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Homosexualité | Sang contaminé

Don de sang : exclure encore les homosexuels ?

27 juillet 2006 (Le Figaro)

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Alors que le ministre de la Santé prévoit de modifier la notion de « groupe à risque », une polémique s’installe entre certaines associations gays et les experts en sécurité sanitaire.

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FAUT-IL continuer à exclure les homosexuels du don du sang ? Vingt-trois ans après la première circulaire de mars 1983 de la Direction générale de la santé demandant aux personnes à risque (notamment les homosexuels et les toxicomanes) de ne pas donner leur sang en raison des risques de contamination par le virus du sida, la question est à nouveau à l’ordre du jour. SOS homophobie a lancé une pétition, les élus locaux contre le sida (ELCS) se battent aussi dans ce sens. Les experts en sécurité sanitaire sont réservés, eux, sur une telle mesure.

Pourtant Xavier Bertrand, le ministre de la Santé, y est favorable sous certaines conditions : « Il n’est plus tolérable d’accepter ce type de discrimination. Cela me révolte. On oublie qu’un hétérosexuel ayant des rapports sexuels multiples non protégés est lui aussi à risque. On peut être homosexuel sans avoir de pratiques à risque, nous déclarait-il hier. J’ai demandé que dans le questionnaire écrit auquel le donneur doit répondre avant le don, on intègre désormais la notion de pratiques à risque, au lieu de celle de groupe à risque. C’est ensuite le médecin qui, lors de l’entretien avant le prélèvement, devra établir si la personne en face de lui a des comportements sexuels à risque ou non. »

Le 12 mai dernier, Jack Lang, dans un courrier au ministre de la Santé, demandait la fin d’une telle interdiction, car « ce refus systématique est une mesure inutilement vexatoire d’autant que les tests actuels permettent avec beaucoup plus de fiabilité que les précédents de détecter des infections comme le VIH ou l’hépa-tite B ».

Dans la foulée, l’association SOS homophobie a lancé une pétition « Stop à la discrimination dans les dons de sang » : « Nous pensons que ce principe de précaution doit être remis en question dans son application abusive et discriminante. Nous demandons à ce que la condition de groupe à risques soit remplacée par la condition de conduite à risque. Donner son sang est un acte citoyen qui engage la responsabilité de chacun. Écarter systématiquement les homosexuels revient à considérer qu’ils seraient moins citoyens et moins responsables que les hétérosexuels. »

Aujourd’hui, la sécurité de la transfusion sanguine est assurée à plusieurs niveaux et permet d’écarter quasiment la totalité des dons contaminés par le virus du sida ou ceux de l’hépatite B et C. Depuis le 6 juillet 2006, suite à une directive européenne, un questionnaire rempli par le donneur de sang avant le prélèvement lui demande explicitement s’il a déjà eu des rapports sexuels entre hommes, comme cela se fait dans une majorité de pays européens.

Changement de formulation

Le ministre de la Santé a donc décidé de changer la formulation pour que soient évoquées « les pratiques sexuelles à risque ». C’est l’interrogatoire par le médecin qui décide ensuite de l’exclusion sur différents critères. Des tests très performants sont ensuite effectués. Mais entre le moment d’une éventuelle contamination et celui où les tests deviennent positifs, s’écoulent douze jours pendant lesquels le donneur peut être contaminant sans que cela ne soit détectable.

« Nous avons beaucoup travaillé pour analyser le surrisque éventuel lié à la levée de l’interdiction du don de sang des homosexuels, même si nous défendons le refus de tout ce qui peut être une stigmatisation, explique le Pr Gilles Brücker, directeur général de l’InVs. En introduisant dans une modélisation tous les paramètres épidémiologiques concernant le niveau de contamination actuelle parmi les homosexuels et différents éléments encore, nous avons calculé que si l’on arrête d’exclure les homosexuels du don de sang, on double le risque d’avoir un échantillon contaminé dans la filière de la transfusion. Actuellement, le risque résiduel est d’un don contaminé pour 2,6 millions de dons. Même si le risque double, il reste faible. Mais cela conduit à diminuer la sécurité du don de sang. À moins de n’exclure que ceux ayant eu récemment des comportements sexuels à risque. »

Pour Willy Rozenbaum, président du Conseil national du sida, les choses ne sont pas aussi simples : « Nous avons été saisis sur ce sujet. Mais par manque d’informations, nous n’avons pas encore rendu d’avis. À titre personnel, je peux vous dire que le principe de précaution est inscrit dans la Constitution et pense donc que tant qu’il y aura un risque, on doit se donner les moyens d’être le plus sûr possible. Si cette mesure est ressentie comme discriminatoire, il faut qu’il y ait une réflexion. Mais il s’agit d’une population à forte prévalence de VIH et l’appel à la responsabilité à ne pas contaminer les autres doit être actuellement un des messages les plus importants dans ce contexte. »

Toutes les associations de lutte contre le sida ne partagent pas la position de SOS homophobie ou de ELCS. « Nous pensons que le moment n’est pas venu d’arrêter d’exclure les homosexuels du don de sang. En revanche, il est urgent de travailler pour lutter contre la recrudescence actuelle du sida parmi les homosexuels, nous explique Hélène Rossert, vice-présidente de l’association Aides. Je ne comprends pas que le ministre de la santé puisse prendre une telle décision qui comporte un risque potentiel pour la santé publique. Je pense que le droit à la non-discrimination des homosexuels a bien des combats plus légitimes à mener. »

Une réflexion est en cours à l’Établissement français du sang.

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