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Entretien avec Reda Sadki : bribes d’histoires des luttes immigrées pour survivre au sida

22 septembre 2004 (papamamanbebe.net)

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Entretien [1] avec Reda Sadki, responsable de l’émission Survivre au sida, paru dans l’ouvrage La santé mondiale, entre racket et bien public [2].

Reda Sadki présente, depuis 1995, la seule émission de radio qui informe et donne la parole aux séropositifs de l’immigration et la banlieue, sans aucun soutien des pouvoirs publics, des laboratoires pharmaceutiques ou des associations classiques de lutte contre le sida [3]. Ce n’est pas pour autant pour prêcher dans le désert. Autour de l’émission, des familles se sont regroupées pour sortir de l’ombre : en mai et juin 2002, les familles organiseront deux rassemblements pour porter leurs revendications sur la place publique [4]. Et en juin 2003, elles créeront le premier Comité des familles pour survivre au sida [5].

Quelle est l’origine de votre volonté d’agir contre l’épidémie du sida parmi les personnes migrantes, en général, et d’origine maghrébine, notamment, en France ?

En 1995, je faisais de la radio sur plein de sujets, j’ai fait une émission sur « les Maghrébins de France face au sida » [6]. Il y avait des gens en lutte pour survivre au sida, je n’étais pas seul à constater qu’en dépit des milliers de contaminations en surnombre, d’une vague de la mort parmi les immigrés et leurs enfants, mais du côté des associations classiques issues du mouvement homosexuel et des pouvoirs publics, c’était un grand tabou. Déjà, je n’arrivais pas à comprendre ce déni, qu’il soit officiel ou associatif [7].

Les gens qui m’ont tout appris se comptent sur les doigts d’une main, c’étaient des anciens de l’immigration, des rescapés du sida écorchés vifs, insoumis jusqu’à la mort. Il y avait encore des réseaux informels d’entraide et de survie entre galériens [8], c’est grâce à ceux-ci que les gens tenaient le coup. La génération de cette première épidémie du sida, c’est la même que celle que le miterrandisme a voulu écraser en fabriquant SOS Racisme [9], pour anéantir l’espoir de la Marche pour l’égalité et contre le racisme, des mobilisations contre les crimes racistes et sécuritaires [10], de l’expression culturelle de la jeunesse ouvrière immigrée… J’ai compris que dans les quartiers il y a eu successivement l’arrivée de l’héroïne, dans une période de prohibition du matériel d’injection, puis celle du sida. Des milliers de personnes sont morts dans cette période, alors que leur contamination était parfaitement évitable [11].

À partir de votre constat, quelles actions avez-vous lancé ?

Au début, je pensais rapidement trouver des gens mobilisés, malades ou pas, que je pourrais rejoindre. En 1995, il n’y avait rien d’organisé, sauf quelques opportunistes des associations immigrées qui grattaient des subventions pour aller distribuer des capotes sur les marchés, et quelques électrons libres dans les associations classiques comme Djouher Ould Méziane à AIDES [12] ou Fernand Sanou à Sida Info Service [13] [14] qui quémandaient timidement le soutien de leurs structures — alors en pleine crise interne depuis l’arrivée des trithérapies — aux immigrés et aux précaires. Pour comprendre ce qui se passait à l’intérieur des associations classiques, pour rencontrer d’autres militants [15], pour rapprocher le travail de l’émission des préoccupations des gens concernés [16], cela a pris du temps.

À partir de 1998, nous avons commencé à formuler publiquement des interpellations en direction des pouvoirs publics et des autres acteurs de la lutte contre le sida, au moment du 12e Congrès mondial du sida [17]. J’ai organisé la première conférence de presse pour dénoncer le fait que le sida régressait deux fois moins vite chez les immigrés [18]. On a obtenu notre première dépêche de l’AFP [19]. Je me suis rendu compte qu’avec le tournant que prenait l’épidémie, le discours des négationnistes de l’épidémie chez les immigrés, de ceux qui disaient qu’il n’y avait pas besoin de prévention spécifique, deviendrait intenable. Quelques mois plus tard, en réponse à Emmanuel Ricard et Abdon Goudjo du CRIPS, qui s’interrogeaient sur une « épidémie cachée » parmi les migrants, on leur crachait : « cachée pour qui ? pas pour ceux qui la vivent ou qui l’ont vécue », et nous dénonçions une santé publique aveugle (sans outils pour « voir » l’épidémie chez les immigrés), sourde (aux constats de terrains du lourd tribut payé par les immigrés au sida) et muette (malgré l’existence de données, aucune publication sur le sujet !) [20]. C’est seulement en 2002, lors de l’évaluation par le Commissariat du Plan de la politique de lutte contre le sida 1994-2000, réalisée par Christian Rollet, que celui-ci concédera que la santé publique « est peut-être borgne » en ce qui concerne les « migrants » [21].

Dans la foulée, en 1999 nous avons obtenu de l’Institut national de veille sanitaire (ex-Réseau national de santé publique), la publication du premier Rapport sur situation du sida au sein de la population étrangère en France [22]. Nous avons demandé de discuter du contenu, de sa portée et de son utilisation avec Anne Laporte, responsable de l’étude [23]. Elle nous a rétorqué : « On ne fait pas les choses comme ça ! ».

