Skip to main content.

Campagnes d’information et de prévention | Malades étrangers | Politiques de santé

Programme national de lutte contre le VIH/SIDA en direction des étrangers/migrants vivant en France (2004-2006)

2 avril 2007 (Ministère de la Santé)

1 pièce jointe | 1 Message | Recommander cet article | Votez pour cet article

I. Les migrants/étrangers vivant en France : une priorité au vu des données épidémiologiques sur le VIH relatives aux étrangers.

Les données épidémiologiques [1] reflètent clairement le risque accru d’infection par le VIH dans la population étrangère : le taux d’incidence du sida est multiplié par 3 pour la population étrangère par rapport à la population française (2,56 pour 1000 habitants versus 0,82) : par nationalité, on observe que les taux sont plus élevés dans la population haïtienne (spécialement dans les départements d’outre-mer) avec une incidence de 31,18 pour 1000 et dans la population d’Afrique sub-saharienne : 10,32 pour 1000.

Les étrangers contribuent largement à l’augmentation des cas résultant d’une transmission hétérosexuelle, puisque 57 % de ces cas concernent des étrangers. Ils contribuent également à la féminisation de l’épidémie (en 2002, parmi les femmes de moins de 30 ans contaminées par rapport hétérosexuel, 75 % sont des femmes de nationalité d’un pays d’Afrique sub-saharienne).

On observe, parmi les étrangers, comme parmi tous les patients contaminés par voie hétérosexuelle, un dépistage plus tardif que dans les autres groupes de transmission. En 2002, pour 63 % des cas liés à une contamination par voie hétérosexuelle, la séropositivité n’avait pas été diagnostiquée antérieurement (versus 47 % chez les personnes contaminées par voie homosexuelle, 16 % chez les personnes contaminées par usage de drogues injectables). Le pourcentage de personnes non dépistées est très différent selon la nationalité (44 % chez les personnes de nationalité française et 67 % chez les personnes de nationalité d’un pays d’Afrique sub-saharienne).

Parmi les 1 301 nouveaux cas d’infection à VIH déclarés en 2003 (au 30 septembre 2003), les femmes représentent 43%, elles ont, pour la moitié d’entre elles la nationalité d’un pays d’Afrique subsaharienne. La contamination par voie hétérosexuelle est prédominante (53%) et la moitié des personnes contaminées par rapports hétérosexuels sont des étrangers d’Afrique subsaharienne. Au total, 32% des nouveaux diagnostics concernent cette population. Cette situation épidémiologique s’inscrit dans un phénomène général dans plusieurs pays d’Europe ayant des liens historiques d’immigration (qui génèrent des flux migratoires réguliers pour des motifs économiques et politiques) avec certains pays à forte prévalence : ainsi, parmi les cas hétérosexuels diagnostiqués en 2002-2003, 81% des cas au Royaume Uni, 71% en Belgique, 65% en Norvège [2] concernent des personnes originaires de pays d’épidémie généralisée.

Les caractéristiques principales de la population étrangère atteinte par le VIH sont :

- une sur-représentation de femmes jeunes (moins de 30 ans) ;

- un dépistage tardif, surtout parmi les hommes (les femmes bénéficiant du dépistage prénatal) qui découvrent fréquemment leur sérologie au moment de l’apparition de symptômes liés à la maladie [3] ;

- une vulnérabilité socio-économique importante, notamment chez les migrants récemment arrivés en France ;

- une disparité d’ancienneté en France (à la fois des migrants établis de longue date en France et des migrants arrivés récemment, parmi lesquels une faible partie venue pour recevoir des soins en France [4] ) ;

- un isolement important, voire même une exclusion du cercle familial, professionnel et social du fait de la séropositivité [5]

En regard de ces caractéristiques bien identifiées des personnes atteintes, il n’existe que quelques données précises et actualisées dans des domaines importants pour la définition des stratégies de santé publique :
- Quelques études qualitatives portent sur certaines populations, avec des effectifs limités [6]. Elles fournissent des éléments sur les connaissances et comportements face au VIH ; elles concourent à montrer la diversité des connaissances et comportements, non seulement en fonction du pays d’origine et de la communauté d’appartenance, mais aussi en fonction du parcours migratoire.

