Skip to main content.

Homosexualité | Jean-Luc Roméro | Reda Sadki

Entretien : Jean-Luc Roméro face aux séropositifs issus de l’immigration et de la banlieue

4 octobre 2005 (lemegalodon.net)

7 photos | | Votez pour cet article

Un entretien de Reda Sadki avec Jean-Luc Roméro et la participation de Ahcene et Maya

C’était juste après la manifestation du 24 septembre de « Sida, grande cause nationale », dont l’objet était officiellement de revendiquer le droit à la CMU pour tous, y compris les sans papiers. Avec Maya et Ahcene, on discutait du fait que les dirigeants des associations de lutte contre le sida s’étaient peu mobilisées. Où était Christian Saout, président de AIDES ? Où était Pierre Bergé du Sidaction ? Et, surtout, où était Jean-Luc Roméro, président du Collectif Sida, grande cause nationale ?

Échaudés, on a pris le téléphone pour interpeller Jean-Luc Roméro, étonné de notre appel sur son téléphone portable. Pourquoi lui ? Peut-être parce que, s’il n’est pas le seul homme politique séropositif, il est le seul qui a eu le courage de l’annoncer publiquement (trois ans avant Charlotte Valandrey). Est-il injuste d’en attendre plus de sa part ?

Roméro aurait pu mettre fin à la conversation. Au contraire, on s’est mis d’accord pour se rencontrer, mais à une condition : sachant qu’il est brancardé de toutes parts (par la droite, par la gauche, par les associations), je lui ai proposé de répondre à des questions un peu chaudes — des questions qui se posent pour l’avenir des séropositifs comme sur les inégalités entre séropos — mais sans le mettre sur la défensive ni le pousser dans ses retranchements :

- Que répond-il à l’accusation que les séropositifs ont « bien cherché » leur contamination ?
- Est-il trop tôt pour qualifier d’échec l’action mené par le Collectif Sida, grande cause nationale ?
- Pourquoi avoir attendu 18 ans avant de révéler sa maladie : si l’élite politique ou culturelle met 20 ans avant d’en parler, combien de temps faudra-t-il pour les séropos « anonymes » ?
- Qui est responsable de l’abandon des gens pauvres des cités au début des années 80, alors que l’héroïne se répand comme une traînée de poudre, suivie juste derrière par le virus ? Pourquoi avoir attendu jusqu’à 1987 pour lever l’interdiction de vente des seringues ?
- Pourquoi les pouvoirs publics et les associations classiques de lutte contre le sida, issues du mouvement homosexuel, ont-elles si longtemps ignorées les préoccupations des couples et des familles avec enfants dans l’épidémie ?
- Les homosexuels passent-ils avant les autres dans la lutte contre le sida ?

Voici quelques unes des questions abordées dans l’entretien à écouter

- J’ai lu votre livre « Virus de vie ». Je sais que vous avez souvent raconté la découverte de votre séropositivité. Mais les auditeurs de l’émission ne vous conaissent pas, quel souvenir gardez-vous de ce premier jour ? Que répondez-vous à ceux qui diront que vous, comme d’autres séropositifs, l’ont « bien cherché » avec des pratiques à risque, partage de seringue ou relations non protégés ? En 2005, quel est le regard que porte la société sur les séropositifs, par rapport à votre premier jour ?

- Pouvez-vous nous raconter le jour où vous êtes dans votre bureau d’attaché parlementaire, et vous êtes la proie de vomissements et diarrhées. Vous vous cachez dans votre bureau. Pourquoi ? Est-ce la honte d’être malade ? Comment est-ce que vous parlez de ça aujourd’hui, quel est votre regard aujourd’hui alors que vous avez rendu public votre séropositivité ? Pourquoi avoir attendu ausis longtemps : si l’élite politique ou culturelle met 20 ans avant d’en parler, combien de temps faudra-t-il pour les séropos « anonymes » ? Y a-t-il d’autres personnalités que vous connaissez, mais qui n’ont pas encore fait le pas ?

- Si les maghrébins de France sont au moins deux fois plus touchés par le sida, ce n’est pas par hasard : dès le début de l’épidémie en France, dans les cités pauvres, les grands frères se sont contaminés en partageant leurs seringues. Ils n’avaient aucune information sur le virus, et les seringues étaient, avec la drogue, sous le coup de la prohibition. Entre nous, on parle de génération sacrifiée ou de génération perdu. Comme vous le savez, c’est Michèle Barzach qui autorise la vente des seringues et c’est Simone Veil, aux Etats-Généraux Drogue et sida, qui légitime la politique de réduction des risques. Que savez-vous de cette hécatombe, et qu’avez vous à dire aux familles qui ont payé le prix de l’immobilisme et du laissez-faire des pouvoirs publics ?

- Dans la communauté maghrébine aujourd’hui, je suis convaincu qu’il y a une deuxième épidémie, qui frappe d’abord des personnes qui sont inconscientes du risque. En particulier, il y a les femmes mariées, à qui l’INPES propose des brochures d’information qui prônent le port du préservatif, mais comment voulez-vous qu’une femme de cité ordonne à son mari de le mettre ? Et ensuite il y a les hommes qui ont des pratiques sexuelles avec d’autres hommes, mais qui ne s’identifient pas du tout comme des « homos ». Ces deux catégories de personnes n’existent pas dans la santé publique officielle, ni dans le discours des associations classiques de lutte contre le sida. Comment se décident les priorités de la lutte contre le sida, et comment se fait-il que des groupes parmi les plus à risque ne figurent pas dans les priorités des associations classiques de lutte contre le sida ?

