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Les coulisses du Sidaction | Financement de la lutte contre le sida | Pierre Bergé

L’argent du Sidaction : Droit de réponse de Pierre Bergé et Arnaud Marty-Lavauzelle

1er mars 1996 (Combat face au sida)

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Nous publions les droits de réponses que nous ont adressé Pierre Bergé et Arnaud Marty-Lavauzelle, respectivement président d ‘Ensemble contre le sida (ECS) et président de Aides Fédération, à la suite de notre dossier intitulé “l’argent du Sidaction�� ? (notre N°1, sept.-oct. 95). Ils nous renforcent dans notre détermination à obtenir l’ouverture d’un débat public sur le thème de la privatisation de la lutte contre le sida et sur les choix d’ECS. Pour mettre la transparence à l’ordre du jour.

Voir en ligne : L’argent du Sidaction : Droit de réponse de Pierre Bergé et Arnaud Marty-Lavauzelle

Suite aux attaques dont le magazine Combat face au sida s’est fait l’écho dans son numéro 1 daté de septembre-octobre 1995, Ensemble Contre le Sida (ECS) tient à faire les mises au point suivantes : Tout d’abord, nous tenons à faire remarquer que ce dossier de quatre pages intitulé “Les choix d’Ensemble contre le sida�� ? n’est pas signé : nous soulignons le caractère curieux de l’absence de signature sous un article aussi important !

Cet article est une compilations d’informations fausses et de propos calomnieux, qui porte le discrédit sur un collectif d’associations et de chercheurs qui participent à la lutte contre le sida depuis maintenant de nombreuses années. En mettant en place les opérations Sidaction en 1994 et 1995 et en organisant le prochain Sidaction du 6 juin 1996, ce collectif a su faire la preuve de son efficacité et de son utilité.

Il nous faut souligner que les sources reprises dans cet article qui mettent en cause la gestion d’Ensemble contre le sida ont été poursuivies et ont dû se rétracter :

- le journal “La République du centre a dû publier un droit de réponse dans son numéro du 4 août 1995 ;

- M. Patrick Denis, Président du Rassemblement des Gays Libéraux, a été poursuivi en justice et Ensemble contre le sida a gagné le procès qu’il a intenté contre lui (ordonnance du Tribunal de Grande Instance de Paris du 20 novembre 1995) ;

- l’association Solidarité Plus a fait partie du collectif SIDAA dont le coordinateur, l’association SOS Mains Tendues, a été liquidé judiciairement suite à des problèmes de gestion. S’agissant des accusations portées dans ce dossier :

- Pierre Bergé, préside le Conseil d’Administration de l’association Ensemble contre le sida depuis le 25 janvier 1996 et la démission de René Thomas le 9 janvier dernier (pour raisons de santé) alors qu’il présidait l’association depuis le 17 janvier 1994, ne remet pas en cause le soutien que ce dernier apporte à Ensemble contre le sida. Le trésorier de l’association est aussi Conseiller Référendaire à la Cour des comptes. Il ne peut que garantir l’impartialité des choix d’Ensemble contre le sida.

Par ailleurs, Ensemble contre le sida bénéficie :

- du soutien des chaînes de télévision (TF1, France 2, France 3, Canal +, Arte, La Cinquième, M6 et RFO) qui ont renouvelé leur participation au Sidaction 1996 et qui - le 18 janvier dernier - ont décidé de mettre en place sous l’égide du Ministre de la culture, Philippe Douste-Blazy et du secrétaire d’Etat à la santé, Hervé Gaymard, un nouveau Sidaction autour d’un programme commun à toutes les chaînes de télévision française le 6 juin 1996 à partir de 20 h 45.

- de l’aval du Conseil supérieur de l’audiovisuel qui n’a pas donné suite aux accusations portées contre Ensemble Contre le sida par le collectif Sidaa.

- de l’appui de la Fondation de France, avec laquelle Ensemble contre le sida a signé une convention de collaboration pour les deux années 1995 et 1996.

- de la reconnaissance des pouvoirs publics, qui ont octroyé au Sidaction 1995 le label “Campagne d’Intérêt Général�� ?.

- chaque projet parvenu à Ensemble contre le sida, en réponse aux appels d’offres lancés sur le fonds Sidaction, a fait l’objet d’une étude spécifique, menée par deux comités d’experts créés à cet effet ; l’un associatif, l’autre scientifique. Chaque projet a été examiné en fonction des critères privilégiant l’urgence, l’adéquation aux besoins des personnes atteintes ou malades, la faisabilité, la nécessité de soutenir certains projets localement en fonction de la prévalence de l’épidémie.

