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Associations humanitaires | Caritatif et contrôle social

Croix-Rouge : commentaire sur le jugement du 23 juin 2004

29 octobre 2004 (lemegalodon.net)

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Relaxé : Croix-Rouge : relaxe confirmée le 7 décembre 2004 pour Reda, animateur de l’émission de radio Survivre au sida

Lors du procès en première instance, les juges avaient refusé d’entendre les témoins cités par la défense.

Le président M. Thierry Devernoix de Bonnefon avait, lors du procès en première instance, publiquement déploré la présence des journalistes du quotidien Le Monde et de l’agence Digipresse présents dans la salle. Il avait déjà, lors d’une audience de renvoi le 10 mars 2004, affirmé qu’il ne souhaitait pas la présence de la presse au procès.

Contact presse : 0870 445 368

Extrait du jugement rendu par la 14ème Chambre le 23 juin 2004, présidé par M. Thierry Devernoix de Bonnefon

"Attendu que ces faits sont particulièrement inadmissibles car commis à l’encontre de la CROIX-ROUGE, dont l’action caritative est notoirement incontestable, par un individu qui, profitant du fait qu’il anime une émission de radio intitulée "MIGRANTS CONTRE LE SIDA" [1], se pare, sans légitimité démontrée, de mobiles prétendument humanitaires pour se livrer en réalité à une action manifestement subversive destinée à déstabiliser les institutions sociales [2], étant remarqué que cet humaniste auto-proclamé n’a pas hésité, y compris à l’audience, à avaliser la teneur d’un tag qui avait été inscrit sur la façade de ce centre, à savoir : "UN PSY UNE BALLE, UN DISPENSAIRE UNE RAFALE".

"Attendu qu’en conséquence, il y a lieu de condamner Reda SADKI à 4 mois d’emprisonnement avec sursis et à une amende de 10 000 euros."

Commentaire de Reda Sadki sur ce jugement

Ce jugement est un acte de provocation et une tentative d’humiliation de la part des juges.

Ce tag a bien été inscrit sur la devanture du Centre du Moulin-Joly, le 8 décembre 1999, quelques jours après l’ouverture par la DASS de Paris d’une enquête administratives au centre et le blocage de ses subventions.

Je ne doute pas de la bonne foi des militants qui ont fait ce tag, ni de leur volonté d’apporter leur solidarité à notre campagne (avec des méthodes qui ne sont pas les nôtres) pour dénoncer l’internement psychiatrique abusif d’un usager du centre, organisé par les médecins du Centre du Moulin Joly [3], et dont l’hospitalisation d’office a été levée immédiatement par le préfet lorsque nous l’avons saisi.

Mais, en ce qui concerne le procès, l’instruction a rendu un non-lieu sur ce point : en clair, je n’étais pas poursuivi pour ces tags, je n’en suis pas l’auteur, et l’instruction n’a pas contesté cela.

Pourtant, le jugement affirme que j’aurai « avalisé » le tag. C’est faux. Depuis bientôt dix ans, aucun texte de Survivre au sida (ex-Migrants contre le sida) contient ce genre de slogan ou des menaces de violence à l’égard de qui ou quoi que ce soit.

Lors de la confrontation générale du 14 mai 2003, seul moment où il a été réellement possible de contester les mensonges de Marc Bary, directeur du Centre du Moulin-Joly, les salariés du Centre ont reconnu devant le juge d’instruction qu’ils ne pouvaient m’imputer aucune violence ou dégradation.

Ce jugement reflète la volonté idéologique et politique des juges de criminaliser toute forme de contestation des discriminations pratiquées par des institutions sociales et des organisations caritatives qui exercent le contrôle sociale et qui gèrent la misères des malades les plus pauvres.

Notes

[1] Migrants contre le sida était le titre de l’émission de radio Maghreb-Afrique Survivre au sida jusqu’à mai 2002.

[2] Du fait de l’ampleur de la mobilisation pour dénoncer les pratiques du Centre, et sous pression de la DASS (dont le rapport d’enquête n’a pas été rendu public), le Centre a bien tenté d’améliorer les conditions d’accueil, d’assouplir certaines de ses pratiques, et de s’occuper du suivi social des quelques patients qui n’avaient pas déserté le centre. Notre campagne y était pour quelque chose, et nous sommes donc loin de l’ « action manifestement subversive destinee à déstabiliser les institutions sociales » citee par le jugement.

[3] Lire notre rapport d’enquête, Rapport d’enquête (II) : En 1999, la Croix Rouge a organisé l’enfermement psychiatrique d’un malade du sida en colère.