Nous avons fini par occuper le RNSP pour obtenir au moins la date de publication du rapport, et nous avons rendu public notre démarche en disant : « Ces chiffres nous appartiennent » [24]. Et c’est Suzanne Guglielmi [25], à l’époque directrice de la Division sida au Ministère, qui convoque Anne Laporte pour s’asseoir à la table avec nous. Enfin, le déni prenait fin [26] : plus personne ne pouvait nier, comme l’avait fait notamment le CRIPS pendant des années [27], l’existence d’une épidémie aux contours spécifiques (marqués d’abord par une séroprévalence hors proportion) chez les immigrés et leurs enfants. Mais du fait d’Anne Laporte, on s’est retrouvé avec un rapport qui réduisait l’épidémie à une « pathologie d’importation » chez les Africains noirs et à un « problème de dialogue entre les générations » pour les Arabes [28]. Dans cette lutte, Sisyphe n’est pas un mythe [29] !

Comment expliquez-vous que votre action n’ait pas fait bouger les grandes associations ?

Ce n’était pas l’objectif. Je pense que moins de 5 % des séropositifs s’adressent aux associations, le plus souvent pour obtenir une aide individuelle qui n’existe pas dans le droit commun ou qui est plus facile à obtenir dans une assoc. Depuis plusieurs années, les associations classiques se battent d’abord pour leur survie financière. Et là-dessus, elles ont bien compris l’intérêt de l’immigration. En 1999, Christian Saout déclarait « Aides est vitale. La précarité et la vulnérabilité sociale s’expriment de plus en plus fortement… » (Libération, 25.10.1999) [30]. Dominique Gillot, alors secrétaire d’État à la santé, l’avait dit explicitement : les associations homosexuelles devaient « permettre le transfert des savoir-faire acquis contre l’épidémie vers d’autres domaines... soutenu par des crédits... contre l’exclusion et non plus seulement par des crédits SIDA » [31]. Message reçu 5 sur 5. Quand la santé d’une association dépend inversement de celle de son public, cela devient grotesque. L’idée que ce sont les malades qui font les associations a tout simplement disparu.

Une image romantique met en avant des malades du sida éclairés, surinformés, en mouvement, capables de contredire le pouvoir du médecin et de parler avec lui d’égal à égal… [32] Très bien, mais la question c’est : dans quelle mesure tout cela repose sur le statut social de ce malade : scolarité heureuse, compte en banque fourni, bel appart, médecin bienveillant et attentif qui donne son numéro de portable… S’imaginer qu’on peut refaire ça quand la majorité des gens malades sont pauvres, chômeurs ou occupent des boulots d’immigrés, se soignent en banlieue, c’est illusoire [33]. Ce n’est pas qu’il n’y a pas des médecins solidaires [34], ni que nous ne sommes pas capables de prendre nos médicaments [35] ou encore d’apprendre la liste des 16 médicaments antirétroviraux [36], même dans la galère. Non, ce qu’il faut retenir, c’est que notre mobilisation à nous – et donc la mobilisation de tous — ne peut pas être réservée à une élite, quelle qu’elle soit [37].

Mais alors, les grands acquis, par exemple la dépénalisation de la possession de seringues en 1987 par Michèle Barzach [38] ou la reconnaissance de la réduction des risques après les États Généraux Drogues et Sida de 1994, sous un gouvernement de droite, le devons-nous aussi au statut social des acteurs du sida, généralement issus des classes moyennes et supérieures [39] ? Je ne le pense pas, il ne faut pas confondre la vitrine avec la force réelle d’un mouvement, celui dont les usagers de drogue ont été le moteur.

Les contradictions entre les gens qui font un mouvement, c’est le genre de question souvent éludée par certains interlocuteurs qui, eux aussi, revendiquent leur radicalité face au sida [40], et qui voudraient qu’on oublie les classes sociales pour devenir tous des « minoritaires », chacun portant son oppression spécifique d’homo, d’immigré, etc. C’est naïf, ridicule et dangereux. Ceux qui prônent ce schéma sont convaincus d’avoir tout inventé et tout compris, d’être l’avant-garde de la lutte contre le sida, alors qu’en fait ils ont simplement emprunté « la politique à la première personne » au mouvement féministe et l’action directe aux mouvements sociaux menés, eux, par et pour les gens pauvres.

Nous, nous sommes issus de l’immigration pauvre. Le séropositif que nous connaissons, français ou immigré, a moins de 3 500 francs par mois pour vivre. L’épidémie parmi les homos Blancs des classes moyennes n’a pas précédé la nôtre. Il n’y a pas eu de préséance. Il y a eu simultanéité.

Quelle perception les spécialistes avaient-ils alors de l’épidémie parmi les personnes d’origine migrantes ?

Des chiffres précis, notamment sur la proportion des déclarations de cas de sida recensant une « origine africaine » [41], avaient été précédemment communiqués par l’Institut national de veille sanitaire (ex-Réseau national de santé publique) au ministère de la Santé et qu’ils étaient connus dans les DDASS et dans les institutions dès le milieu des années quatre-vingt. Dans l’étude de Florence Lot présentée lors de la vingt-sixième réunion du CRIPS, 14 % des malades déclarés étaient de nationalité étrangère [42]. La conclusion de Lot à l’époque : « Il est frappant de constater à quel point l’accès au dépistage est tardif, et la prise en charge aléatoire. » On pouvait donc raisonnablement s’inquiéter de la situation. Nous avons rencontré Florence Lot : face à de tels chiffres, améliorer la surveillance du sida parmi les migrants devenait-elle une priorité ? La réponse a été négative [43]. D’ailleurs, le CRIPS et le Réseau national de santé publique (RNSP) ne tiendront pas l’engagement pris lors de la réunion, qui était de publier l’étude de Florence Lot dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) [44]. Ce n’était pas assez de noirs et d’Arabes malades ou morts du sida pour compter sur le plan des priorités épidémiologiques, voir de santé publique.