- chaque projet retenu a fait l’objet d’une étude d’opportunité, permettant d’apprécier la concordance de l’objet du projet avec les besoins des acteurs de la lutte contre le sida. Chaque financement octroyé par Ensemble contre le sida a fait l’objet de contrôles rigoureux, et a suivi des procédures précises d’instruction et de transmission. Chaque proposition d’Ensemble contre le sida a été transmise à la Fondation de France - pour approbation avant exécution - et a, à ce jour, été honorée.

- un contrôle des financements décidés par Ensemble contre le sida est en cours, diligenté par le cabinet KPMG dans le cadre de sa mission de Commissariat aux Comptes.

- A ce jour, une centaine de personnes (dont 14 salariés) - administrateurs, experts, bénévoles, permanents - sont impliquées dans le fonctionnement d’Ensemble contre le sida.
- Sur les 339 millions de francs récoltés lors des Sidaction 94 et 95, 25,9 millions de francs (7,6 % de ce montant total) correspondent aux frais engagés sur 1994 et 1995.

- 48 millions de francs ont également été attribués pour la mise en œuvre de 270 projets lors d’une première répartition aux 17 associations qui avaient initié le Sidaction.

- 25 millions de francs ont été attribués au professeur Luc Montagnier pour la mise en place de son centre intégré à l’hôpital Saint-Joseph.

Le reste, soit 239,4 millions, a été attribué après plusieurs appels d’offres, à 388 projets associatifs et à 383 chercheurs et boursiers pour le soutien de plus 1 000 projets.

En date du 30 novembre 1995, un nouvel appel d’offres a été lancé en direction des associations initiant des projets dans les régions du pourtour méditerranéen et des DOM-TOM. Les résultats de cet appel d’offres clôturé au 31 janvier 1996 seront divulgués dans un prochain communiqué.

Droit de réponse

L’association AIDES FEDERATION NATIONALE nous adresse le droit de réponse suivant :


- créée en 1984 et reconnue d’utilité publique par décret du 9 août 1990, AIDES est une association nationale présente dans 100 villes en France et dans les départements et territoires d’outre-mer.

- AIDES vient directement en aide aux personnes affectées par l’infection à VIH et à leur entourage par la mise en place de formes concrètes de solidarités. AIDES cherche à répondre à leurs besoins en termes de conseils et d’actions directes dans les domaines médicaux, psychologiques, juridiques et sociaux.

- 3 600 volontaires interviennent pour lutter contre le sida sur tous les fronts de l’épidémie. Leur engagement et les heures qu’ils consacrent à la lutte permettent à AIDES d’exprimer publiquement sa mobilisation et ses revendications pour obtenir les moyens humains et techniques nécessaires.

- L’association AIDES FEDERATION NATIONALE a été créée le 7 mars 1987 (transformation de l’association originelle) afin de doter les Comités AIDES d’une représentation et de moyens d’actions sur un plan national. Cela permet également la coordination et l’homogénéisation des actions des Comités.

- Chaque comité AIDES est une association autonome avec son propre fonctionnement et les 31 Comités font partie d’un réseau national assurant ainsi une véritable cohésion du mouvement de lutte contre le sida ?

- Afin de répondre à ses misions, l’association AIDES FEDERATION NATIONALE s’est dotée d’une équipe de permanents et de volontaires qui assurent pour les Comités un rôle de conseil, de soutien, de développement, de représentation, de médiation et d’intervention auprès des instances nationales sanitaires et sociales. Cette équipe a une mission de coordination pour :

- le réseau national, qui assure le lien et la transmission d’informations entre la Fédération, les Comités, les Volontaires, les commissions nationales et groupes de travail. Le réseau assure également une mission de coordination et de transmission de savoir-faire entre les différentes entités AIDES.

- L’action communautaire et sociale, l’aide aux personnes et le programme national d’AIDES à domicile, qui permet d’assurer une aide à la vie quotidienne des personnes touchées par le VIH. L’association a mis sur pied un réseau d’entraide pour les malades souvent isolés et a conçu plusieurs formes de soutien individualisé comme par exemple des groupe d’auto-support, des lieux d’accueil proposant du conseil social et juridique...