- Si l’influence des conditions socio-économiques sur l’accès aux soins et sur l’observance est connue, en revanche son influence sur les comportements sexuels et préventifs est encore mal évaluée.

- Peu de données existent sur le décalage, évoqué par des acteurs de terrain, entre dépistage et prise en charge. Toutefois dans une étude conduite en région parisienne [7], la médiane relevée entre le diagnostic et la prise en charge est de 15 jours, avec un effort local important à travers un réseau actif.

- Les associations travaillant en Ile-de-France avec les personnes migrantes pointent des difficultés dues à une annonce du diagnostic peu satisfaisante, sans que l’on puisse avoir de données véritablement documentées.

- Deux études publiées mettent en évidence qu’il n’y a pas de différence significative en matière d’efficacité des traitements entre les migrants et les non migrants, à niveau socio-économique équivalent :

- l’enquête INSERM [8] fait apparaître que, parmi les migrants pris en charge en milieu hospitalier spécialisé, la proportion de personnes traitées et la régularité du suivi sont égales à celles des patients français à état d’avancement égal de la maladie ;

- l’étude IPPOTHES [9], réalisée en 2001 sur "femmes et observances", conclut qu’il n’y a pas de corrélation entre l’observance et la nationalité ou le niveau d’études. En revanche, le cumul de plusieurs éléments de vulnérabilité (absence de travail et/ou de logement, antécédents psychiatriques, conduites addictives : alcool, toxicomanie) est un facteur de mauvaise observance au traitement.

Toutefois, cette question reste également à mieux documenter.

II. Les étrangers/migrants vivant en France : les objectifs prioritaires de santé publique

II.1. Réduire le retard au dépistage en améliorant son accessibilité.

- C’est pour la population masculine que le retard au dépistage est le plus important, les femmes bénéficiant du dépistage systématiquement proposé à l’occasion du suivi des grossesses.

II.2. Réduire la transmission du VIH au sein de cette population :

- développer des stratégies de prévention adaptées à la diversité des situations ;

- maintenir une bonne qualité d’accès à la prise en charge de la grossesse et au traitement préventif de la transmission mère/enfant ;

- développer la prévention auprès des patients séropositifs.

II.3. Assurer la qualité de la prise en charge médicale et l’adhésion aux traitements :

- adapter la prise en charge : lever les obstacles linguistiques (recours aux interprètes), lever les obstacles relatifs à la prise en charge sociale qui doit être articulée à la prise en charge médicale, tenir compte de certaines spécificités éventuelles de modes de vie ;

- lutter contre la stigmatisation dans l’environnement familial, culturel, social et professionnel.

II.4. Améliorer la qualité du suivi et les modalités d’évaluation du dispositif de façon à pouvoir l’adapter aux besoins des populations :

- la programmation doit favoriser le travail en réseau, notamment permettre la coordination entre acteurs soignants, sociaux et associatifs ;

- les modalités d’évaluation doivent être prévues en veillant à ne pas alourdir les tâches administratives pour les intervenants qui travaillent auprès des migrants.

III. Les stratégies

III.1 Les principes généraux

La population étrangère est très diverse notamment par les conditions d’émigration, l’ancienneté de l’immigration, le statut éducatif et social, les conditions d’installation (en famille ou en laissant les proches au pays), le projet migratoire, les liens avec le pays d’origine et l’intégration dans des groupes communautaires. Les programmes de santé publique et les pratiques professionnelles doivent donc tenir compte de cette diversité et se garder des stéréotypes qui peuvent conduire à des actions inadaptées, stigmatisantes et de ce fait inefficaces. Ils doivent permettre d’identifier une diversité de relais qui reflètent au mieux la pluralité culturelle et sociale.