À partir de 1999 – 2000, nous avons essayé de faire notre propre comptabilité de l’épidémie. Par exemple, Mimouna Hadjam de l’association AFRICA raconte qu’à la cité des 4 000 à la Courneuve, une trentaine de jeunes sont disparus dans l’épidémie [45]. C’est dans une seule cité. Ensuite il y a les chiffres départementaux, régionaux et nationaux que nous avons recollés. Nous avons estimé que 15 000 des 35 000 personnes décédées du sida en France depuis le début étaient des immigrés ou des enfants d’immigrés. Ce chiffre-là, effarant, nous l’avons construit sur la base des constats de terrain. On a appris à faire confiance à ces constats, en l’absence d’une santé publique capable de répondre à nos questions.

Mais ce n’est qu’aujourd’hui que les « migrants » figurent dans les programmes de santé publique. Il a fallu qu’on représente 40 % des malades du sida pour qu’il y ait un début de prévention [46]. D’un point de vue de santé publique, c’est de la mauvaise science, et bien sûr politiquement c’est à la fois une injustice et un crime. D’autant plus que la santé publique officielle aujourd’hui [47] ne parle que de la partie émergée de l’iceberg, en ciblant les Africains « sub-sahariens » et en délirant sur l’immigration « thérapeutique » alors que la majorité des gens ont été contaminés ici, et que presque tous les gens qui tentent de venir se soigner en France crèvent à des milliers de kilomètres des frontières [48].

N’y a t-il pas eu des actions en direction de groupes ciblés ?

En 1990, le CRIPS déclarait : « aucune donnée épidémiologique ne permet aujourd’hui de mesurer l’importance du risque SIDA dans cette population et de la désigner comme particulièrement atteinte » [49], tout en organisant… des réunions spécifiques sur le thème. C’était faux, et ils le savaient. Ensuite, avec un programme monté par Kemal Cherabi à Arcat Sida, avec les sous de la DGS et une nébuleuse d’association humanitaires ou religieuses [50], les immigrés sont devenus des « minorités ayant des spécificités culturelles ou religieuses » dans le catalogue du Ministère [51]. Des associations ont décroché des subventions, mais pour faire de la prévention, en prenant les malades comme un fléau, un problème social. Derrière un intégrationnisme de façade, les spécialistes se sont montrés incapables de réfléchir en d’autres termes que ceux des « spécificités » de toutes sortes [52] … Pendant ce temps, on a vu la part des étrangers parmi les malades monter en flèche dans les statistiques [53].

On pourrait me répondre que tout cela appartient au passé, vu qu’aujourd’hui même Chirac s’inquiète de la proportion du sida chez les femmes africaines noires [54]. Depuis au moins cinq ans, des Africains noirs arrivent en surnombre dans les services sida. Aujourd’hui, qu’est-ce qu’on a pour répondre à ça ? Beaucoup de médecins désemparés, une ou deux pubs à la télé, et quelques représentants « officiels » à la peau noire ou basanée mais qui – quel que soit leur statut sérologique – n’ont aucune légitimité politique car ils doivent leur place aux médecins et aux institutions, pas aux gens concernés. Je les appelle les « harkis du sida ». Ils n’ont aucune base parmi les séropos eux-mêmes, qu’ils ne connaissent que comme usagers de leurs assocs ou récipient éventuel d’une action de soutien ou de prévention, une statistique dans leur rapport d’activité ou demande de subvention. Alors que les Africains qui arrivent à l’hôpital avec le sida, c’est la partie émergée d’une épidémie dont la réalité sociale leur échappe presque totalement.

À partir d’une telle analyse, que faire ?

Il y a une histoire collective, inconnue, passée sous silence. Il faudrait commencer par reconnaître ce qui s’est passé au-delà des chiffres : la douleur, la souffrance de nos familles tient à l’injustice de cette maladie, mais c’est aussi la racine de notre résistance face à celle-ci. Il n’y a pas de vision d’ensemble de l’épidémie et de la lutte contre elle en France sans traiter de la question du lourd tribut payé par les immigrés, les étrangers d’origine à l’épidémie.

Aujourd’hui, certains sont prêts à reconnaître ces réalités, mais pour en parler au passé. Or, il s’agit d’un enjeu du présent, totalement actuel. Il existe une deuxième épidémie du sida parmi les Maghrébins de France, qui cible précisément des gens qui ne se considèrent pas comme étant « à risque ».

