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Sida : le sort incertain de six condamnés à mort

14 décembre 2004 (Le Monde)

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Le président devait réclamer la grâce de cinq Bulgares et d’un Palestinien.

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La reconciliation , désormais officielle, entre la France et la Libye permettra-t-elle de trouver rapidement une issue favorable à l’affaire de l’hôpital pédiatrique de Benghazi qui voit, depuis le 6 mai, cinq infirmières bulgares et un médecin palestinien condamnés à mort ? Ces soignants étaient accusés d’avoir injecté volontairement le virus du sida et provoqué, en 1997 et 1998, la mort de 46 enfants et d’en avoir infecté 380 autres. Ils ont été reconnus coupables par le tribunal libyen de Benghazi avant de faire appel de ce jugement. Aucune information n’a été donnée quant à la date à laquelle se tiendrait le prochain procès. Jacques Chirac devait, pour sa part, demander leur grâce.

Quelques jours avant le verdict, lors d’une visite au siège de la Commission européenne, Mouammar Kadhafi avait promis "une procédure régulière" et "un jugement équilibré". Ces condamnations à mort avaient provoqué de nombreuses protestations en Europe et de vives critiques de la Commission européenne. Aucune initiative diplomatique d’envergure ne semble, depuis, avoir été menée, Bruxelles indiquant privilégier une approche diplomatique "discrète".

Ces condamnations avaient aussi ému les spécialistes de virologie, pour lesquels l’accusation qui vise ces soignants ne repose sur aucun élément scientifique. Le professeur Luc Montagnier, co-découvreur du virus du sida avait été commis comme expert par la Fondation Kadhafi, dans le but de rechercher les causes exactes de ces contaminations.

"Nous avons fait une analyse aussi détaillée que possible qui concluait à une série d’infections accidentelles par une souche de virus très particulière, très infectieuse. Il y a un doute sérieux sur la responsabilité du personnel condamné. C’est pourquoi (...) au nom d’une expérience de plus de vingt ans sur le virus du sida, je me permets de vous demander la grâce de ces condamnés, au bénéfice du doute" écrivait-il au colonel Kadhafi, dans un courrier daté du 1er juillet.

TORTURE ÉLECTRIQUE

Le professeur Montagnier expliquait pourquoi l’hypothèse retenue par la justice libyenne - l’injection criminelle d’une souche virale volée dans un laboratoire - ne pouvait être retenue. "Le plus probable, ajoutait-il, est que cette dramatique contamination en chaîne est partie d’un enfant africain infecté par sa mère à la naissance, hébergé à l’hôpital en 1997, ou avant. Cette souche a ensuite été diffusée accidentellement à d’autres enfants de l’hôpital par suite de mauvaises pratiques de stérilisation."

Le professeur Robert Gallo, autre co-découvreur du virus du sida, ainsi qu’une vingtaine de spécialistes de virologie et de pédiatrie américains et européens avaient, d’autre part, repris cet argumentaire dans une pétition adressée au colonel Kadhafi. "Nous vous demandons de vous assurer que ces professionnels sont protégés, reçoivent l’assistance médicale dont ils pourraient avoir besoin et qu’ils ne sont plus soumis à des abus ou maltraités lors de leur détention" écrivaient-ils alors. "Nous n’avons plus, depuis, aucune information sur cette affaire" a déclaré Luc Montagnier au Monde.

Dans son édition datée du 10 septembre le quotidien suisse Neue Zürcher Zeitungpubliait le témoignage du docteur Zdravko Georgiev, acquitté le 6 mai, alors que sa femme Christina est toujours emprisonnée en Libye avec ses quatre compatriotes et un médecin palestinien. Depuis sa libération, il vit dans les locaux de son ambassade et peut rendre visite, une fois par semaine, à son épouse. Il n’a plus de visa et pourrait être remis en prison à tout moment.

Le médecin bulgare, qui ne travaillait pas à l’hôpital pédiatrique, a été arrêté en février 1999. Avant d’être emprisonné à Tripoli il a d’abord passé 130 jours dans une minuscule cellule sans lumière, sans pouvoir se laver ou changer de vêtements. Il explique avoir alors entendu les cris des infirmières et du médecin palestinien. Il précise que, pour obtenir leurs aveux, on les a frappés avec des bâtons, pendus par les pieds et soumis à la torture électrique pendant qu’ils étaient attachés nus à un lit métallique. Le docteur Georgiev ajoute qu’il a vu, depuis leur transfert à Tripoli, les cicatrices laissées par ces tortures, notamment sur le pénis de son confrère palestinien.

Jean-Yves Nau

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