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Contamination et prévention | Homosexualité

Le vécu du VIH des gays maghrébins contre l’orientalisme cul des homosexuels blancs

14 juillet 2006 (lemegalodon.net)

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Le vécu du VIH des gays maghrébins contre l’orientalisme cul des homosexuels blancs

2006. Il y a le jeune sans papiers du Maghreb qui, pour survivre, vend son cul sous un pont à Jaurès ou sur un terrain vague d’Aubervillier. Le français n’est pas sa langue, il ne sait rien sur le VIH. Pour lui ce qu’il fait c’est alimentaire. Ça ne fait pas du tout partie de son identité. Ce n’est ni un choix ni un mode de vie. En face, il y a l’homosexuel blanc avec son loft (ou, dans sa variante intellectuelle précaire, son minuscule studio et son interdit bancaire) dans le Marais qui pour un trip à mi-chemin entre exotisme et racisme part en chasse pour tirer un coup...

Ce deuxième protagoniste est surinformé sur le VIH. Il est abonné à la revue Têtu, il est ou il a été volontaire à Aides ou militant chez Act Up, et peut être qu’il a envie de temps en temps de baiser sans capote : il paie ses 40 euros, et il tire son coup. Il est séropositif.

Un an plus tard, ou cinq ans plus tard, un médecin m’appellera. Un jeune homme a échoué aux urgences quelques jours plus tôt.« Est-ce que vous pouvez venir, on a quelqu’un qui ne comprend pas qu’il a le sida »…

ll ne s’agit pas de brosser des caricatures. Cette trame pose la question des inégalités de pouvoir entre homosexuels.

Les jeunes « blédards » sans papiers [1] sont-ils une cible privilégiée des pédés blancs friqués prêts à vider leurs bourses sans capote alors que ces derniers sont surinformés sur tout ce que veut dire leur propre séropositivité ?

Je suis convaincu que cette inégalité a pour conséquence une séroprévalence beaucoup plus élevée chez les mecs maghrébins qui baisent avec des mecs que celle de 12% de séropositifs parmi les homos « blancs ».

Evoquer cette inégalité ou ses conséquences est un tabou du mouvement homosexuel français. Ils parlent de tout, mais pas de ça

À New York, 30 % des homos noirs sont séropositifs, alors que moins de 3 % le sont chez les homos blancs [2]. Dans la logique actuelle, on parle des homos d’un côté, des immigrés de l’autre. C’est un non-sens en prévention, qui découle de la rigidité des catégories épidémiologiques. Mais il découle aussi de ce tabou de l’homme blanc [3] qui interdit de parler des inégalités de pouvoir entre homosexuels.

En fait, c’est un peu comme les messages de prévention aux femmes hétéros qui ne disent rien du pouvoir des hommes sur les femmes, dans la relation sexuelle. C’est le mec qui décide s’il va mettre la capote, même si la femme a des moyens de subversion. Dire aux femmes de se protéger, cela n’a un sens que si on fait quelque chose pour leur en donner les moyens…

Les récits de Karim et Kamel [4] ne ressemblent en rien à ces caricatures. La maman de Karim est française, s’il a grandi en Algérie c’est du fait de son décès. Kamel, lui, a grandi dans la banlieue d’une petite ville de province. Il était le seul Arabe de son école.

Pourquoi et comment ont-ils été contaminés ? Au-delà du fait de raconter ce qu’ils ont vécus, chacun dit aussi ce qu’il en pense.

Ces deux récits ont un même objet : ils s’adressent explicitement au jeune qui vient d’apprendre sa séropositivité, avec la volonté de lui faire gagner du temps, de démêler des réponses aux questions qu’il se posera inévitablement : Est-ce que je vais vivre longtemps ? Est-ce que je pourrais encore faire l’amour ?

Oui. Oui. Et encore oui.

Notes

[1] Le fait qu’une trajectoire similaire se dessine pour les jeunes nés en France démontre qu’il ne s’agit pas seulement d’un problème de maîtrise de la langue française ou de l’inexistence d’information sur le VIH dans les pays d’origine.

[2] Lire A New York, 33% des jeunes noirs homosexuels ou bisexuels sont séropositifs.

[3] N’oublions pas que Freud dans Totem et tabou identifiaient les tabous uniquement chez l’indigène ou l’homme primitif.

[4] Lire et écouter Le premier jour de Kamel et Le premier jour de Karim.

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