- On vous a entendu dire que c’est aux autres « communauté » (en tout cas, groupes d’appartenance, hétéros, migrants, etc.) de « faire comme les homosexuels » ont fait, pour s’organiser pour survivre au sida. Toutefois, peut-on vraiment comparer le début de l’épidémie avec la situation en 2005 ? Si vous étiez pauvre, Africain, immigré, sans papier, que feriez-vous lorsque vous vous retrouvez hospitalisé avec une pneumocystose ou une toxoplasmose ? À quels relais médiatiques ou politiques pourriez-vous faire appel pour faire en sorte que d’autres personnes obtiennent les moyens de se protéger, de vivre et se soigner dans la dignité ? Quelle base pour une solidarité entre les différentes populations touchées par le VIH aujourd’hui, alors que le gouffre des inégalités sociales nous séparent ?

- On aimerait voir les homosexuels blancs, qui ont été durement frappés par le sida, comme des alliés naturels. Mais quand on est pauvre, immigré ou enfant d’immigré, il est difficile de ne pas envier ce qu’on voit de la vie d’autres séropositifs : ceux qui ont un logement, un boulot, du fric… On se dit que vivre avec le sida, ce n’est pas pareil dans ces conditions-là. Il y a, objectivement, une différence de classe sociale : selon l’enquête VESPA, les homosexuels masculins ont un niveau d’étude élevé (43% ont fait des études postérieures au baccalaur éat). Si leur taux d’activité a baissé depuis le diagnostic (de 15 points), ils sont n éanmoins encore nombreux à̀ travailler au moment de l’enquête (69%), la moitié étant cadres ou occupant des professions interm édiaires. Seul un sur cinq est en invalidité... Quelle base politique existe, alors, pour forger une véritable alliance entre populations sur le front du sida ?

- Aujourd’hui, la majorité des séropositifs sont des hétéros, et plus de la moitié vivent en couple, ont des enfants ou bien ont l’intention d’en faire (selon l’enquête VESPA de France Lert notamment). Dans le cadre du Collectif, sida grande cause nationale, les préoccupations des couples et des familles ont-elles été posées ? Quelles actions ont été menées en faveur des couples et des familles (hormis Couples contre le sida, qui s’occupe des couples échangistes ?) ? Pensez-vous que les associations classiques de lutte contre le sida, issues du mouvement homosexuel, ont entendus et répondus aux préoccupations des couples hétéros et des familles concernées ?

- Dans votre livre, vous preniez partie pour défendre le droit des étrangers de se soigner. On a entendu des députés de votre parti prétendre que l’AME coûterait plus cher que les autoroutes de France (avant leur privatisation), et de tous ces malades qui coûtent chers à la France. Aujourd’hui, les nouveaux décrets d’application de la loi votée en décembre 2003 sont contestés par un éventail large d’associations de défense des étrangers, mais, depuis peu, aussi de syndicats. En témoigne la conférence de presse prévu pour le 6 octobre : Alors, dans ce contexte, n’est-il pas légitime de poser la question de votre présence et votre visibilité, président du Collectif Sida, grande cause nationale ? Et n’est-il pas un peu léger de renvoyer ça à une question de santé, ou d’estimer qu’un combat serait plus important qu’un autre ?

- Peu de visibilité médiatique, pas de volonté politique, une tendance vers les solutions répressives de santé publique : voilà ce que nous vivons en 2005. Contestez-vous l’échec de « Sida, grande cause nationale » ? Quelle est alors votre appréciation de l’action menée ? Quel rôle joue les séropos dans « Grande cause », à part celui de répondre aux sollicitations quand on a besoin de présenter quelqu’un qui « vit avec » ? Qu’est-ce qui a changé, du fait de l’action menée par le Collectif, pour les séropositifs ? Aujourd’hui, vous avez tenu une conférence de presse (en oubliant de nous inviter) sur les discriminations, avec notamment le président du HALDE. On s’imagine que vous avez tenté de mobiliser les membres du gouvernement pour soutenir la campagne « Grande cause » : quel bilan faites-vous du soutien qui vous a été accordé ?

Photos


Jean-Luc Roméro pendant l'entretien

Jean-Luc Roméro pendant l’entretien

Jean-Luc Roméro avec Reda, Ahcene et Maya

Jean-Luc Roméro avec Reda, Ahcene et Maya

Jean-Luc Roméro pendant l'entretien

Jean-Luc Roméro pendant l’entretien

Jean-Luc Roméro pendant l'entretien

Jean-Luc Roméro pendant l’entretien

Jean-Luc Roméro pendant l'entretien

Jean-Luc Roméro pendant l’entretien

Fin de l'entretien avec Jean-Luc Roméro

Fin de l’entretien avec Jean-Luc Roméro

Maya sous le charme de Jean-Luc Roméro

Maya sous le charme de Jean-Luc Roméro