
Sylvie Fainzang, anthropologue, a enquêté sur l’échange d’information entre patient et médecin, une relation qui reste basée sur le mensonge. « On va dire la maladie, rarement son aggravation »
Par Eric FAVEREAU
Sylvie Fainzang est anthropologue, directrice de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Pendant quatre ans, elle a recueilli des témoignages de patients et de médecins, autour de la question de l’information.
Elle les a écoutés, ensemble ou séparément. Elle vient de publier un ouvrage sur la Relation médecins-malades : information et mensonge [1]. Où elle montre combien le mensonge reste ancré au coeur de cette relation singulière.
Vous écrivez que le mensonge est une pratique omniprésente dans la relation médecin-malade. Rien n’aurait donc changé ?
Ce qui est clair, c’est que les malades sont un peu plus demandeurs d’information, qu’il y a eu la loi sur les droits de malades de 2002 qui impose au médecin d’informer le patient s’il le lui demande. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y ait plus de mensonges et que le patient soit complètement informé.
Le médecin ne reste-t-il pas sur une ligne défensive, en se contentant de répondre à une demande ?
Pour ne pas informer, beaucoup de médecins s’abritent derrière le fait que les patients ne leur demandent rien, ou ne veulent pas savoir. L’anthropologue que je suis ne peut pas s’arrêter à cet argument. Car ce type d’explication laisse de côté le fait que bien des patients n’osent rien demander à leur médecin, celui-ci restant dans une position d’autorité. Et puis la durée de la consultation est très courte, le patient n’a pas le temps de poser des questions. Mais surtout, lors de mes entretiens, il est apparu que beaucoup de patients manifestent l’envie de savoir. Ils la manifestent en allant voir d’autres malades ou en demandant à leur médecin traitant. Le recours à l’Internet indique aussi clairement ce souci de savoir. Bref, il y a plein de signes qui montrent que l’absence de demande explicite ne peut justifier à elle seule l’attitude du médecin qui ne partage pas l’information.
Mais tous les patients sont-ils aptes à entendre ?
Voilà un argument délicat : comment le médecin juge-t-il de cette aptitude qu’aurait ou pas le patient ? Ce dont j’ai pu me rendre compte, c’est que beaucoup de médecins jugent de la volonté et de la capacité du patient à savoir en fonction de son capital culturel supposé. Les médecins informant, in fine, bien davantage ceux qu’ils estiment culturellement les plus élevés. Or les médecins se trompent parfois. J’ai vu des patients qui n’étaient pas du tout ce que le médecin croyait qu’ils étaient.
Y a-t-il une différence entre l’information donnée sur le diagnostic et celle relevant du pronostic ?
C’est une distinction très importante. Quand on parle aux médecins de désinformation ou de mensonges, certains vont réagir de façon épidermique, affirmant que l’on ne peut pas dire la vérité quand on ne la connaît pas. Ils mélangent ce qui est de l’ordre du diagnostic, qui est certain, et ce qui est de l’ordre du pronostic, qui, lui, peut être totalement imprévisible. S’appuyant alors sur cette incertitude, ils ne vont pas aborder la réalité du diagnostic. Or, très souvent, le patient est demandeur du diagnostic et non du pronostic.
Pour autant, employer le mot de mensonge n’est-il pas un peu fort ?
Quand une personne dit le contraire de ce qu’elle pense vrai, c’est un mensonge. Cela étant, dans la relation malade-médecin et en raisonnant en termes d’information et de mensonge, je vois qu’entre les deux il n’y a pas de différence de nature, mais plutôt de degré. Le mensonge est un palier de plus dans la désinformation. Exemple : il est de règle, aujourd’hui, d’affirmer que le patient est informé sur un diagnostic de cancer. D’abord, ce n’est pas tout à fait sûr. Ensuite, bien souvent si on va dire cancer, on ne va pas dire cancer métastasé. Le degré est là, dans le déplacement de la frontière. On va dire la maladie, rarement son aggravation. Toutefois, il y a une très grande hétérogénéité des pratiques. Et il y a des médecins qui parlent, informent, répondent. Pour autant, le mensonge reste ancré dans le noyau dur de cette relation.
Qu’en est-il de la question du mensonge du patient ?
Eh oui, le patient peut vouloir mentir. Parfois, il peut ne pas vouloir révéler un comportement ou une pratique qu’il suppose être contre-indiqué par son médecin, comme par exemple le recours à l’automédication ou à des médecines parallèles, etc. Il y a aussi le patient qui ne veut pas parler de ses symptômes, pour ne pas faire advenir un mauvais diagnostic. Comme si en mentant il empêchait une réalité de survenir.
Notes
[1] PUF, 21 euros.
Forum de discussion: 4 Messages de forum
S'abonner au forum de cet article (RSS)
Réagir à cet article
-
Relations médecins-malades : « On va dire la maladie, rarement son aggravation »
Je trouve qu’elle à tout à fait raison et le mot mensonge est faible , je pense. En tout cas pour moi , en sachant que je suis atteinte de deux maladies , dont une rare et une à vie . Il faut déja savoir faire la différence entre le savoir et la présomption . L’homme médecine ne sait pas tout , à savoir que chacun est différent et que les traitements ou les avis différent entre chaque patient ou médecin , chercher l’erreur ?. De plus les médecins nous écoutent rarement .Ils ne sont pas disponible pour nous écouter , nous donner des conseils et nous dire la vérité , je pense qu’ils n’ont pas à nous juger sur l’état de nôtre santé "mental" . C’est à nous de voir si on peut entendre la vérité ou pas , eux n’ont aucun droit sur nôtre vie . En plus beaucoup ne pensent qu’à l’argent et je pense que c’est inadmissible surtout en France , il faut attendre des mois avant d’avoir des rendez-vous et pendant ce temps , nôtre santé se dégrade et nôtre mental aussi et on se demande pourquoi , après, ou est la logique , dites moi ........Certains médecins,pensent que les malades ne sont que leur gagnent pain ,rien d’autres.
