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Suspension du service réponse en langues étrangères de Sida Info Service
31 janvier 2006 (Sida Info Service)
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La réponse en langues étrangères, un service téléphonique du numéro vert de Sida Info Service destiné aux migrants/ étrangers ne parlant pas ou peu le français : un bilan mitigé après 4 ans d’activité .
Combien de fois avons nous entendu « mais les migrants n’utilisent pas le téléphone » « surtout pas pour parler de sexe » « encore moins en arabe »…et « dans les cultures orales l’anonymat ça ne fonctionne pas !! »..
A cela aujourd’hui, nous répondons : OUI & NON
Si l’année 2005, déclarée « Sida : grande Cause Nationale » a permis aux associations de se mobiliser pour rappeler la loi et revendiquer l’application du droit à la santé des étrangers malades, elle a été aussi l’occasion de rappeler que si le fait d’être migrant ne constitue pas en soi un facteur de risque pour le VIH [1], la catégorie des « migrants » inclut certaines populations parmi les plus vulnérables au monde.
Parmi les facteurs de risque on compte : la circulation entre des zones à prévalence élevée et basse ; les conditions de migration ; les conditions de vie dans le pays d’accueil ; les difficultés linguistiques et culturelles ; la séparation des partenaires sexuels habituels, la solitude, l’anonymat…différents éléments qu’il nous faut prendre en compte dans toute démarche de prévention.
L’année 2005 a été également pour Sida Info Service, l’occasion de faire un bilan des actions qu’elle mène depuis 4 ans en direction des migrants/étrangers, une population prioritaire au vue de l’épidémie de sida en France .
C’est sur le critère de l’ « ORIGINE GEO/ CULTURELLE » [2] évoquée spontanément [3] par l’appelant, que sont notifiés les appels dits de migrants/étrangers.
C’est sur cette base que nous faisons le constat après analyse des fiches d’appels, que :
Les appelants du numéro vert de Sida Info Service qui évoquent spontanément une origine autre que française sont en moyenne 1500 chaque année depuis 2001 : année des premières communications ciblées.
La majorité est originaire d’Afrique subsaharienne , du Maghreb, puis d’Europe de l’Ouest.
Une proportion importante de ces personnes vivent avec le VIH.
La plupart s’exprime très bien dans la langue française.
Ils sont maximum 80 en 2005 à solliciter une réponse en arabe, anglais, bambara, espagnol ou russe.
Ils ne sont pas plus nombreux à appeler lors des campagnes radio et télévisuelles ciblées
Les principaux problèmes identifiés quant à l’accès au service en langues étrangères dans son fonctionnement actuel, sont de trois ordres :
le service mis en place en 2001, n’est pas en accès direct faute de numéro spécifique. Il nécessite pour l’appelant de formuler sa demande en français à un écoutant qui assure le pré-accueil : une incohérence au regard du public cible
les langues proposées ne répondent pas ou en partie seulement, aux besoins réels.
les moyens humains et structurels développés pour répondre aux objectifs ne sont pas suffisants.
En revanche, des expériences encourageantes menées dans d’autres secteurs d’activités ou dans d’autres pays mettent en évidence l’usage effectif de l’outil téléphone :
par les populations migrantes/étrangères ;
pour la recherche d’information ;
concernant le VIH et les IST.
Des études montrent la grande compatibilité entre le système de communication dans les cultures dites orales et l’outil téléphone ainsi que l’intérêt tout particulier qu’offre l’anonymat pour des sujets universellement délicats à aborder tels que la sexualité et le sida.
A partir de ces constats, la Direction de Sida Info Service en concertation avec l’Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé, décide de suspendre ce service dès la fin du mois de janvier 2006. Soucieuse de répondre de manière adaptée et optimale aux publics migrants, elle étudiera durant l’année 2006 toutes les modalités de mise en place d’une ligne spécifique qui associera proximité culturelle et réponses en langues étrangères. Ce travail, appuyé d’une enquête auprès du public cible, permettra de définir de manière précise : les langues, le mode de fonctionnement, les horaires, la communication, le champs de la réponse…
Nous espérons que l’ensemble de nos collaborateurs, nos partenaires associatifs, nos partenaires institutionnels et les appelants comprendront cette démarche qui vise à terme, une meilleure qualité de service offert.
Solidairement,
Yves Ferrarini
Directeur de Sida Info Service
Notes
[1] « les facteurs de risque VIH liés aux migrations » in Migration et VIH/Sida en Europe- Dr Mary Haour-Knipe
[2] terme qui englobe tous les statuts possibles : lieu de naissance, nationalité, origine des parents, date d’arrivée en France, statut administratif…
[3] Le fait d’évoquer spontanément ses origines constitue selon nous une indication selon laquelle « donner cette information est important pour l’appelant dans son histoire, son parcours ou la compréhension qu’il veut qu’on en ai ».
