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Prisons

Les prisonniers français sont abandonnés au sida

4 septembre 2006 (Le Monde)

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Dans le cadre de la lutte contre le sida, la France est plutôt en avance, tant en matière de recherche, d’accès aux traitements pour tous et de prévention que dans son implication internationale. Et même s’il faut encore améliorer certains dispositifs, comme l’accès aux soins des personnes migrantes, qui continue à être plus tardif que celui des autres patients, notre pays n’a pas à rougir de sa politique de lutte contre le sida. Il reste néanmoins un point sur lequel notre pays n’est pas au rendez-vous.

Voir en ligne : Les prisonniers français sont abandonnés au sida

par Vincent Pelletier

Alex Wodak, l’expert incontesté de la réduction des risques dans le monde, a clairement affirmé que le débat sur la réduction des risques en direction des usagers de drogues était maintenant scientifiquement terminé. Il a réaffirmé que la politique de lutte contre la drogue par la répression avait démontré son inefficacité et, pis encore, qu’elle était responsable de la contamination de centaines de milliers de personnes dans le monde.

Seule la politique de réduction des risques (accès libre et effectif au matériel stérile, accès large aux traitements de substitution, accès aux soins contre le sida et l’hépatite C à égalité avec les autres patients) avait fait ses preuves d’efficacité, à la fois sur la prévention de la transmission de ces maladies mais aussi sur la consommation de drogues et sur ses conséquences sociales (baisse des overdoses, baisse de la délinquance, meilleur accès au système de soins et de désintoxication). Toutes les études le montrent, entre une politique dogmatique mais inefficace et une approche pragmatique et efficace, mieux valait 80 % de quelque chose qui marche que 100 % d’idéologie creuse. Dont acte !

Ceux qui en France ont essayé cette année de remettre en cause la politique de réduction des risques (que ce soit certains sénateurs qui demandent une commission parlementaire sur le sujet ou des représentants de l’Etat dans leur tentative malheureuse de classement du Subutex en produit stupéfiant) en seront pour leurs frais et feraient mieux d’intégrer ces conclusions.

Néanmoins, il reste, en France un espace où la réduction des risques est complètement déniée : l’univers carcéral. En prison, pas d’accès au matériel stérile alors que tout le monde sait que la consommation de drogues est une réalité dans les établissements pénitentiaires. Seul l’accès aux traitements de substitution a constitué une réelle avancée ces dernières années, même si trop souvent mis en oeuvre dans des conditions inacceptables.

Il est urgent pour notre pays de passer aux actes sur cette question. Aujourd’hui des personnes se contaminent par les virus du sida et des hépatites lors de leur séjour en prison. L’Etat est comptable de ces contaminations qui peuvent être évitées par des mesures ayant fait leurs preuves dans d’autres pays, comme la mise à disposition de matériel d’injection stérile.

Il est temps, en prison comme ailleurs, d’aborder la consommation de drogues comme une question de santé publique et non comme un crime. Elle réclame donc des réponses pragmatiques et efficaces en matière de santé, c’est-à-dire des programmes d’échange de seringues en prison comme en ville, la création de lieux de consommation de drogues dans des conditions sanitaires décentes, la mise en place d’une palette de traitements de substitution plus large pour répondre aux différents besoins.

La lutte contre la pandémie de sida est à ce prix.

Vincent Pelletier est directeur général adjoint de l’association AIDES.

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