Il y a les hommes qui ont des pratiques sexuelles avec d’autres hommes mais qui ne s’identifient pas comme pédés. Je suis convaincu que la séroprévalence chez les homos maghrébins est plusieurs fois supérieure à celle chez les homos blancs. Les « beurs » et les jeunes « blédards » sans papiers sont-ils une cible privilégiée des pédés blancs friqués qui paient pour baiser sans capote alors qu’ils sont surinformés sur tout ce que veut dire leur propre séropositivité ? À New York, 30 % des homos noirs sont séropositifs, moins de 3 % chez les homos blancs [55]. Dans la logique actuelle, on parle des homos d’un côté, des immigrés de l’autre. C’est un non-sens en prévention, qui découle de la rigidité des catégories épidémiologiques. Mais il découle aussi du tabou qui interdit de parler des inégalités de pouvoir entre homosexuels. En fait, c’est un peu comme les messages de prévention aux femmes hétéros qui ne disent rien du pouvoir des hommes sur les femmes, dans la relation sexuelle. C’est le mec qui décide s’il va mettre la capote, même si la femme a des moyens de subversion. Dire aux femmes de se protéger, cela n’a un sens que si on fait quelque chose pour leur en donner les moyens…

Quand on nous dit maintenant qu’il y a beaucoup moins de contaminations par les seringues, c’est indéniable : ce sont les « toxicos » qui ont le plus durablement appris les comportements de prévention. Il faudrait reconnaître ça, aussi. Les anciens de l’épidémie pourraient apporter beaucoup, notamment aux jeunes séropos.

Aujourd’hui à l’émission, on arrive à parler ouvertement avec des couples, avec des jeunes hommes et femmes, des difficultés au quotidien de la prévention quand on est séropositif. Faut-il déclarer sa séropositivité à son partenaire ? Le séropo est-il plus responsable de la prévention que son partenaire séronégatif ? Que faire face à un mari qui insiste pour retirer la capote ? Mais les moyens qu’on a, nous au Comité, pour donner forme à ce débat sont dérisoires. Si on ne fait rien, on se retrouvera avec une loi qui criminalise la transmission du virus. Comme s’il n’y avait pas déjà assez fait pour terroriser les séropositifs.

Bref, on est témoin de plein de choses, les gens se confient à nous, en parlent à l’émission et ensuite hors antenne. On voit des pistes de travail à creuser, mais le problème c’est que l’écrasement social et économique, c’est pas juste des mots. Au Comité, on a du mal juste pour réunir le Conseil des familles, pour garder le contact entre les familles. Les gens les plus compétents parmi nous, qui maîtrisent les traitements, qui sont capables d’écrire des articles en même temps que d’être sur le terrain par exemple, sont eux-mêmes bouffés par les problèmes de papiers, de fric, de logement. Le problème, c’est les moyens.

Vos questionnements sont beaucoup plus larges que le problème du sida dans la communautémaghrébine…

L’épidémieentantqu’injustice,celacommenceavec Christophe Colomb [56], le sida cela fait 24 ans qu’on le connaît. Alors pourquoi est-ce si difficile pour la santé publique française de mesurer que le sida n’est pas une maladie figée mais une épidémie qui bouge. Concrètement, lorsque le virus est « entré » dans une population, il n’en sort pas tout seul. Pourquoi n’anticipe-t-on pas les événements ? Comment peut-on sérieusement penser que l’épidémie est finie dans une population dont une large part est actuellement dans le marasme économique et social ? Quand on parle des pauvres du village de Cange dans les hauts plateaux d’Haïti [57], tout le monde est d’accord sur le lien entre la misère et la maladie, mais quand c’est de la banlieue pauvre de Paris [58], c’est moins facile de faire des beaux discours [59].

Pour les Maghrébins, il y a toujours eu un blocage. On essaye de faire comme si les Arabes malades du sida, ça n’existait pas, alors que la France est le seul pays au monde où une minorité arabe a été frappé de plein fouet par le sida. Pourquoi ? Parce qu’avec nous on ne peut pas renvoyer facilement à une « pathologie d’importation », l’injustice vécue est bien française. On prétend alors qu’il ne faut pas distinguer les Arabes des autres Français, car ceserait les stigmatiser. L’excuse du risque de stigmatisation nous a constamment été opposée, ce faux débat ne devrait plus être d’actualité [60]. Mais des gens sont morts, et vont mourir, parce que, soi-disant, on ne veut pas les stigmatiser. Ils n’accéderont pas à la prévention, aux soins et resteront seuls sauf si nous apprenons à nous organiser. Et si on s’organise, ce sera forcément en puisant dans les racines de notre histoire politique, c’est-à-dire des combats de progrès social mené par les immigrés [61].

Quelles sont selon vous les causes profondes du déni ?

Est-ce que les Arabes sont respectés dans la société française ? Le racisme n’existe-t-il pas ? La colonisation, l’émigration forcée vers la métropole, ce sont des violences qui restent des plaies béantes dans la société française. Pourquoi les Algériens se retrouvent tout en bas de l’échelle sociale en France, et sont les plus touchés par le sida des trois pays du Maghreb, ici dans l’immigration comme dans les pays d’origine ? Avec le sida, les délires sur la culture des « migrants » ont servi de cache-sexe pour ces questions, d’où l’échec annoncé des quelques programmes de prévention actuelle.

Le 30 novembre 2001, quand le secrétaire d’État à la Santé, Bernard Kouchner, parle du sida chez les migrants, il choisit d’évoquer le rejet des séropositifs dans leur communauté [62]. Au lieu de parler des problèmes de précarité, de la relégation sociale, de la façon d’aller vers cette population et des responsabilités des pouvoirs publics, il stigmatise ainsi toute une population. Alors, question : est-ce que les gens, leur communauté d’origine sont comptables de leur contamination et donc de leur propre sort ? Si le Ministre avait osé dire la même chose des homosexuels blancs, il y aurait eu une réaction [63].

