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Les coulisses du Sidaction | Financement de la lutte contre le sida | Pierre Bergé

Vos quoque ! Tous unis contre le sida ou l’art de cacher trois escroqueries

1er septembre 1995 (Combat face au sida)

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Belle idée de départ : mobiliser toutes les énergies associatives, audiovisuelles et politiques afin que les téléspectateurs apportent leur obole à la lutte contre le sida. Il est prévu que cette exceptionnelle mise en scène rapporte des sommes considérables. Pour l’occasion l’union sacrée s’est faite. Le Sidaction devient le point de rencontre consensuel, entre le malade qui s’épuise, l’association qui s’échine, le laboratoire qui n’oublie pas de calculer et le Ministre qui compatie.

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Le téléspectateur croit de bonne foi, en ce qui ressemble pour une fois, à une mobilisation générale. Derrière cette unanimité de façade se cachent trois énormes escroqueries.

Premièrement, l’État français est en train subrepticement de se désengager de l’information et de la prévention contre le sida. Le gouvernement après avoir sabordé l’Agence française de lutte contre le sida se fie presque totalement à la " bonne garde " de l’Inter associatif. ECS est né.

Nous assistons ce soir d’avril, à une perversion totale de notre système de santé publique. Les associations agissent en lieu et place de l’acteur public. Le gouvernement se retranchant derrière l’argument massue : " elles sont formidables, elles sont sur le terrain et proches des gens… ".

Deuxièmement, ECS est trusté par deux ou trois grosses associations : Act Up, Aides, Arcat Sida… Les associations deviennent juges et parties s’attribuant par des commissions où elles siègent des subventions énormes délaissant de petites ou moyennes associations qui seront même qualifiées parfois de " peu sérieuses ". Le jeu pervers va durer ainsi plusieurs mois. L’État renvoyant certaines demandes d’aides d’associations sur ECS. Le label du second entraînant la générosité du premier.

Troisièmement, le gouvernement qui dans un premier temps propose d’abonder la mise des français à ECS ne le fera pas. Un débat s’instaure. Est ce que l’État le veut vraiment ou bien ECS souhaite ne pas dépendre de subventions publiques ce qui le mettrait en demeure de transparence de gestion. ECS se défend de toute manipulation. Il n’empêche que le spectre du scandale de la Croix Rouge ou de l’ARC pèse actuellement sur ECS. Des associations de province, la presse, la télévision s’en sont fait l’écho.

La lutte contre le sida, l’action de milliers de bénévoles dans les associations, la générosité publique méritent mieux. Il est urgent que l’État reprenne l’ensemble de ses prérogatives en matière de santé publique. Quant au financement des associations, des subventions publiques doivent leur permettre d’exister sans devoir toujours dépendre de la générosité du public. Les associations qui collectent des fonds sur la voie publique ou par voie médiatique ne devraient-elles pas être soumises à un contrôle du Ministère de la santé, de la représentation nationale, de l’Inspection Générale des Affaires Sociales ? Les fonds collectés, de plus en plus importants, ne doivent pas se substituer aux subventions d’État et ils doivent, parce qu’il en va de la bonne gestion de la santé publique être gérés dans la transparence. Le doute plane et il est impossible que la noble cause qu’est la lutte contre le sida en soit entachée. Des parlementaires ont déposé au Sénat une proposition dans ce sens. L’affaire suit son cours… L’ACCS, qui poursuit sa réflexion sur ces thèmes, demande la vigilance des pouvoirs publics, des parlementaires et des généreux donateurs.

Gilles Garnier

Article paru dans Combat face au sida N° 1, septembre-octobre 1995.