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Financement de la lutte contre le sida

L’opération « Tous contre le sida » sur l’ensemble des chaines de télévision : la mobilisation des associations

8 avril 1994 (Le Monde)

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ARTICLE PARU DANS Le Monde DU 08.04.94

Cette opération de mobilisation exceptionnelle contre l’épidémie a eu lieu à l’initiative de l’association Ensemble contre le sida (ECS), créée pour la circonstance et rassemblant quatre associations de médecins et de chercheurs, ainsi que quatre associations de lutte contre le sida et d’aide aux malades (AACS, Aides, ARCAT-sida, Act-Up). Les promoteurs de l’opération (dont bénéficieront au total une quinzaine d’associations) espèrent recueillir plus de 100 millions de francs. Il est prévu que la moitié des dons soit attribuée à la recherche, par l’intermédiaire de la Fondation pour la recherche médicale, l’autre moitié aux associations par le biais de la Fondation de France.

Si les chaînes de télévision ont réussi à faire taire leurs divergences, deux associations de transfusés ont fait part de leur opposition à une manifestation dans laquelle elles estiment insuffisamment représentées les victimes du sang contaminé. Il s’agit notamment de deux associations de défense des transfusés et hémophiles qui entendaient ainsi protester contre le fait que l’émission n’a prévu aucun témoignage de victimes du sang contaminé. L’Association française des hémophiles, en revanche, avait annoncé sa présence, se déclarant " totalement solidaire des victimes quel que soit leur mode de contamination ".

Polémique avec les transfusés

Dans une lettre à ses adhérents, l’Association de défense des transfusés s’estime en revanche victime d’une mesure " d’exclusion ", aucune suite n’ayant été donnée par les chaînes organisatrices à ses " offres de témoignages " de transfusés contaminés. En conséquence, elle appelle ses membres à " faire connaître leur indignation " par les moyens qu’ils jugeront " les meilleurs ". De la même manière, l’Association des polytransfusés affirme ne pas avoir été conviée " pour participer réellement " aux réunions préparatoires à l’émission et avoir été " systématiquement écartée " de l’organisation Ensemble contre le sida. " Nous ne cautionnerons pas une journée qui a été mise en oeuvre de manière antidémocratique par des gens qui se veulent les champions de l’antitotalitarisme et les adversaires déclarés de toutes les formes d’exclusion ", indique son président Jean Peron-Garvanoff.

Du côté d’Ensemble contre le sida, on indique ne pas comprendre ces réactions. " Personne n’a jamais exclu personne. Ces associations se sont exclues d’elles-mêmes par susceptibilité ", déclare Christophe Girard, secrétaire général du mouvement. " Leurs responsables disent qu’ils ne sont pas demandeurs des fonds. Ils ne veulent pas d’argent, mais ils veulent contrôler son utilisation ", critique-t-il cependant. A l’issue de longues négociations, les membres d’Ensemble contre le sida sont parvenus à une formule de répartition qui réservera au moins 20 % des sommes recueillies à une attribution sur projets, ce qui permettra à de petites associations de bénéficier de l’opération. Les attentes des organisateurs portent sur quelque 120 millions de francs, " le tiers ou le quart du téléthon " (1).

Les animateurs d’Ensemble contre le sida comprennent d’autant moins la protestation des deux associations de transfusés que l’une de leurs demandes avait été satisfaite par les chaînes organisatrices, celle concernant l’éventuelle participation à l’émission de certains signataires de la pétition réclamant une grâce présidentielle pour les quatre condamnés de l’affaire du sang contaminé (le Monde du 20 janvier). Quatre médecins, le professeur Willy Rozenbaum (hôpital Rothschild, Paris), le docteur Jean-Baptiste Brunet (directeur du centre collaborateur européen de l’OMS sur le sida), le professeur Marc Girard (Institut Pasteur de Paris) et le professeur Michel Kazatchkine (hôpital Broussais, Paris), cosignataires de ce texte avec une centaine de médecins et de scientifiques, ont ainsi disparu des reportages et interventions prévus. " Au-delà de l’émission, un vrai problème est posé, indique Christophe Girard, également vice-président d’ARCAT-Sida. Ces signataires sont aussi nos interlocuteurs. On ne va pas pouvoir ne plus travailler avec eux. "

LESNES CORINE

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