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Criminalisation des séropositifs | Didier Lestrade | Willy Rozenbaum

Transmission sexuelle du VIH : tous responsables

14 mai 2006 (Libération)

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Selon l’avis du Conseil national du sida, chacun est responsable, y compris de se protéger ou pas.

Voir en ligne : Transmission sexuelle du VIH : tous responsables

par Eric FAVEREAU

C’est une des questions qui divisent le plus fortement les associations de lutte contre le sida : faut-il pénaliser ou pas la transmission sexuelle du VIH ? Rendu public ce vendredi matin, l’avis du Conseil national du sida reste prudent. La position de l’organisme présidée par le professeur Willy Rozenbaum prône le principe de « responsabilité partagée ». En d’autres termes, dans une relation sexuelle, chacun est responsable, y compris de se protéger ou pas.

Depuis quelques mois, le débat s’était pourtant emballé. Atterrissant même en justice. Plusieurs procédures ont eu lieu. Et la plupart du temps, elles ont abouti à condamner celui qui était soupçonné d’avoir contaminé sa partenaire. Un homme qui cache volontairement sa séropositivité serait donc coupable devant la justice d’un crime. Lors d’un procès récent à Mulhouse, un avocat proche de l’association Aides a défendu l’homme accusé de contamination volontaire. Au point de provoquer une grande confusion. Malades ou victimes ?

Le Conseil, dans son avis, pointe d’abord ce climat : « Ces procès risquent d’aggraver la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH. Les tenants et les aboutissants des procès ont rapidement disparu des débats publics pour être remplacés par les querelles entre les différents acteurs de la lutte contre le VIH. Cette confusion favorise dans l’opinion publique une projection de l’image de ces cas individuels à l’ensemble des personnes vivant avec le VIH qui apparaissent alors comme une menace pour la société. Les risques inhérents de rejet violent s’en voient renforcés. Surtout, l’attente illusoire d’une protection contre la contamination par le VIH par la loi et la répression pénale est ainsi confortée ».

Crainte d’être exclu

Mais le Conseil du sida va plus loin : il comprend la difficulté des personnes séropositives à vivre leur situation : « La connaissance de son infection par le VIH n’implique en aucune manière de comprendre ou d’en accepter les conséquences. Dès lors, certains malades ne prennent pas toutes les précautions nécessaires pour protéger leurs partenaires ou à l’opposé, ils s’interdisent toute vie sexuelle, par peur de contaminer autrui. Au-delà de la sexualité, de nombreuses enquêtes démontrent clairement que la crainte justifiée d’être exclu (du travail, de la famille, de la communauté…) demeure encore prégnante.

Face à cette stigmatisation et à ce rejet, la possibilité de dire son statut se restreint ». Pour conclure : « Dans certains cas de transmission, la responsabilité pénale d’une personne transmettant le VIH semble clairement engagée. Pour autant, il serait catastrophique que ces cas individuels conduisent à considérer que le seul fait de vivre avec le VIH fasse de la personne un criminel potentiel et renforce une stigmatisation existante ». En dehors du domaine pénal, le CNS affirme ainsi « le principe d’une double responsabilité : responsabilité des personnes contaminées de ne pas transmettre le VIH et responsabilité de toute personne de se protéger pour ne pas être contaminée ».

Lestrade : « Une régression terrible »

Une position, jugée timorée par certains militants historiques, comme Didier Lestrade, fondateur d’Act Up. Qui, aujourd’hui, estime que le principe de « responsabilité partagée » est dépassé. « Moi, en tant que séropositif, j’ai une responsabilité particulière », nous a-t-il récemment déclaré. « Quand on voit aujourd’hui les prises de risque dans la communauté gay, quand je vois la tolérance incroyable du milieu à ce genre de pratiques, je suis effaré. C’est une régression terrible. Ce n’est pas parce que je suis séropositif que j’ai le droit de faire n’importe quoi ». Dans ses recommandations, le Conseil note, néanmoins, l’urgence « de valoriser dans les campagnes de prévention les personnes vivant avec le VIH qui prennent les moyens de protéger autrui et de se protéger ».


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