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Drogues et réduction des risques (RDR)

Le ministère de la santé classe le Subutex comme stupéfiant

8 juin 2006 (Le Monde)

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Le ministre de la santé, Xavier Bertrand, s’est déclaré favorable, mercredi 7 juin, au classement comme stupéfiant de la buprénorphine (Subutex), le médicament phare de la politique de substitution à l’héroïne. Les traitements de substitution à l’héroïne reposent sur la délivrance de deux médicaments à dérivés morphiniques, la méthadone (prescrite à environ 15 000 patients par an) et le Subutex (85 000 patients).

Contrairement à la méthadone, un produit classé stupéfiant qui se prend en présence d’un professionnel de santé, le Subutex est inscrit sur la liste des substances vénéneuses et peut être délivré par les pharmacies. Ce régime libéral a permis à la politique de réduction des risques d’atteindre ses objectifs : depuis 1994, les décès par overdose ont été divisés par cinq et la contamination du VIH par voie intraveineuse a été endiguée.

Une partie des prescriptions de Subutex est cependant détournée : 20 % relèveraient aujourd’hui d’un mésusage (les pilules sont pilées pour être injectées ou sniffées) et 3 à 4 % feraient l’objet d’un trafic de rue. "Le Subutex est un produit qui est devenu une drogue de rue, explique Didier Jayle, président de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT). Il faut donc verrouiller un peu le système pour responsabiliser les acteurs."

Le véritable impact de cette mesure devrait se ressentir sur un plan légal. En 2005, la police a procédé à 211 interpellations pour détention de Subutex sans ordonnances, un délit passible de 2 ans d’emprisonnement et 3 750 euros d’amende. Si le produit change de statut, les poursuites pourraient être engagées pour trafic de stupéfiants, passible de 10 ans d’emprisonnement et 7,5 millions d’amende. Pour les professionnels qui prennent en charge les toxicomanes, cette décision aboutira en réalité à une fragilisation de la réduction des risques. "C’est une évolution dont l’opportunité est due au ministère de l’intérieur plus qu’à celui de la santé, analyse Jean-Pierre Couteron, président de l’Association nationale des intervenants en toxicomanies (ANIT). Cette mesure ponctuelle envoie d’abord un symbole négatif sur les traitements de substitution, sans apporter de réponse globale au problème."

Cécile Prieur

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