III.2 Une stratégie à double niveau

Compte tenu de cette diversité de profils, une stratégie à double niveau doit être mise en oeuvre pour permettre aux personnes infectées par le VIH d’être dépistées, suivies et si nécessaire traitées. D’une part, l’ensemble des structures, et pas seulement celles qui sont spécifiquement dévolues à l’accueil des populations migrantes, doivent tenir compte de la présence de populations migrantes dans leur clientèle, leur proposer des conseils préventifs, des actes de dépistage, de soins et de prise en charge adaptés à leur situation ; d’autre part, des canaux et acteurs spécifiques doivent être mobilisés pour atteindre certains groupes et répondre à des besoins spécifiques.

III.2.1 Agir en direction des migrants en tant que composante de la société française

Les migrants vivant en France utilisent à part entière les services socio-sanitaires de droit commun. Toutes les opportunités doivent donc être saisies par les professionnels de ces services pour orienter les personnes migrantes vers la prévention, le dépistage ou le soin. Il convient donc de sensibiliser tous les services de droit commun, notamment dans le cadre des programmes régionaux d’accès à la prévention et aux soins (PRAPS), au fait que les migrants sont une part importante de leur public. Des informations, voire même des formations, sur certaines spécificités doivent être envisagées pour permettre une réelle prise en compte de la population migrante. Les thématiques VIH doivent être abordées en ciblant les problèmes spécifiques des hétérosexuels : faible conscience du risque VIH, manque d’expérience de la prévention, retard au dépistage…

- Les dispositifs sanitaires et sociaux.

Les contacts des migrants avec des dispositifs médicaux de droit commun doivent être utilisés comme une opportunité pour établir un lien avec la prévention du VIH et inciter au dépistage dans les conditions classiques d’information et de consentement : les services hospitaliers (notamment les PASS), les services de gynéco-obstétrique, les PMI, la médecine du travail, etc. Des structures médico-sociales (CPAM, centres sociaux…) peuvent être des relais des actions de prévention.

- Les associations de prévention VIH

L’attention des associations travaillant dans le domaine du VIH doit être attirée sur la nécessité de prendre en compte la forte présence d’une population étrangère parmi les publics qu’elles doivent toucher et donc d’adapter leurs dispositifs à cette priorité.

- Les médias, notamment télévisés

L’étude BVA [10] conduite en février 2002 fait apparaître que la consommation médias des migrants venus d’Afrique sub-saharienne est proche de la moyenne de la population, avec une fréquentation importante de la télévision (98,4 % des migrants interrogés) et des courbes d’audience superposables à celles observées dans l’ensemble de la population française : les grandes chaînes nationales hertziennes sont les plus regardées, avec une préférence marquée pour les journaux télévisés.

III.2.2 Agir en direction des migrants en tant que groupes spécifiques

Au cours des démarches d’immigration, les migrants sont conduits à fréquenter des services spécifiques (administratifs, sociaux ou sanitaires) qu’il convient d’identifier pour les utiliser comme des moyens supplémentaires permettant d’établir le contact avec la prévention du VIH et le dépistage précoce. Ces lieux sont particulièrement appropriés pour apporter une attention aux spécificités que pose la question du sida dans le contexte d’un parcours migratoire : les problèmes d’exclusion, d’isolement, de remise en cause du projet migratoire ; la prégnance des problèmes sociaux ; les attitudes spécifiques par rapport à la sexualité, au couple, aux rapports hommes/femmes ; les réseaux de vie et d’accès à l’information spécifiques.

Des dispositifs sanitaires et sociaux spécifiques.

Des organismes d’accueil pour les primo-arrivants dans un cadre légal existent (visites médicales OMI obligatoires…), des services sociaux d’aides aux émigrants proposent une aide pour les problèmes administratifs liés à la migration (SSAE…), des programmes sont soutenus par les Fonds d’Action et de Soutien pour l’Intégration et la Lutte contre les Discriminations (FASILD)… Ces dispositifs peuvent être utilisés pour introduire la prévention et l’incitation au dépistage. Cependant les contraintes qui pèsent sur les migrants au moment de ces démarches (situation d’urgence, attente d’un document administratif…) peuvent limiter la portée de l’action préventive dans ce cadre.

Des associations migrantes ou d’aide aux migrants.