- l’action thérapeutique à travers la mise en place de moyens permettant de fournir des informations accessibles au plus grand nombre sur les options thérapeutiques possibles. Cela se traduit, par exemple, par la création de conditions favorables permettant aux malades d’arriver ou de continuer à se soigner et d’accéder à tous les traitements surtout le territoire ; par l’élaboration de documents d’information sur les traitements médicaux et la qualité de vie

- la communication en direction du grand public, des personnes atteintes, des pouvoirs publics, des institutions nationales, des associations, des médias via des action de sensibilisation ou de visibilité, des campagnes nationales de communication, de prévention, de soutien et d’interpellation ; la rédaction et la diffusion de publications et de brochures d’information, de soutien et de prévention...

- l’action internationale pour répondre aux demandes et aux besoins des personnes atteintes par le VIH à l’étranger. AIDES transmet ainsi son expérience et son savoir-faire auprès des associations non-gouvernementales communautaires fin de renforcer la lutte contre la pandémie sur le terrain, notamment en Afrique et en Europe de l’Est.

- le développement et la collecte de fonds pour l’ensemble du réseau des 31 comités AIDES, et la gestion des dons et legs faits à AIDES. Des opérations de collectes de fonds privés nous permettent de nous garantir une indépendance financière tout en diffusant des messages de prévention et des solidarités auprès du grand public.

L’ensemble de ces actions ont pour seul et unique but la défense et le soutien de personnes atteintes par le VIH/sida et la prévention des contaminations par le VIH.

L’association AIDES FEDERATION NATIONALE reçoit directement des dons pour financer son fonctionnement propre et cela, indépendamment des dons qui peuvent être faits directement ou indirectement pour les actions des différents Comités AIDES.

Elle a ainsi publié, dans un “rapport d’actions�� ? adressé à ses donateurs la répartition des dépenses de AIDES FEDERATION NATIONALE pour 1994 seuls 8 % sont alloués aux frais généraux, de gestion de routine administratif et financer au réseau national des 31 Comités AIDES.

C’est en revanche en sa qualité de représentant national de l’ensemble des comités de AIDES que l’association AIDES FEDERATION NATIONALE a perçu des fonds issus de l’opération du Sidaction tels qu’ils lui ont été accordés par Ensemble Contre le Sida.

Les fonds collectés à l’occasion du Sidaction en 1994 ont été divisés en deux : 50 % pour la recherche, 50 % pour les associations.

Les 50 % des fonds destinés aux associations s’élèvent à la somme de 135 millions de francs et ont été répartis sur projet par ECS entre les associations en fonction de plusieurs tranches.

La tranche A (48 millions de francs) était un droit de tirage destiné à financer les actions en cours des associations de lutte contre le sida fondatrices d’ECS ou à l’origine de l’émission de télévision Sidaction (18 associations).

La tranche B (13,1 millions de francs) était un droit de tirage destiné à financer des actions en cours des autres associations de lutte contre le sida.

La tranche C (52 millions de francs) est un appel d’offre général à toutes les associations pour initier des projets novateurs.

La tranche D (en cours) pour des projets dans les DOM-TOM et le bassin méditerranéen. Il existe un fonds d’urgence d’aide aux petites structures.

Il est totalement faux de prétendre que l’association AIDES a perçu avec le associations ACT-UP PARIS et ARCAT-SIDA plus de 60 % des fonds du SIDACTION. L’ensemble du Réseau national AIDES (la Fédération, les Comités régionaux, AIDES Formation) a reçu 34 053 374 millions de francs en 1994 et 1995, dont 25 206 930 sur la Tranche A et 8 846 444 pour la Tranche C.

L’ensemble des fonds perçus par l’association AIDES FEDERATION NATIONALE sont utilisés d’une part pour financer les actions de AIDES au niveau national et d’autre part redistribués à l’ensemble des Comités de AIDES pour leurs actions locales.

Ainsi l’association AIDES AQUITAINE a pu faire l’acquisition d’une voiture Renault Espace Turbo Diesel pour transporter les usagers de l’association, touchés par le VIH. Il s’agit d’un achat justifié par la grande taille du secteur géographique d’AIDES AQUITAINE. Un cahier dans lequel sont consignées précisément chaque utilisation atteste de son usage au bénéfice des personnes atteintes.

