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Chiffres du sida

Le sida en France, épidémie sans visage : une étude de l’ANRS cerne les populations touchées et leurs conditions de vie

9 novembre 2004 (Libération)

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Par Eric FAVEREAU

C’est le début d’une étude passionnante rendue publique, ce matin, par la revue Population & sociétés de l’Institut national d’études démographiques (Ined) : Comment vit-on aujourd’hui, avec le VIH en France [1] ? L’interrogation est d’autant plus importante que, l’infection devenant chronique, on en parle de moins en moins. Et l’épidémie perd son visage.

Qui sont ces malades qui vivent souvent depuis des années avec le sida ? « On estime à environ 100 000 le nombre de personnes vivant avec le sida en France », notent les auteurs. Leur répartition sur le territoire métropolitain est très inégale : l’Ile-de-France rassemble 43 % des personnes atteintes, suivie par la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. « Les hommes sont majoritaires (plus de 7 cas sur 10). Les femmes forment cependant une part croissante au fil des années. » Les étrangers sont très présents : alors qu’ils constituent 6 % de la population générale, ils représentent 18 % des personnes séropositives. « C’est particulièrement vrai du côté féminin. Une femme atteinte sur trois est étrangère. » Et, plus précisément, un immigré atteint sur deux est né en Afrique subsaharienne.

Immigration. Pour autant, les gens touchés ne sont en rien une population statique. Le sida a plus de vingt ans, et avec le temps puis l’arrivée des traitements les générations se sont succédé. Très logiquement, les malades ont été infectés à différentes dates depuis le début de l’épidémie : pour plus de la moitié des personnes, le diagnostic de séropositivité est néanmoins ancien, remontant à avant 1993. « Aujourd’hui, les hommes homosexuels constituent dans chaque génération de patients masculins le groupe le plus nombreux, reflétant la fréquence persistante de la transmission dans cette population. A l’inverse, les programmes de santé publique à destination des toxicomanes ont réduit massivement la transmission du virus entre les usagers de drogue. » Aujourd’hui, cette contamination est marginale. Inversement, depuis bientôt dix ans, le courant migratoire en provenance des régions de forte épidémie (Afrique subsaharienne) a contribué à faire croître la part des immigrés dans la population infectée, en particulier chez les femmes. « La date du diagnostic est, d’une génération de patients immigrés à l’autre, de plus en plus rapprochée de l’arrivée en France. » Ce qui, en d’autres termes, fait de plus en plus penser à une immigration thérapeutique.

Solitude. Dernière question : comment vivent-ils ? De fait ­ et ce n’est pas une surprise ­, la maladie n’affaiblit pas que le corps : malgré l’efficacité des traitements, une fraction importante des personnes atteintes (55 %) perdent ainsi leur emploi. Un peu plus d’un quart sont reconnues comme invalides. Et ces personnes vivent souvent seules (un homme sur deux et une femme sur quatre). Mais, là encore, la population étrangère se distingue : « Les immigrés sont les plus nombreux à ne pas être allés à l’école (9 % des hommes et 6 % des femmes) ou à n’avoir fréquenté que l’école primaire (6 % et 14 %). A la différence également des autres groupes, leur taux d’activité augmente après le diagnostic (de 43 % à 49 %). Beaucoup n’avaient ni emploi ni ressources au moment du diagnostic, étant souvent depuis peu en France. » Plus généralement, « les immigrés vivant avec le VIH se distinguent par leurs conditions de logement précaires : 15 % des hommes et 23 % des femmes vivent chez des amis, dans un foyer ou sans domicile fixe. »

Reste que, selon les deux auteurs, tous les malades se mettent à se ressembler : « Bien qu’appartenant à des groupes sociaux très différents, les personnes atteintes vivent la même expérience éprouvante : l’annonce de la séropositivité, le suivi médical et les traitements qui, s’ils atténuent les conséquences de l’infection, sont lourds à supporter et bousculent les perspectives d’avenir tant personnel que social ou familial. Ces populations à l’origine très éloignées connaissent toutes, à des degrés divers, une altération de leurs conditions de vie. »

Notes

[1] Etude Vespa sur 2 932 patients, coordonnée par France Lert et Yolande Obadia pour l’Agence nationale de recherche contre le sida (ANRS).

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