Les mouvements associatifs à base communautaire, à finalité sociale ou humanitaire peuvent également être des relais intéressants pour la diffusion des messages de prévention contre le VIH et d’incitation au dépistage : associations des ressortissants de telle ou telle région, associations villageoises, associations culturelles, associations d’aide à l’accès aux droits, associations d’alphabétisation et de formation professionnelle, les foyers de travailleurs migrants, etc. ou encore associations intervenant sur un plan social et/ou culturel dans des quartiers à forte population migrante.

Des médias communautaires (radios et dans une moindre mesure presse).

Parallèlement à une utilisation de la télévision très proche de l’ensemble de la population, les migrants écoutent plutôt des programmes radios qui leurs sont essentiellement destinés. Ces radios, nationales ou locales, doivent donc être utilisées comme vecteurs de programmes d’information et de prévention. es populations à atteindre prioritairement seront bien entendu les populations représentant les parts les plus importantes parmi les cas de sida, à savoir les personnes d’Afrique sub-saharienne et de Haïti. Une vigilance particulière devra également être apportée aux populations asiatiques, d’Europe centrale et de l’Est, maghrébines, d’Amérique du Sud, soit parce qu’elles sont originaires de pays où l’épidémie est en expansion, soit parce que les flux migratoires de ces populations vers la France augmentent.

Notes

[1] Les données épidémiologiques ne prennent en compte que les nationalités : n’apparaissent donc pas les migrants de nationalité française. Mais la population étrangère représente la grande majorité de la population immigrée : selon le dernier recensement INSEE 1999, 3 263 186 étrangers vivent en France, soit 6,1 % de la population générale, pour 4 310 000 migrants.

[2] Surveillance du VIH/Sida en Europe, Euro HIV, 1er semestre 2003.

[3] BEH n°1/2003 : Les nouveaux consultants pour une infection par le VIH dans un hôpital du Nord des Hauts de Seine - Mortier and all, janvier 2003. et Parcours socio-médical des personnes originaires d’Afrique sub-saharienne atteintes par le VIH, prises en charge dans les hôpitaux d’Ile de France, Invs, 2002.

[4] Idem

[5] Ikambere : Rapport 2001 "Les femmes séropositives africaines et le désir de grossesse" / Rapport 2003 "Les femmes africaines et les traitements".

[6] URACA : "Communautés africaines et sida : mythes et réalités" / "Les communautés africaines face à l’actualité du sida en 1998" / "Hommes et femmes du Cap-Vert face au sida" / "Les bétés de Côte d’Ivoire entre tradition et modernité" / "Maladie et sida en pays Dendi". OMI/SIS : "Les freins au dépistage du VIH chez les populations primo-migrantes originaires du Maghreb et d’Afrique subsaharienne de l’Ouest", 2002 - "Connaissances et freins en matière de dépistage du VIH/sida chez les primo-migrants originaires d’Haïti et du Surinam (Bushinengue) vivant en Guyane", 2003 - "Les freins au dépistage du VIH chez les populations primo-migrantes originaires d’Europe de l’Est, du Sri Lanka (tamouls) et de Chine", 2003.

[7] BEH n°1/2003 : Les nouveaux consultants pour une infection par le VIH dans un hôpital du Nord des Hauts de Seine - Mortier and al., janvier 2003.

[8] Enquête sur la situation sociale des personnes vivant avec le VIH sida et les réponses apportées par le système de soins et les services sociaux, INSERM U 88 et U 379, F. Lert and al., décembre 2001.

[9] Femmes et observance des traitements dans l’infection à VIH. Enquête réalisée par le groupe français IPPOTHES sur un échantillon de 528 patientes, 2002.

[10] Deux études ont été conduites à la demande de la DGS et de l’INPES en février 2002 :
- une étude qualitative portant sur les modes et les sources d’information à privilégier vis à vis des migrants concernant le VIH-sida (SORGEM)
- une étude quantitative sur les habitudes média des personnes venant d’Afrique sub-saharienne (BVA)

Documents joints

Programme national de lutte contre le VIH/SIDA en direction des étrangers/migrants vivant en France (2004-2006) (PDF, 467 ko)

Forum de discussion: 1 Message