La santé des immigrés n’a jamais été une question pour les pouvoirs publics, en dépit de tous les discours sur les droits de l’homme. L’enfant d’immigré qui prend une balle d’un policier, qui se suicide en prison, qui meurt du sida… cela n’a jamais vraiment compté dans la société française [64]. Nous vivons dans le même monde, mais ce monde a été coupé en deux, avec un cloisonnement de plus en plus absolu, fondé sur l’injustice. Dans les villes, il y a le centre et la périphérie, d’un côté les riches, de l’autre côté les pauvres.

Certains parlent de « vivre avec » le sida ? C’est le slogan de gens qui ont des moyens. Il y a des malades qui n’ont aucun moyen de vivre avec le sida, et qui en l’absence de mobilisation collective meurent aujourd’hui dans le silence, le déni et l’indifférence. Pour nous, l’enjeu aujourd’hui est celui-ci : notre destin est-il d’être constamment relégué, mort vivant, faut-il accepter notre sort ? Une lutte contre le sida qui ne prendrait pas la pauvreté comme donnée de base, comme point de départ, ne serait pas une lutte de progrès social mais bien un exercice en auto-agrandissement, une fétichisation d’une catégorie sociale des malades du sida...

Comment percevez-vous le combat tel qu’il est mené, au Nord et au Sud, pour l’accès aux traitements ?

Au sein du Comité, nous sommes de plus en plus nombreux à soutenir des proches – parfois son mari ou sa femme, un enfant, ou quelqu’un de la famille – qui vont mourir du sida si rien change. L’espérance de vie sur le continent africain, c’est dix mois une fois la maladie déclarée.

C’est bien de dénoncer l’OMC, de réciter les accords de Doha par cœur, ou d’aller à Cancún pour dénoncer les conséquences mortifères des brevets. Pourquoi pas, si on a le temps et les moyens. Mais quelle est la pertinence de ces interventions par rapport à la vie quotidienne de nos frères et nos sœurs malades qui vivent dans les pays d’origine ? Moi, je ne la vois plus, alors que je vis l’impact de la "mondialisation" sur la santé tous les jours.

Les gens qui se battent dans les stratosphères de l’OMC, de l’ONU, etc. se sont coupés de la réalité. Même les acquis, comme l’OMS qui déclare une urgence mondiale et s’agite pour proclamer l’objectif de 3 millions de malades sous traitement, risquent de partir en fumée si tout ce beau monde ne s’intéresse pas à ce que nous, les premiers concernés, nous vivons. 2004 sera une année charnière – la dernière belle proclamation de l’OMS, c’était « La Santé pour tous en l’an 2000 »

Comment se fait-il que la mouvance pour l’accès au traitement ait produit un tel feu de paille de déclarations d’intentions, d’engagements sans lendemain ? Quand nous, on parle de ce qu’on vit quand on a quelqu’un de proche qui est à Alger ou à Abidjan, qui est en train de mourir, ces « militants de l’accès aux traitements » nous répondent que c’est dommage pour eux, mais qu’envoyer des médicaments ou se démerder pour le faire venir en France, ce n’est pas un vrai combat politique, qu’il faut attendre l’arrivée des médicaments génériques… On oppose l’urgence et la remise en question des brevets, un peu comme on opposait il y a encore peu de temps le traitement à la prévention. Au Comité, si on réclame l’accès aux traitements, on sait que sans les moyens matériels pour survivre, les traitements ne seront pas suffisants. Revendiquer l’accès aux traitements, c’est une demi-revendication. L’accès aux traitements, c’est d’abord une revendication de justice sociale, et ça, les associations du Nord comme AIDES ou Act Up savent peut-être le dire mais sont bien loin d’en comprendre le sens. Il faudrait que ces gens-là s’intéressent un peu à ce que nous vivons, nous qui sommes en plein dedans. Le paradoxe, c’est que je peux comprendre pourquoi pour le gars qui fait son association à Casablanca ou à Dakar joue le jeu avec les coopérants ou colons des associations du Nord, c’est tactique et il n’y a peut-être pas d’autre choix, mais nous en tant qu’immigrés on sait qu’on ne peut compter que sur nous-mêmes.

J’ai fait un entretien en avril 2000 avec Bernard Pécoul de MSF [65]. Il m’a dit qu’à ma place, lui aussi ferait venir la personne en France. Ensuite, il s’est rattrapé, pour ajouter que ce n’est pas une solution politique. Alors, faut-il revendiquer le droit à l’immigration et à l’installation des gens malades ? Lutter pour l’accès aux traitements, cela veut-il dire : on veut bien que les Arabes et les noirs aient des médicaments essentiels, mais qu’ils restent chez eux pour les gober ?

L’histoire d’une famille marocaine installée en France m’a marqué [66]. Un des enfants avait été expulsé en 1989. Il ne savait pas qu’il avait été contaminé en France en partageant sa seringue. En 2001, il est mourant, il est seul dans un petit village au Maroc. Son frère le ramène en France par une filière parallèle. Arrivé à Paris avec 5 CD4, il a été soigné et il est aujourd’hui en bonne santé. Je vous pose la question : quelle est la valeur de ce qu’ils ont vécu, lui, son frère, mais aussi le reste de la famille qui s’est organisée ? Est-ce que ça compte pour quelque chose, la vie d’un ancien expulsé, enfant de l’immigration, un Arabe qu’on voulait mort, mais il est encore là ? Que vaut la vie, ici et là-bas [67] ?

Parlez-nous du Comité des familles pour survivre au sida.