Pour sa part, l’association AIDES FEDERATION NATIONALE a pu financer notamment une mission de travail en Pologne, pour laquelle des membres de l’association se sont rendus sur place afin d’apporter leur aide et leur expérience à la création d’une association de lutte contre le sida. Cette action revêt une importance indéniable dans un pays où le contexte politique et religieux actuel ne facilite en rien le démarrage d’un tel projet. Grâce à ces actions, il existe aujourd’hui une association polonaise qui est le principal moteur d’une dynamique de lutte contre le sida dans ce pays.

Chaque année, AIDES organise des Assises Nationales au cours desquelles se réunissent pendant trois jours plus de 500 volontaires de l’association pour échanger leurs expériences et définir de nouveaux objectifs. De nouvelles orientation sont déterminées. Les réflexions, remarques, propositions sont ensuite largement diffusées auprès des volontaires. Ce travail permet de rester en phase avec la réalité associative et de s’appuyer sur l’expérience des autres. C’est cette cohésion qui fait de notre mouvement un véritable réseau. En 1994, les Assises se sont tenues à paris et ont permis de faire le point sur dix ans de lutte contre le sida.

L’association AIDES Fédération nationale n’a jamais fait l’acquisition d’un “nouveau siège�� ? mais a déménagé dans de nouveaux locaux dont elle est locataire en contrepartie d’un loyer particulièrement modéré. Elle a dû effectuer des travaux de réfection et d’aménagement pour lesquels il lui a été attribué 600 000 francs par ECS. Ces locaux permettent non seulement d’abriter AIDES FEDERATION NATIONALE mais également d’autres associations comme ASUD, Sida Solidarité Spectacle, AIDES Formation, Limiter La Casse, Le PASTT. Ils permettent en outre au réseau AIDES de bénéficier de lieux de formation, de convivialité et de réunions pour l’ensemble des volontaires.

L’association AIDES FEDERATION NATIONALE s’est dotée d’un matériel informatique afin de faire l’économie de frais de personnel, d’amélioration de ses outils de gestion garants de la transparence financière de l’association.

L’association AIDES FEDERATION NATIONALE s’élève donc contre les discours qui voudraient laisser croire de façon totalement infondée que les budgets consacrés à la politique de lutte contre le sida, tant par la Fédération que par les Comités AIDES, sont tronqués pour assurer des dépenses de fonctionnement somptuaires.

Exigence d’ouverture d’un débat sur le Sidaction et sur la gestion de l’argent du public.

Voici le texte intégral d’un communiqué publié par l’Association des communistes combattants du sida (ACCS) le 13 mai dernier.

Lors de la conférence de presse de présentation du Sidaction 96, ce 13 mai, le président d’Ensemble Contre le Sida (ECS), Pierre Bergé a affirmé, concernant l’ouverture d’une discussion au grand jour sur l’utilisation des fonds du Sidaction 94 : “Ne comptez pas sur moi pour qu’il y ait un débat public�� ?.

Ces propos n’ont suscité aucune réaction de la part des responsables des associations, de Messieurs les ministres Douste-Blazy et Gaymard, ni de la part des dirigeants des chaînes de télévision.

Ce refus d’un débat ouvert est inacceptable. L’appel à la générosité de tous confère aux organisateurs, aux soutiens et aux gestionnaires des fonds une responsabilité devant le public. La démocratie exige une confrontation des points de vue sur l’utilisation des fonds du Sidaction et sur les critères de leur répartition.

Ce débat est normal : il ne signifie pas la fin des initiatives faisant appel à la générosité du public ; il ne présage pas de la mise en cause de la probité des personnes. C’est un débat politique sur des orientations, sur les choix d’Ensemble contre le sida. Dans ce débat, chacun doit pouvoir défendre ses options. Il est le gage d’un véritable rapport de confiance avec les donateurs.

L’Association des communistes combattants du sida (ACCS) demande une nouvelle fois l’ouverture de ce débat. Plus largement, elle interpelle l’Etat sur ses responsabilités : à une mobilisation de la société soutenue par les pouvoirs publics se substitue l’action de quelques grandes associations. Ces dernières en viennent à déterminer des orientations de politique nationale en matière de santé publique, de prévention, de recherche et de prise en charge.

L’ACCS est déterminée à obtenir, avec tous ceux qui partagent son souci de transparence, des réponses plus conformes aux exigences démocratiques d’aujourd’hui.

Article paru dans Combat face au sida N° 4, mars-juin 1996.   

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