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Gilles Alfonsi | Médias et communication

Gilles Alfonsi, Combat face au sida, et l’histoire d’une petite censure

3 mai 2004 (Combat face au sida)

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C’est l’histoire d’une petite censure. Petite au sens de minable, du fait de la méthode et de sa justification.

En avril 2002, j’avais publié un article [1] dans une petite revue qui s’appelle Combat face au sida, qui demandait à connaître notre point de vue sur les présidentielles. Au mois d’octobre, j’avais revu Gilles Alfonsi, qui tente de faire vivre cette revue. Il m’a proposé de faire un article, j’ai répondu que je préférerais le faire sous forme d’entretien. Gilles s’est déclaré « content » de cette rencontre, et moi aussi.

Lors de l’entretien, Alfonsi a pris des notes, mais n’a rien enregistré. Il m’a envoyé sa transcription, faite de mémoire, préfacé par un chapo méprisant me collant une « réputation radicale et excessive ». Je ne me suis pas reconnu ni dans les propos, ni dans les termes utilisés, ni, évidemment, dans les idées exprimées. Certaines affirmations étaient aux antipodes de mes propres convictions. De surcroît, les questions posées étaient l’invention, à postériori, de son auteur. J’étais sidéré : Gilles Alfonsi avait une bien étrange technique de l’entretien. J’ai donc pris deux jours pour corriger l’entretien, en ajoutant des noms, des dates et des faits précis.

Coup de fil d’Alfonsi, qui me déclare son étonnement : mon propos ne ressemble plus à celui qu’il m’a fait tenir avec ses mots à lui… Il considère que j’aurai ajouté des choses que je n’ai pas dite, et refuse donc de publier l’interview. Il invoque d’autres motifs qui ne tiennent pas debout, me prêtant des propos diffamatoires. Enfin, il m’avoue qu’il n’a « pas envie de se mettre à dos toutes les associations [classiques] de lutte contre le sida »...

Sidéré, j’ai répondu à Alfonsi que, s’il avait le courage de le faire, la moindre des choses serait de m’adresser une réponse écrite concernant la censure de l’interview. Il n’a pas répondu à ce jour, c’est pourquoi je l’ai appelé ce matin pour lui demander quelques explications.

Si l’on vous interviewe, surtout si l’on commence en disant "réputé radical, étiqueté excessif", on a une petite idée de ce que vous pouvez dire. Soit on en a peur et on ne vous demande pas d’entretien, soit on n’a pas peur et alors on publie ce que l’on a sollicité.

En fin de compte, j’ai compris qu’il préférait l’interview dans laquelle il me faisait dire uniquement ce qu’il avait envie d’entendre. C’est-à-dire qu’il s’estime mieux apte à exprimer ma pensée que… je le suis moi-même (!).

Je me suis demandé s’il pouvait s’agir de naïveté ou d’ignorance. Mais Alfonsi s’occupe de sa revue depuis des années, et c’est un politique : il siège au conseil national du Parti communiste français. Alors que Combat face au sida avait, à ses débuts sous l’égide son fondateur Rémi Darne, courageusement publié un dossier d’enquête sur l’argent du Sidaction [2], Gilles Alfonsi m’avait avoué son regret pour cette prise de position, et semblait soulagé d’avoir, enfin, réussi à renouer avec la frange la plus réactionnaire de la lutte contre le sida. En effet, Combat face au sida avait enfin décroché des subventions d’ECS...

En fin de compte, je ne crois pas à ses explications, et je ne comprend pas pourquoi il a eu si peur. Pourtant dans l’interview je ne disais rien d’autre que ce que je dis depuis des années : le sida est une injustice pour ceux qui le vivent, la colère et la rèvolte face à l’injustice est légitime, encore faut-il arriver à se donner les moyens d’organiser collectivement cette colère.

- Survivreausida.net publie l’entretien censuré par Combat face au sida : Entretien avec Reda Sadki : bribes d’histoires des luttes immigrées pour survivre au sida.
- Lire également : Droit de réponse à Combat face au sida : des propos pas si « impubliables » que ça !

Notes

[1] Lire l’article, Des droits politiques des immigrés et de nos combats pour survivre au sida.

[2] Migrants contre le sida est la seule association qui dénonce la gestion des fonds privés récoltés par l’association Ensemble contre le sida, lire à ce sujet Questions à Ensemble contre le sida sur les Observations de la Cour des comptes sur les comptes d’emploi pour 1994 à 1996 du fonds SIDACTION.

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