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Taxe sur les billets d’avion : accueil mitigé

5 mars 2006 (L’Humanité)

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Nord-Sud . Jacques Chirac n’a pas convaincu avec son initiative sur le « financement innovant » du développement.

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Malgré l’onction des Nations unies, Kofi Annan ayant fait le déplacement jusqu’à Paris, l’initiative chiraquienne d’une taxe sur les billets d’avion pour financer un fonds d’aide pour lutter contre les grandes pandémies (sida, tuberculose, paludisme) n’a pas franchement convaincu malgré la présence à Paris de représentants de quelque 95 États. Outre la France, seuls onze pays - Brésil, Chili, Chypre, Congo, Côte d’Ivoire, Jordanie, Luxembourg, Madagascar, Maurice, Nicaragua et la Norvège - vont appliquer cette taxe. Car, au sein des pays du G8 comme des vingt-cinq pays de l’Union européenne, la démarche soulève les plus fortes réserves, voire l’hostilité.

La France, qui apparaît ainsi plutôt isolée, a d’ores et déjà fait adopter par le Parlement un texte qui impose sur son territoire un prélèvement de 1 à 40 euros sur chaque billet d’avion. Ce qui devrait rapporter environ 200 millions d’euros par an. Une démarche dont la générosité devrait cependant être singulièrement relativisée si elle était incluse, comme tout semble l’indiquer, dans le total de l’Aide publique au développement (APD) versée par la France, Paris, qui affiche sa volonté d’atteindre l’objectif de 0,7 % d’APD préconisé par l’ONU, étant très loin du compte et ayant même sensiblement diminué son effort sur ce point au cours de la dernière décennie.

La proposition française se heurte aussi aux résistances de certains lobbies. L’Association internationale du transport aérien (IATA, qui représente 265 compagnies dans 136 pays), par la voix de son directeur général, Giovanni Bisignani, demande ainsi carrément le rejet de cette taxe.

En marge de la conférence, un des ateliers sur le codéveloppement et le transfert de fonds des migrants a mis en lumière une réalité sur ces fonds Nord-Sud qui pourraient, selon la Banque mondiale, atteindre 220 milliards de dollars en 2006. Au Mali, cette manne dépasse de loin l’APD. D’où cette interrogation d’un expert. « Sur 15 euros, un Malien en envoie 7 à sa famille au pays. Pourquoi ne pas faciliter la circulation de ces migrants, cela augmenterait le capital des envois... » La démarche, qui semble avoir les faveurs de nombreuses ONG, paraît frappée au coin du bon sens. Soutenue par Washington, elle n’est toutefois pas dénuée d’ambiguïtés. Ne permettrait-elle pas aux grandes puissances et aux multinationales de se soustraire de leurs responsabilités en faisant porter tout le fardeau du financement du développement sur... les migrants ?

Serge-Henri Malet

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