Personne ne choisit d’être séropositif. Les séropositifs ne sont pas des militants parce qu’ils portent le virus. Il y a une réflexion, une prise de conscience qui se fait à partir de l’expérience personnelle. Mais pour une personne qui prend conscience de l’injustice de sa séropositivité, si tout ce qui est proposé au niveau collectif c’est de devenir médiateur de santé pour une DASS ou de faire le supplétif dans une association comme AIDES ou Act Up, alors autant crever tout de suite. Comme on n’est pas prêt à crever, il faudrait bien qu’on arrive à s’auto-organiser, à se structurer, à donner une forme collective aux révoltes individuelles des séropositifs qui ont rien. Cette révolte constitue la véritable radicalité de la lutte pour survivre au sida, cela a toujours été ainsi, mais si elle ne débouche pas sur des combats collectifs elle ne veut rien dire. C’est pour cela que nous avons créé le Comité des familles pour survivre au sida, le 14 juin 2003.

Le Comité est multicommunautaire : il y a des gens de partout, le seul dénominateur commun, c’est la volonté de lutter pour survivre au sida, pour vivre et se soigner dans la dignité. Il est vrai que la plupart des familles sont de l’immigration maghrébine. L’histoire n’est pas la même, ce n’est qu’aujourd’hui avec les conséquences de l’explosion de l’épidémie dans le Maghreb que nous rejoignons nos frères et sœurs du reste du continent. Nous avons beaucoup à apprendre du reste de l’Afrique. L’objectif du Comité est la mobilisation des familles concernées pour les gens malades, ici ou dans nos pays d’origine.

Le virus n’est pas fédérateur en soi. Au sein du Comité, certains rêvent de faire un AIDES ou un Act Up en version immigrée, ou de devenir porte-parole des immigrés malades dans les instances officielles. Ce n’est pas mon rêve. Le Comité n’est pas là pour parler à la place des gens. L’objectif à moyen terme, c’est d’arriver à organiser une véritable assemblée générale des familles confrontées au sida, pour permettre à tous de s’exprimer et pour décider d’objectifs et de revendications communes. Aujourd’hui, on est pris de vitesse par les attaques successives contre l’Aide médicale d’État, le droit au séjour, au logement, bref la répression, mais on en a vu d’autres. C’est la tempête.

Pour moi, l’enjeu, c’est simplement de participer en tant que malades ou proches aux combats pour l’égalité des droits et contre le racisme. L’émission s’est toujours battue pour l’égalité des droits face à la maladie, et ça, c’est quelque chose qui concerne tout le monde, Français comme Immigré, malade et non malade.

Notes

[1] Une première version de cet entretien a été sollicitée, puis ensuite censurée, par Gilles Alfonsi, rédacteur-en-chef d’une revue associative, Combat face au sida, subventionnée par le Conseil régional de Seine St-Denis et Ensemble contre le sida. Lire Gilles Alfonsi, Combat face au sida, et l’histoire d’une petite censure.

[2] Lire Vient de paraître : La santé mondiale, entre racket et bien public et À lire de toute urgence : La santé mondiale entre racket et bien public, ou écouter l’émission de radio consacrée à la conférence de presse de présentation du livre La santé mondiale, entre racket et bien public, Émission du 22-23 mars 2005 (n° 225).

[3] Pour en savoir plus sur l’émission de radio, lire La voix des oubliés du sida (360° Magazine).

[4] Lire l’Appel du Rassemblement des familles, L’union fait la force : appel au premier rassemblement des familles maghrébines et africaines solidaires pour survivre au sida. Pour en savoir plus sur le Comité, Comité des familles pour survivre au sida : qui sommes-nous ?.

[5] À l’occasion d’un grand diwane festif, lire Soirée concert diwane du 14 juin 2003 pour les familles confrontées au VIH avec Amar Sundy et Nacer-Eddine Chaouli et l’article du Parisien sur la création du Comité, La Courneuve-Cité des 4000 : une association naît contre les tabous du sida.

[6] Voir le texte du tract annoncant l’émission, Les Maghrébins de France face au sida.

[7] Lire France. Quelle mobilisation des communautés immigrées face au sida ?, dans le premier numéro du bulletin d’information Migrants contre le sida.

[8] Lire l’article publié simultanément dans les revues Hommes et Migrations et Combat face au sida, Des droits politiques des immigrés et de nos combats pour survivre au sida.

[9] Pour un rappel des faits, lire la dépêche : SOS-Racisme et UNEF-ID, deux associations proches des socialistes.

[10] Voir la rubrique Crimes racistes et sécuritaires sur notre site.

[11] L’injustice de la maladie reste gravée dans la mémoire des familles qui l’ont affronté, écouter à titre d’exemple l’Hommage à la mémoire de Saber, décédé le 1er février 2002 : Émission du 26 novembre 2002 (n° 166).

[12] Djouher avait écrit un article en tant que membre de l’URMED, un collectif interassociatif dont l’objectif était une loi pour protéger les malades de l’expulsion, lire France. URMED is organizing to make it illegal to deport people who are gravely ill.

[13] Suite au départ en congé maternité d’Aïcha Le Strat, Sanou s’était retrouvé chargé d’une étude sur la faisabilité d’une ligne téléphonique proposant d’autres langues que le français, lire Entretien avec Fernand Sanou, chargé d’une étude de faisabilité sur la mise en place d’une ligne migrants.

