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Les coulisses du Sidaction | Financement de la lutte contre le sida | Gilles Alfonsi | Pierre Bergé

Sidaction : les œillères de l’œcuménisme en question

1er juillet 1996 (Combat face au sida)

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Les bénévoles des associations sont de plus en plus nombreux à s’interroger sur leur rôle et à revendiquer une implication plus grande des pouvoirs publics dans la lutte contre la pandémie.

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L’échec est là, cinglant, pour les chaînes de télévision comme pour les responsables associatifs qui ont voulu réitérer le Sidaction 94 sans changement, sans œuvrer à une plus grande transparence. Une audience moitié moindre qu’il y a deux ans, une critique très largement partagée du contenu de l’émission et, surtout, un bilan catastrophique de l’appel aux dons.

Ensemble contre le sida et son président Pierre Bergé, Aides fédération et Arnaud Marty-Lavauzelle, mais aussi Act Up et Christophe Martet - dont la dénonciation de l’hypocrisie ambiante est intervenue lorsque l’échec s’annonçait - ont leur part de responsabilité dans cette immense gâchis d’énergies militantes et... d’argent !

Combien a coûté cette émission ? Combien a-t-elle finalement rapportée à la lutte contre le sida ?

Le savez-vous ? Le numéro vert de Sida Info Service (05 36 66 36) qui devait, selon une convention signée entre les chaînes et l’association, être régulièrement diffusé, n’est apparu que quelques secondes, tardivement. Résultat : un nombre d’appels réduits et la colère des dizaines d’écoutants bénévoles mobilisés.

Mais aussi combien d’efforts négligés, pour combattre l’indifférence, le mépris contre les homosexuels, les prisonniers et les toxicomanes ? Combien de volontés pour développer la solidarité de tous avec les personnes atteintes passées à l’as ? Combien de projets utiles d’associations et de militants ne verront pas le jour ou ne pourront pas continuer, pour cause de course à l’œcuménisme et de refus d’ouvrir un débat public qui implique tous ceux qui se sentent concernés ?

Le programme unique - comme le parti unique ! - a fait son temps ! Il faut être aveugle pour ne pas s’en rendre compte, ou n’avoir les oreilles que dans les ghettos des directions de chaînes. Les phrases de stars appelées pour cautionner un système qu’elle ne connaissent manifestement pas, les reportages creux pour faire chialer " la ménagère ", la mise en valeur d’exemples de réalisations ponctuelles en lieu et place d’un bilan financier transparent et débattu... c’est tout cela qui est en cause.

L’échec ne réjouit personne : c’est toute la lutte contre le sida qui en subit les contrecoups. On nous saura gré d’avoir prévenu, alerté. Voilà ce qui arrive quand on se moque des donateurs - réels ou potentiels - en les considérant comme des vaches à lait qu’il s’agit de " faire cracher ".

Alors... continuer ainsi, jusqu’au prochain échec d’un " nouveau " Sidaction - on nous le promet désormais européen -, ou CHANGER ?

S’il faut changer, pensons-y maintenant. Le temps va vite qui grignote l’idée d’une mobilisation de tous. Ce temps, les partisans de l’ordre moral le mettent à profit - faisons leur " confiance " - pour avancer leurs idées discriminatoires qui finiront par empêcher l’appel à la solidarité au profit d’une charité bien ordonnée.

Quels gestes, pour permettre à l’échange d’avoir lieu ? Pour l’Association des communistes combattants du sida, ce pourrait être un débat, à l’initiative (conjointe) des ministres concernés, de Jean-Marie Cavada, des dirigeants associatifs. En tous cas, un échange au grand jour et entre tous.

Gilles Alfonsi

Article paru dans Combat face au sida N°5, juillet-septembre 1996.