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Financement de la lutte contre le sida | Jean-Luc Roméro | Politiques de santé

Les associations de lutte contre le sida dressent un bilan mitigé de l’opération "Sida grande cause nationale 2005"

21 novembre 2005 (Reuters-APM)

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Par Romain LOURY

PARIS, 21 novembre (APM) - Le bilan de l’opération "Sida grande cause nationale 2005" est mitigé, selon plusieurs associations de lutte contre le sida interrogées par l’APM. 

L’opération "Sida grande cause nationale 2005" a été décidée en novembre 2004 par Jean-Pierre Raffarin, alors Premier ministre, suite à la proposition de plusieurs associations de lutte contre le sida. Son objectif était, à travers plusieurs thématiques chacune assignée à un mois différent, de sensibiliser la population ainsi que les pouvoirs publics à la lutte contre le VIH (cf dépêche APM LDHKO001).

Jointes par l’APM, les associations se sont montrées plutôt enthousiastes sur le travail interassociatif, un "travail impeccable" selon Jérôme Martin, président d’Act Up-Paris.

Jean-Luc Romero, président du collectif organisateur et par ailleurs président de l’association "Elus locaux contre le sida" (ELCS) a reconnu que "malgré les différences entre associations, nous avons réussi à tenir l’année, et à ne pas exploser les choses". "Il y a bien sûr eu des réunions plutôt musclées mais les choses ont avancé", a-t-il estimé.

"On a vraiment besoin de continuer à se revoir. Il serait dommage qu’à la fin de l’année chacun reparte de son côté", a-t-il poursuivi.

En revanche, en termes de répercussion auprès du public, Jérôme Martin "n’a pas eu l’impression que le sida intéressait plus les gens cette année". Rappelant qu’Act Up-Paris s’était occupé de la coordination du mois de septembre, consacré aux migrants, il a regretté qu’il y ait "très peu de retours média sur nos actions".

"Tout le monde a su que c’était l’année du Brésil mais personne que c’était l’année ’Sida grande cause nationale’", a estimé Reda Sadki du comité Maghreb/Afrique des familles pour survivre au sida, association de défense des séropositifs d’origine migrante.

Jean-Luc Romero a également constaté qu’il était "difficile de mobiliser les gens parce qu’ils pensent que le problème du sida est réglé (...) Il y a un désintérêt croissant".

Christian Saout, président d’Aides, qui a incriminé le "journalisme zapping", a estimé que "l’accès aux soins, c’est un combat largement gagné. La prévention, à moitié. En revanche, l’acceptation du statut de séropositif est voisine de zéro. Changer les mentalités, c’est plus dur, et on n’a pas trouvé comment cette année".

Hélène Roger, coordinatrice de "Sida grande cause nationale 2005", a quant à elle estimé que "la couverture médiatique était assez importante". Selon elle, l’opération aurait bénéficié de "500.000 euros de dons d’espace, aussi bien à la télé, à la radio que dans la presse écrite". Selon elle, les médias, qu’ils soient publics ou privés, "ont bien joué le jeu".

Elle a cependant reconnu que, "faute de moyens", il n’y avait pas eu d’enquête auprès du public sur les répercussions des actions mais a estimé que "les gens en ont eu vent et que les messages sont bien passés".

De l’avis général, octobre, consacré aux discriminations des personnes séropositives, est celui qui a le mieux marché en termes de répercussion médiatique.

DES POUVOIRS PUBLICS PEU INTERESSES

"Le bilan au niveau politique est proche de zéro", a constaté Christian Saout. "Faut-il revenir à l’affrontement si l’Etat ne s’y intéresse pas plus ?", s’interroge-t-il.

"Le gouvernement n’a rien fait", ajoute Jérôme Martin qui évoque des "régressions". Il a notamment évoqué "la remise en cause de l’Aide médicale d’Etat (AME)", couverture maladie destinée aux personnes d’origine migrante, dont deux décrets parus fin juillet dans le Journal officiel ont modifié les modalités d’admission. Un collectif interassociatif a par ailleurs déposé un recours devant le Conseil d’Etat afin d’en demander l’abrogation (cf dépêche APM RLIJL005).

Jean-Luc Romero, qui a estimé que le bilan de l’opération était "plutôt positif", a posé "un bémol du côté du gouvernement". "Nous n’avons pas eu de chance : le Premier ministre qui avait décidé de l’opération (Jean-Pierre Raffarin) est parti en mai". "L’été ce n’était pas possible, puis on n’a pas pu recommencer" à la rentrée, a-t-il estimé, notant tout de même un manque d’"implication forte" du nouveau gouvernement.

Hélène Roger estime, au contraire, que "le travail avec le ministère de la santé a été assez productif". Lors de la création d’une affiche relative à la contamination au milieu homosexuel, lancée en juin, "ils nous ont suivis" en accordant des subventions, a-t-elle rappelé.

"Mais on n’a pas toujours eu ces retours, notamment avec le ministère de l’intérieur". Elle a ainsi rappelé que, lors d’une table ronde consacrée aux migrants qui avait eu lieu au ministère de la santé début octobre, un conseiller du ministère de l’intérieur avait été invité mais n’était pas venu. "Nous l’avions relancé pendant deux mois".

UNE MISSION INTERMINISTERIELLE CONTRE LE SIDA ?

"Ce genre de choses ne doit pas se reproduire", selon elle. L’association "Sida grande cause nationale 2005" compte ainsi proposer à Dominique de Villepin le 1er décembre, lors de la Journée mondiale du sida, la création d’une mission interministérielle de lutte contre le sida.

Selon Jean-Luc Romero, qui a confirmé que la demande était en préparation, a souhaité que la mission puisse intégrer "au moins une dizaine de ministères", parmi lesquels ceux "de la santé, des affaires étrangères, des DOM-TOM, de la coopération, de la justice, de l’intérieur et de l’éducation nationale".

"Certaines actions entreprises cette année doivent continuer, telles que la journée de dépistage (qui a eu lieu fin janvier)", a-t-il considéré. "Cette mission serait un moyen de les pérenniser".

D’autres actions doivent avoir lieu d’ici la fin de l’année, rappelle-t-on. Act Up organise une manifestation le 1er décembre, qui partira à 18h30 du parvis de Beaubourg, dans le centre de Paris.

Bien que, selon Jérôme Martin, "l’organisation soit ouverte à d’autres associations", Jean-Luc Romero n’est "pas tout à fait d’accord" sur le mot d’ordre choisi par Act Up ("la régression"). "Il ne me semble pas mobilisateur : il faut arrêter de stigmatiser le gouvernement sans arrêt", commente-t-il.

Quelques jours auparavant, l’ELCS organise samedi les "10èmes Etats généraux des élus locaux contre le sida" à l’Assemblée nationale. La réunion doit s’ouvrir avec un message du président de la République, Jacques Chirac, et se terminer avec une intervention du ministre de la santé, Xavier Bertrand.

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