[14] Entre 1997 et 2000, Migrants contre le sida fera pression sur Yves Ferrarini, directeur de Sida Info Service, et finira par obliger cette association à ouvrir une permanence téléphonique en langues étrangères, à embaucher dix écoutants multilingues et publier un guide sur les droits des immigrés face au sida, lire notre dossier Dossier : Sida Info Service doit répondre à toutes les populations sur le front du SIDA. Après la mise en place du service, AIDES a fait pression pour obliger SIS à rompre la collaboration avec Migrants contre le sida. De plus, SIS aura embauché des gens inconnus des militants des luttes pour survivre au sida, et ignorants des enjeux politiques internes et externes à l’association...

[15] Des militants comme Sélim Hadjab, infirmier et syndicaliste de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, qui avait organisé l’occupation de la direction du plus grand hôpital d’Europe pour revendiquer l’accès aux soins de tous et la convergence des luttes entre chômeurs, sans papiers, et syndicats hospitaliers, écouter l’interview de Sélim dans l’émission du 21 février 1998.

[16] Un texte publié en janvier 2001 fait le point sur le travail de l’émission, alors en pleine ébullition, lire Migrants contre le sida : une émission de radio en pleine ébullition.

[17] Migrants contre le sida a organisé sa première conférence presse dont le compte rendu a fait l’objet d’un des premiers dossiers publiés sur notre site Internet : Migrants contre le sida : conférence de presse du 12 juin 1998. Mary Haour-Knipe, une sociologue proche du réseau Aids & Mobility, avait fini par m’inviter à intervenir dans le cadre du programme officiel de la conférence sur les droits des migrants, sous pression de Bernard Hirschel, président de la Conférence.

[18] Voir, dans le dossier de presse de la conférence, Baisse de la mortalité, mais pour qui ?.

[19] Dépêche du 19 juin 1998, AFP : Le SIDA régresse deux fois moins vite parmi les immigrés.

[20] Lire le tract diffusé le soir de la rencontre du CRIPS, En finir avec la hantise de la stigmatisation.

[21] Entretien avec Christian Rollet : le Rapport du Commissariat du plan sur la politique sida 1994-2000.

[22] Une fois de plus, c’est Migrants contre le sida qui a rendu public ce rapport, à l’occasion d’une conférence de presse, dont le dossier était titré Dossier : Urgence Malades Etrangers en Danger.

[23] Rapport de l’iVS : Analyse et limites de l’épidémiologie officielle.

[24] Lire le tract de cette occupation, Ces chiffres nous appartiennent : l’Institut de veille sanitaire refuse de rencontrer les associations de malades immigrés.

[25] Suzanne Guglielmi viendra à l’émission pour raconter son parcours de médecin inspecteur de santé publique, écouter l’Emission du 30 novembre 1999 (n° 45).

[26] Les étrangers vivant en France sont davantage touchés par le sida.

[27] À l’occasion d’une nouvelle rencontre du CRIPS en novembre 2001, j’étais cette fois-ci invité à intervenir depuis la tribune. Cela fut l’occasion de rappeler la position du CRIPS sur la question des immigrés face au sida, lire Le CRIPS et les malades immigrés : de la tergiversation à la déclaration de l’état d’urgence (1990-1998).

[28] À l’occasion de la conférence de presse, nous nous sommes retrouvés à rendre public un rapport dont nous dénoncions malgré tout le contenu, lire Rapport de l’iVS : Analyse et limites de l’épidémiologie officielle.

[29] Le mythe de Sisyphe avait servi de titre à un article du premier numéro du Bulletin d’information Migrants contre le sida, lire France. Quelle mobilisation des communautés immigrées face au sida ?.

[30] Saout avait réagit à la publication de notre entretien, titré Christian Saout, président de AIDES Fédération : « Si AIDES n’est pas présent en banlieue, ce n’est pas grave... », en écrivant à tous les comités locaux d’AIDES à propos de Migrants contre le sida, sans pour autant remettre en cause l’exactitude des déclarations rapportées.

[31] Déclaration de Dominique Gillot aux 12e Assises de l’association AIDES, Changement dans l’aide gouvernementale aux associations d’homosexuels.

[32] Lire, pour une caricature parfaite, l’hagiographie de Didier Lestrade, Act Up, Une Histoire. Lestrade avait refusé notre invitation pour venir présenter son livre aux familles immigrées qui écoutent l’émission Survivre au sida, contrairement à Christophe Martet, autre président d’Act Up (L’invité surprise : Christophe Martet, ancien président d’Act Up Paris). L’objet de l’invitation de Lestrade était la confrontation. Par contre, l’intervention de Martet au Sidaction, pour dénoncer notamment les expulsions de malades étrangers, avaient marqués la mémoire des auditeurs de l’émission, dont quelques mamans que je connaissais personnellement et qui, depuis, envoient un don à l’association Ensemble contre le sida...

[33] Je souligne une fois de plus l’incapacité de la recherche à appréhender ces questions pourtant centrales à la lutte pour survivre au sida. Lire la déclaration de Migrants contre le sida, Communiqué : ANRS, la gestion de la misère en question.

[34] Un des objectifs du Comité des familles pour survivre au sida est justement de tisser des liens avec les soignants du VIH, voir Des médecins solidaires des familles immigrées confrontées au VIH et Remerciements aux soignants qui soutiennent le 1er Diwane des familles confrontées au VIH.

