Criminalisation des séropositifs
Contamination volontaire par le sida : une victime se suicide
4 novembre 2004 (Libération)
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Aurore disait craindre la relaxe de celui qui lui a transmis le virus.
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Par Didier ARNAUD
Aucune trace de freinage. Les clés de la voiture Volkswagen dans la main. C’est ce qu’ont constaté les gendarmes. « C’était pour être sûre de ne pas avoir à donner de coup de volant au dernier moment », dit son avocat, Pascal Bernhard.
Le corps d’Aurore, 24 ans, a été retrouvé lundi à « trente centimètres de l’arbre », sur une route de la région d’Obernai (Bas-Rhin). « Depuis quatre ans, elle supportait mal sa séropositivité », raconte l’avocat d’Aurore. Mais aussi la difficulté d’avoir des enfants, la complexité du traitement, la récente rupture avec le garçon avec qui elle vivait... Et, surtout, la peur d’apprendre une décision de relaxe, mardi dernier, pour celui qu’elle jugeait responsable de sa situation. « Je lui avais laissé entendre, peut-être maladroitement, que tout était possible », explique Pascal Bernhard.
Aurore avait été contaminée par Christophe Morat, 25 ans. Le jeune homme, chauffeur d’autocar et père d’un enfant de 9 ans, a partagé sa vie de juillet 2000 à avril 2001. Aurore ne savait pas qu’il était séropositif depuis 1998. Elle l’a découvert fortuitement de la bouche d’une autre amie de Christophe. Lequel vivait avec trois amies différentes. Aurore a fait un test, appris qu’elle était séropositive. Comme l’autre amie de Christophe. Toutes deux ont porté plainte pour empoisonnement. Morat a été condamné à deux reprises, en mai dernier, en son absence, puis en juin, pour « administration volontaire d’une substance nuisible ayant entraîné une infirmité permanente ». Six ans de prison. En France, c’était une première. Il a fait appel de sa condamnation et la cour d’appel de Colmar devait statuer sur l’affaire ce mardi.
Le débat s’annonce lourd. Car une autre raison, plus officieuse, affleure. Ce que craignait Aurore, c’est que des « associations » soutiennent Morat. L’avocat de la défense, Me Bass, fait partie du cabinet où travaille Alain Molla, figure historique d’Aides, association de lutte contre le sida. Alain Molla dit : « Ce suicide me tétanise. Il dramatise encore plus le débat. Juger d’une telle causalité est infernal, on est en plein dans la diabolisation. » Il évoque le principe de responsabilité partagée dans les relations sexuelles. Ce que le jugement à l’encontre de son client remet en cause. Il dit se battre, depuis vingt ans, pour que le dépistage se banalise. Et pour que, quoi qu’il arrive, on se protège soi-même, et l’autre.
