Que faut-il répondre aux journalistes en quête de témoignages de séropositifs ?
31 mars 2006 (lemegalodon.net)
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À l’émission, nous collaborons depuis dix ans avec des journalistes pour élaborer des sujets de qualité qui donnent la parole aux séropositifs et aux familles concernées.
C’est une travail de longue haleine, et nous insistons sur le temps nécessaire pour connaître nos partenaires, pour discuter du projet rédactionnel, et pour permettre aux personnes qui acceptent de témoigner de prendre le temps de réfléchir aux conséquences de leur prise de parole.
Il nous arrive aussi de répondre à des demandes ponctuelles, si le cadre nous semble correcte et respectueux de notre dignité.
Deux fois dans l’année, à l’occasion du Sidaction [1] et du 1er décembre, l’émission Maghreb Afrique Survivre au sida est inondé d’appels en provenance de journalistes chargés par leurs rédactions de débusquer, dans des temps records, des témoignages de séropositifs.
Voici deux messages trouvés sur le répondeur. Le premier provient d’une journaliste de Canal+ qui passe sa commande pour trouver un couple séro-différent comme s’il s’agissait de commander une pizza à la livraison.
Le deuxième appel provient d’un journaliste d’Europe 2, qui cherche un « jeune de moins de vingt-cinq ans », et qui ne comprend pas pourquoi les associations à qui il s’est adressé n’ont pas réussi à lui présenter des candidats qui correspondent au profil recherché.
On s’intéresse à la parole des séropositifs pour qu’ils racontent ce qu’ils ont vécus. Pourtant nous sommes aussi capables de dire ce que nous pensons et ce que nous avons fait de ce vécu !
Discussion avec Ahcène et Samia en réaction à ces messages du répondeur.
N’hésitez pas à donner votre avis.
Notes
[1] Lire notre appel Sidaction 2006 : avis aux rédactions.
Forum de discussion: 6 Messages de forum
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Que faut-il répondre aux journalistes en quête de témoignages de séropositifs ?
bonjour de Ginette, 54 ans séropo depuis 18 ans. je suis très fachée avec les médias, on entends que les médecins parler du sida, et ils sont souvent contents et très fiers de leur résultats...nous pas du tout !
les traitements je les trouve horrible à supporter, je suis devenue difforme, mes cheveux ne poussent plus et je me sens mal tous les matins. Avec ou sans médicaments la vie est foutue....ça dure plus longtemps c’est tout.
on nous promet des annèes de survie, oui mais comment ? si c’est couchée dans un canapé parce que je tiens pas debout je prends pas ! il parait que la motalité repart à la hausse, beaucoup de suicides.....
non la vraie info sur la réalité du sida ne passe pas sur les médias, c’est certainement notre faute...on se cache et moi non plus je ne prends pas la parole.... merci pour ce coup de gueule....ginette
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Que faut-il répondre aux journalistes en quête de témoignages de séropositifs ?
Les séro+ au VIH et les malades du sida (à ne pas amalgamer) seront, semble-t-il, les grands absents des débats tant que la société les culpabilisera ou qu’ils la ressentiront culpabilisante. Leur première souffrance provient du regard des autres. Quel bonheur si les médias pouvaient d’abord essentiellement utiliser leur pouvoir de conviction pour modifier ce regard insupportable. Ensuite seulement, les personnes infectées par le VIH témoigneront avec une force particulièrement efficace pour la prévention, dans la dignité et sans plus être une bête de foire. Mais intéresseront-ils encore les médias ?
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Que faut-il répondre aux journalistes en quête de témoignages de séropositifs ?
une personne qui saigne tres souvent des gencives elle flirte avec son partenaire !!!! cessez de dire qu il n y a aucun danger je sais que vous ne voulez pas lancer une autre panique mais il faut faire quelque chose
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Que faut-il répondre aux journalistes en quête de témoignages de séropositifs ?
Bonjour Léonie,
Je suis assez d’accord avec toi. Tout se passe comme si officiellement, il ne pouvait plus y avoir que deux modes de contamination possible : Les rapports sexuels et l’échange de seringues. Peu importe la réalité, la fin semble pouvoir justifier les moyens. Si Les rapports sexuels et l’échange de seringues sont effectivement les modes de transmission à plus hauts risques, ils ne sont pas les seuls.
Arranger la réalité, ou en taire une partie, n’a jamais rendu service, que du contraire. Même quand c’est le cas, il est impossible de prouver qu’on a une sexualité irréprochable et qu’on ne s’est jamais piqué. Toutes contaminations autres que par les rapports sexuels ou par échange de seringues seront classées parmi les transmissions incertaines ou parmi les modes inconnus et rayés des statistiques. L’essentiel est de lutter en faveur de la précaution sexuelle et si possible sans que la population ne considère les séro+ et/ou le malade du sida comme des pestiférés.
Même quand les rapports sexuels sont à l’origine d’une contamination, on ne comptabilisera pas vraiment la transmission du VIH par fellation. Cela pourrait décourager et détourner la population de l’usage du préservatif. De toute façon on a bonne conscience car, sauf pour les lesbiennes, il est peu crédible que quelqu’un n’ait jamais connu autre pratique sexuelle que la fellation. Ainsi, certaines études officielles font état d’une probabilité inconnue de la contamination par fellation. Certains médecins, extrapolant la notion d’ « inconnue », écriront que la probabilité de transmission du VIH par la voie de la fellation est proche de zéro. Comme peu de transmissions du VIH entre femmes sont connues, certains vont affirmer que la fellation ne constitue pas un risque de transmission du VIH. Quant aux lesbiennes, il serait de mauvais ton d’arguer qu’elles ont moins de partenaires multiples que les hommes. Alors, que dire du mode de transmission auquel tu fais allusion ?
Tout cela manque un peu de sérieux et conduit à un à priori culpabilisant les séro+ et malades. Ressentant le dépistage ou les soins comme une honte, trop de gens négligent le dépistage, ignorent leur séropositivité ou leur maladie et que dire dès lors des soins préventifs manqués. C’est ainsi que certains infectent à leur insu, se font dépister tardivement ou se passent de soins alors que dans d’autres parties du monde on pleure pour bénéficier de ces soins.
Oui, la probabilité de transmettre le VIH par voies sexuelles et par échanges de seringues est très grande. Non, les autres modes de transmission ne sont pas négligeables. Oui, les séro+ et malades doivent avoir une bonne hygiène de vie. Non, les séro+ et les malades ne sont pas des pestiférés. Mais sachant que de nos jours trop de monde considère encore le cancer comme une maladie honteuse et sachant que trop de personnes malades du cancer n’osent pas l’annoncer à leur entourage, il ne faut pas s’étonner que le séro+ au VIH et le malade du sida vie secrètement son mal. Et pourtant aucun d’entre nous doit être honteux de quoi que ce soit.
Peu importe d’ailleurs le mode de contamination, nous sommes tous des victimes d’un accident et n’avons rien à justifier.
cllc2
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