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Les coulisses du Sidaction | Financement de la lutte contre le sida | Gilles Alfonsi | Pierre Bergé

Sidaction 96 : transparence : si ce n’est pas maintenant, alors… quand ?

1er mars 1996 (Combat face au sida)

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Enfin ! Le président de AIDES et le président d’Ensemble contre le sida (ECS) investissent nos colonnes. Que le débat sur la privatisation de la lutte contre la pandémie et sur les choix d’ECS commence !

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L’acquisition par AIDES d’un matériel informatique garantit-elle la transparence de sa gestion ? La (re-)présentation de chiffres déjà publiés et l’annonce réitérée de critères de gestion théoriques suffira t-elle à rassurer les citoyens ?

Arnaud Marty-Lavauzelle et Pierre Bergé ont, six mois après publication, trouvé notre adresse. Ayons la prétention d’affirmer qu’ils n’abordent pas, ou si peu, les problèmes de fond que nous souhaitons soulever : le désengagement de l’Etat de la lutte contre le sida et, dans un même mouvement, la privatisation de la lutte contre le sida - les mêmes associations qui dénoncent l’Etat réalisent concrètement cette privatisation -, la constitution d’un réseau d’associations qui monopolise la gestion des fonds du public, sans contre-pouvoirs et sans vrai contrôle extérieur ; les risques d’uniformisation du discours de la lutte contre la pandémie, aboutissant à une pensée unique et spécialisée, au détriment d’une mobilisation de toute la société soutenue par les pouvoirs publics. Sur tout cela, c’est à dire sur l’essentiel de notre dossier, c’est le silence.

L’énormité d’une association est-elle gage de la transparence de sa gestion ? Les chiffres que nous avons publiés en septembre dernier proviennent des documents de AIDES et de Ensemble contre le sida. Les exemples que nous avons donné aussi. La polémique sur ces chiffres existe et nous en avons rendu compte, avec le souci de donner la parole à tous les points de vue. Nous avons donné des exemples concrets pour illustrer nos propos. Et nous n’avons pas prétendu qu’ils reflétaient la totalité des projets soutenus. Notre analyse part des faits. De l’aide d’urgence et directe aux malades au financement de publications ou pour le renforcement de structures associatives, c’est un “grand écart�� ? inacceptable qui s’est produit.

Quant au texte de Pierre Bergé, qui critique les sources avec lesquelles il n’est pas d’accord - omettant que nous avions largement donné la parole à Christophe Girard, secrétaire général d’ECS -, il contient des contre-vérités : le dossier publié s’étendait sur 10 pages (non 4) et le sommaire du numéro précisait ses auteurs (Gilles Alfonsi, Rémi Darne, Gilles Garnier et Thierry Meyssan) ; enfin, le dossier ne pouvait porter le discrédit sur des chercheurs puisqu’il n’était nulle part question des 150 millions de francs attribués à la recherche. “Le soutien�� ?, “l’aval�� ?, “la reconnaissance�� ?, “l’appui�� ? d’institutions ne constituent pas des gages de probité. La publication d’un droit de réponse, ou le fait que le trésorier d’ECS soit “aussi�� ? Conseiller référendaire à la Cour des Comptes non plus. Porter un titre ne constitue pas une garantie ! (la longueur d’un droit de réponse ne vaut pas plus argument !)

Si chaque projet avait été examiné en fonction “des critères privilégiant l’urgence, d’adéquation aux besoins des personnes atteintes ou malades, la faisabilité, la nécessité de soutenir certains projets localement en fonction de la prévalence de l’épidémie�� ?, nombre de dépenses n’auraient pas été engagées, qui visaient au renforcement des structures des grosses associations (principalement Aides). C’est de ce décalage entre intentions affichées et décisions concrètes dont nous voulons parler : ce sont les orientations mêmes de la lutte contre le sida - décidées par Ensemble contre le sida - qui sont en question.

Le Sidaction 96 réitère celui de 94, sans changer les règles, sans garanties nouvelles. Qu’il soit permis d’appeler à la vigilance des citoyens, des journalistes, des combattants du sida. Le programme unique lui-même va à l’encontre de la démocratie et d’une efficacité reposant sur une offre d’émissions diversifiée, permettant d’aborder des sujets tabous

Tel est notre rôle : informer, en citant nos sources, donner aux lecteurs des éléments contradictoires sans leur indiquer quoi penser. Cela ne nous empêche jamais d’exprimer un point de vue. Nous le faisons sans tricher.

Gilles Alfonsi

Article paru dans Combat face au sida N° 4, mars-juin 1996.