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Criminalisation des séropositifs | Guyane

Sept ans de prison pour avoir transmis le sida

23 novembre 2005 (RFI)

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Yves Prépont, chauffeur au Conseil régional de Guyane, âgé de 41 ans a été jugé à Cayenne et reconnu coupable d’avoir transmis volontairement le virus du sida à plusieurs femmes. L’usage de faux a aussi été retenu contre lui : l’accusé, connaissant sa séropositivité, avait présenté à ses partenaires un test VIH falsifié. Il écope de sept ans ferme.

De notre correspondant en Guyane

« En 30 ans de carrière, je n’avais jamais vu ça : des femmes qui hésitent à venir au commissariat, qui s’arrêtent de parler en cours de déposition, puis s’effondrent complètement. Toutes. » A la barre, le brigadier-major Joseph Lam-Tou-Kaï raconte, ému, l’enquête qu’il a dirigée. Tout commence par une plainte, en mai 2003, d’une jeune fille de Cayenne, âgée de 20 ans. Valérie G. accuse un dénommé Yves Prépont de lui avoir volontairement transmis le virus du sida, deux ans plus tôt.

En juin 2003, l’accusé, ex-niveleur au centre spatial devenu chauffeur au Conseil régional, est interrogé par la police. Spontanément, il explique au major Lam-Tou-Kaï qu’il se savait séropositif depuis 1999 avant d’entretenir des rapports non protégés avec 7 femmes : Clarisse K., Nadège P., Naomi B., Sabrina L, Esther N., Carla M. et Valérie G. Elles sont aujourd’hui séropositives. Deux au moins sont au stade sida, l’une est même devenue invalide à 80% après une toxoplasmose cérébrale.

Trois victimes ont porté plainte

Parmi les 7 femmes citées par Yves Prépont, toutes entendues par la police, trois ont maintenu leur plainte. Trois autres ont des enfants avec l’accusé : l’une d’elles, demeurée sa compagne, n’est pas au procès. Nadège P., elle, est venue témoigner : « J’ai un fils avec lui, je ne veux pas porter plainte, le Bon Dieu le jugera », a-t-elle déclaré au président de l’audience correctionnelle, Stéphane Rémy.

« Je connais, parmi mes patientes, d’autres filles que M. Prépont a pu contaminer. Le sida est stigmatisé en Guyane. Elles n’ont pas voulu porter plainte et être livrées à l’opinion publique », nous confie le docteur Christian Magnien. C’est ce médecin généraliste qui reçoit aussi des personnes infectées par le VIH à l’hôpital de Cayenne, qui a découvert, il y a quelques années, les agissements d’Yves Prépont. Une patiente infectée lui a apporté un test VIH de l’intéressé grossièrement falsifié. Pendant l’instruction, Prépont a reconnu avoir fabriqué ce faux. Il réfute, en revanche, les témoignages de victimes qui l’accusent de l’avoir utilisé afin d’obtenir d’elles des relations sexuelles non protégées. Il s’agissait, selon le prévenu, de couper court à la rumeur publique qui faisait état de son infection. « Je ne voulais pas perdre ces femmes », a-t-il aussi confié lors de l’instruction. Ces dernières le décrivent aussi volage que possessif.

Mais ce 15 novembre 2005, à la barre du tribunal de Cayenne, Yves Prépont, un homme athlétique de 41 ans, cheveux nattés, modifie sa version des faits. « Je ne savais pas que j’avais le sida quand j’étais avec ces filles, sauf pour Valérie G. ». « Vous avez donc menti au juge ? », lui lance le président de l’audience. « Non, j’étais persuadé d’être séropositif en 1999 mais en fait, je l’ai su par un test en 2000 », s’embrouille l’accusé. Son avocat, maître Nicolas Bonfait, veut ajouter au dossier un certificat médical de juillet 2004 qui fait état d’un test séronégatif pour l’accusé en 1998 et d’un positif en 2000. « Ca change tout, s’il a appris son infection en 2000, il n’a pas pu contaminer sciemment l’ensemble des victimes présumées, qui d’ailleurs ne l’avaient pas toutes comme unique partenaire », tente l’avocat du prévenu.

« Cette affaire, c’est plutôt X contre Prépont », cingle l’avocat des 3 victimes, maître Jérome Gay. « Le modus operandi est le même que celui de Christophe Morat [premier détenu condamné en France, en juin 2004, pour avoir transmis le VIH]. M. Prépont, joue de son charisme, multiplie les conquêtes, entretient des relations concomitantes avec des femmes, souvent jeunes, de 18 à 20 ans, alors qu’il est âgé de plus de 35 ans. Il leur promet une vie de couple et des enfants qu’il fait parfois d’ailleurs, heureusement aucun n’est infecté ».

Des partenaires parfois très jeunes

Le président du tribunal fait observer au prévenu, que l’une des victimes était à l’époque en 3ème dans un collège de Cayenne. « Ce sont de soit-disant victimes », laisse échapper Yves Prépont impassible. Le président s’emporte : « On n’est pas en train de parler de vols de carambars ! Avez-vous le sentiment d’avoir fait du mal à ces femmes ? ». « Non », marmonne l’accusé. « Il faut neutraliser cet individu qui ne manifeste aucun respect de l’autre et aucun remord. Je n’aperçois pas la lueur d’une circonstance atténuante », conclut pour sa part le ministère public qui réclame 9 à 10 ans d’emprisonnement.

« La circonstance atténuante, c’est qu’Yves Prépont est lui aussi une victime, il a lui aussi été contaminé par le virus du sida et il ne sait pas par qui », rétorque maître Bonfait. « Vous avez quelque chose à ajouter M. Prépont ? », demande le président avant le délibéré. « Je voudrais dire aux femmes qui ont porté plainte qu’elles n’oublient pas les bons moments que nous avons vécus », ose le prévenu.

Les trois juges ont décidé de le condamner à sept ans ferme. Yves Prépont est reconnu coupable « d’usage d’un faux simple » et « d’administration de substance nuisible » à 6 des 7 victimes présumées. Aucune association n’était partie civile. « Les associations de lutte contre le sida estiment que l’on juge la transmission du virus. Elles se fourvoient, le crime c’est la transmission volontaire », a déclaré maître Gay à l’issue du procès. L’une des victimes oeuvrait pour les enfants séropositifs au sein de l’association Sol en Si.

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