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Associations humanitaires | Politiques de santé

Croix-Rouge : on liquide et on ferme les centres de santé

29 mars 2006 (Viva Magazine)

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Les trois centres de santé de la Croix Rouge de la Seine-Saint-Denis, en sursis depuis trois mois ainsi que six autres structures de l’association (essentiellement d’aide à la réinsertion de personnes démunies) sont désormais fermés, entrainant le licenciement de 137 salariés.

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C’est la décision prise par la direction de la Croix- Rouge et annoncée aux personnels lors d’un comité central d’entreprise mercredi 22 mars. Ces centres ne seraient plus rentables.

Au siège national de la Croix-Rouge, dirigée par l’ex-ministre Jean-François Mattei, on invoque la faillite financière. 60 000 euros de pertes par an pour le centre Blumenthal d’Epinay-sur-Seine, 210 000 euros pour les Tilleuls au Blanc-Mesnil. De plus, des travaux, indispensables, de rénovation des deux centres, estimés à 900 000 euros, auraient dû être réalisés. L’association refuse de remettre de l’argent sur la table.

La fermeture du centre d’Epinay : une catastrophe

Pour un département déjà sinistré en matière sanitaire et sociale - selon une étude de la Dress, le département est le moins médicalisé d’Ile-de-France, avec un nombre de médecins deux fois inférieur à la moyenne régionale -, le coup est rude.

« Pour Epinay-sur-Seine, c’est la catastrophe estime Serge Méry, conseiller régional. La ville ne compte que 34 médecins pour 50 000 habitants. Les deux dernières cliniques de la ville ont fermé. Les habitants devront se rendre jusqu’à l’hôpital d’Argenteuil ».

« Oui mais comment ? s’interroge Monique Bobot, secrétaire médicale au centre Blumenthal. La plupart n’ont ni voiture, ni de quoi s’acheter un ticket de bus pour aller se soigner dans une autre ville ».

Pour le député Jacques Desallangre qui, à l’Assemblée nationale, a défendu la survie des centres de santé devant le ministre Xavier Bertrand : « la Croix-rouge participe au mouvement de désertification de l’offre de soins dans certaines de nos régions. L’égalité effective d’accès aux soins ne peut être obtenue que par la proximité car les plus démunis sont aussi souvent les moins mobiles. Pour la Croix-rouge, la santé, les soins deviennent des produits comme les autres. Dans cette logique libérale, les centres ayant une productivité inférieure aux autres sont fermés. On est bien loin de l’économie sociale et solidaire ».

Pourtant, la Croix-rouge se porte bien

Une indignation renforcée par le fait que la Croix-rouge affiche une situation financière confortable. Les experts mandatés par les élus du comité central d’entreprise le confirment : « La Croix-rouge se porte bien, voire très bien ».

Elle a obtenu récemment 22 millions d’euros de la vente de son immeuble située place Henri-Dunant et 35 millions d’euros pour celui de la rue de Berri, deux quartiers chics de la capitale. Elle a pu ainsi racheter les anciens locaux de l’hôpital Broussais.

En 2004, elle a réalisé un excédent de plus de 10 millions d’euros en sus des 50 millions non utilisés et mis en réserve, provenant des dons en faveur des victimes du tsunami.

Plutôt la télé que la solidarité

Pour les salariés, c’est très clair. Ce sont des choix stratégiques qui sont en cause : « La direction de la Croix-Rouge veut peu à peu se débarrasser des structures médicales et d’aide à la petite enfance pour privilégier l’action humanitaire de prestige, déclare une auxiliaire de puériculture d’une crêche de Bagnolet appartenant à l’association. Elle a déjà fermé le centre de santé de Bagnolet il y a deux ans et le processus ne fait que commencer ».

« Monsieur Mattéi a bien compris que montrer à la télévision des photos du tsunami et de bénévoles arborant l’insigne de la Croix-rouge rapportait plus que la gestion pérenne par des salariés de structures de soins et d’accueil pour les plus démunis » estime Djellali Benabourra, représentant Cgt du personnel.

Dans la même logique l’association a décidé de vendre son centre de santé situé dans le 13e arrondissement de Paris - rentable celui là - à la Générale de santé, société privée peu connue pour sa philantropie.

Comble, le 4 janvier dernier, la Croix-Rouge décidait la fermeture du centre de santé de la Réunion. Depuis,le chikungunya est passé par là. La Croix-rouge lancera t-elle bientôt une collecte pour les familles des victimes ?

Anne-Marie Thomazeau