Et surtout ne pas prendre le patient pour un corps malade mais que dans ce corps un ame y réside.Cette ame ne demande qu’une oreille attentive pour se confesser,pour trouver un moment de répit et s’evader du corps malade.D’ailleurs ,ce moment de flottement de l’ame rend le malade plus fort mentalement et voir meme dans sa thérapie. Contrairement à l’idée reçu ,la medecine est une science du comportement .Il faut savoir aller vers l’autre pour pouvoir diagnostiquer la maladie(aussi bien physique que mentale) les deux font la paire.Si l’un de ces deux est malade,cela se repercute sur le second,peut importe l’ordre de depart . Donc si on à pas de soutien ni d’écoute , la santé du patient se dégradera assez vite .....
-
Relations médecins-malades : « On va dire la maladie, rarement son aggravation »
Les relations entre médecins et patients sont injustes , car ils nous jugent déja par rapport à nôtre maladie , éh oui !! pour une fois ce sujet m’inspire. Donc je disais qu’avoir des maladies graves ne sont pas faciles à endurées , on souffre énormément dans la vie au quotidien , du regard des autres , des jugements , de l’intolérance et de l’igonrance des gens. Donc si on rajoute les medecins qui en plus ne sont pas malades et qui ne nous disent pas la vérité , OU ON VA........ Souffrance pshycologique , car on ne c’est pas comment va évoluer nôtre maladie . Souffrance , car ils ne savent pas ce qu’on peut endurer comme douleur physique . BILAN , ce sont des médecins "qui gèrent nôtre vie" Des médecins pour la plus part non malade avec justes des connaisances pour moi cela ne me rassure pas , car je préferai un médecin franc et malade pour savoir dans quel direction je vais et pas sur un coup de POKER ? ce sont NOS VIES qui sont en jeux et nôtre mental , IL NE FAUT PAS L’OUBLIER !!!!. On est des êtres humains avant tout , toute maladie confondues , grave ou pas . Alors , il n’y à pas que la médecine qui doit se perfectionner , mais pour moi , le plus important , soit que les medecins soient HUMAINS avant tout.
-
Relations médecins-malades : « On va dire la maladie, rarement son aggravation »
Je comprend la réaction des uns et des autres sur le comportement général des médecins. Je ne suis pas en France et peut être que c’est encore pire chez moi (Burkina Faso). Toute fois, je pense que nous devons avoir de la modération. Je part du principe que la prise en charge d’une pathologie impose un partenariat entre le patient, son médecin et son entourage. Aucun de ces partenaires n’a intérêt à diaboliser l’autre. Si non, c’est une brêche ouverte en faveur de la pathologie. Dans notre langue traditionnelle, il y a un proverbe qui dit : "Si la pluie vous bat (mouille), éviter de vous battre entre vous". C’est une erreur de dire que le mental du malade ne doit pas intérsser le médecin. Reférez-vous à la définition de l’OMS de la "Santé". Elle l’a caractérise comme un bien être phyique et mental. Pour être aussi affirmatif sur le terme "mensonge", il faut repondre d’abord à la question "La vérité absolue existe-t-il ?". On peut distiller graduellement une vérité, en fonction des objectifs visés et des risques possibles ? Ce n’est pas pour cela que l’on ment. Séparons les comportements vraiment condamnables des médecins (indisponibilité, intérêt pour l’argent, manque de considération pour le patient, ...) de cette notion de "mensonge" et condamnons les franchement,....sans amalgames. Simon KABORE Burkina Faso
-
Relations médecins-malades : « On va dire la maladie, rarement son aggravation »
-
Relations médecins-malades : « On va dire la maladie, rarement son aggravation »
Personnellement je ne suis pas Medecin et je suis seropo depuis presque 20 ans, je ne pense pas que mon medecin me concidere comme un simple malade du sida, car il a toujours pris le temps de m’écouter et surtout de me soutenir dans mon combat permanent. Bien sure quelque fois la colère monte en moi, non pas parceque je suis "malade" mais surtout parceque je m’appercois qu’aujourd hui en 2006, il y a encore trop de gamins et de gamines contaminés(es) le terme de gamin est affectueux et non péjoratif ! penser que mon Medecin dispose de MA VIE je ne pense pas que lui le pense... il faut remettre les choses a leur place : quand on est malade on va voire son Médecin, il nous donne un traitement dans la mesure du POSSIBLE ; pour ce qui est de l’écoute il est le meilleur conseillé pour orienter "le malade" VERS un autre Médecin compétent car son boulot ne se résume pas a faire des ordonnances ! bien au contraire ! il n’est pas dieu, mais il aide déjà beaucoup ! et n’oublions pas que nos futurs médecins se tirent à l’étranger faute de RECONNAISSANCE et surtout de MOYENS quelqu’ils soient ! alors du haut de ma petite personne je leur dis MERCI c’est grace a VOUS si je suis encore vivant..... a bonne entendeur.
-
Relations médecins-malades : « On va dire la maladie, rarement son aggravation »