[35] Lire et écouter notre dossier sur l’observance, en particulier le contribution de Youssef, vice-président du Comité des familles pour survivre au sida, La chronique de Youssef : l’observance thérapeutique, la discussion avec Pierre DeTruchis autour de l’étude IPPOTHES, ou notre débat sur Trizivir.

[36] Il ne s’agit pas seulement d’exercice de mémoire, mais de l’application pratique de l’information thérapeutique aux besoins de notre public, lire par exemple Chronique de Youssef : Ramadan et ARV (médicaments contre le virus du sida).

[37] 45ème Rencontre du CRIPS : intervention de Migrants contre le sida.

[38] Paradoxalement, l’émission accorde relativement peu de place à la question des drogues, en dehors des interventions ponctuelles de Safia Soltani (lire article 28833) ou Gérard Leblond-Valiergue (écouter Actualité des usagers de drogue (avec Gérard Leblond-Valiergue)) en 2000-2001. Il y a un gouffre entre le discours de la réduction des risques, sa version « radicale » sur le plaisir des drogues, et le vécu des usagers de drogue issus de l’immigration, du fait de l’intériorisation de la prohibition (la drogues, c’est mal) par les concernés.

[39] Pour un exemple d’une intervention d’en haut, lire la tribune d’Alain Molla, avocat et dirigeant de AIDES, dans Libération, Drogue : légaliser la réduction des risques.

[40] Pour une caricature adéquate, lire le portrait Virus militant : Emmanuelle Cosse, 25 ans, nouvelle présidente d’Act Up..

[41] Nul besoin ici de revenir sur le racisme implicite dans cette sous-catégorie du mode de transmission hétérosexuelle, déjà largement analysée et commentée ailleurs.

[42] Au 30 septembre 1996, parmi l’ensemble des cas de Sida déclarés en France chez des sujets domiciliés en France, environ 6000 ont été diagnostiqués chez des sujets de nationalité étrangère, ce qui représente à peu près 14% du total des cas de Sida déclarés. Lettre d’information du CRIPS, n° 37, décembre 1996.

[43] Dans l’entretien, Florence Lot nous déclarait : « Oui, je trouve que c’est important, c’est intéressant. De toute façon, la DGS connaît ces chiffres, je pense que ça suffit pour démarrer des actions au niveau national », sans toutefois considérer une priorité de la tâche d’« approfondir ces chiffres, pour mieux comprendre ce qui se passe avec le SIDA au sein de la population étrangère », lire Interview du Dr Florence Lot : ne pas stigmatiser, prétexte à l’immobilisme et écouter Entretien avec Florence Lot : le sida au sein de la population étrangère. Il faudra attendre jusqu’à la campagne sida de l’été 2002 pour voir pour voir deux femmes noires dans une publicité sur le préservatif...

[44] En fait, c’est Migrants contre le sida qui rendra publics les données de Florence Lot, lors de la conférence de presse du 19 juin 1998, Migrants contre le sida : conférence de presse du 12 juin 1998.

[45] Au fil des ans, une collaboration naîtra entre Migrants contre le sida et l’association AFRICA. Son président, Aïssa Zekkour, sera notre invité poue le Kiosque associatif : l’association AFRICA de la Courneuve se présente, suite au premier Diwane des familles confrontées au VIH, une grande fête au local d’AFRICA le 14 juin 2003, organisée par les fondateurs du Comité des familles pour survivre au sida.

[46] Campagne nationale de prévention : le CFES découvre les immigrés.

[47] L’Institut de veille sanitaire récidive : une dose de mépris et du déni en prime.

[48] L’union fait la force : appel au deuxième rassemblement des familles maghrébines et africaines pour survivre au sida.

[49] Cette affirmation se trouve dans la Lettre d’information du CRIPS n° 10, un compte rendu d’une rencontre sur le thème des migrants autour du sida, voir Quand le sage montre la lune....

[50] Lire l’enquête du réseau Prochoix, Arcat-Sida, Cheminade et les islamistes : liaisons dangereuses, et écouter notre interview de Fiametta Venner de Prochoix, L’humanitaire tue : Arcat Sida, les liaisons dangereuses.

[51] Cette dénomination apparaît sur une liste des subventions accordées dans le cadre de la prévention spécifique. Cette liste m’avait été communiqué de façon informelle (par télécopie) par un membre de la Direction générale de la Santé.

[52] Pourquoi nous refusons la parodie de l’Agence nationale de recherche sur le SIDA (ANRS).

[53] En 2000, un an et demi après la publication du Rapport sur la situation du sida au sein de la population, étrangère, l’Institut national de veille sanitaire affichait toujours le même mépris et refus de dialogue avec les concernés, lire à ce sujet L’Institut de veille sanitaire récidive : une dose de mépris et du déni en prime.

[54] C’était à l’occasion du colloque des Elus locaux contre le sida (ELCS, fondée par Jean-Luc Roméro). La dépêche de l’AFP, Chirac "inquiet" de la progression du sida chez les femmes africaines en France, a été reprise par des radios africaines selon une auditrice de Survivre au sida. Moins de 24 heures plus tard, l’AFP a publié une deuxième dépêche, où le chef de l’état s’inquiétait d’abord de l’épidémie « chez les jeunes »...

[55] Les informations sur ce sujet sont rares, mais lire par exemple A New York, 33% des jeunes noirs homosexuels ou bisexuels sont séropositifs.

[56] Voir le bref entretien avec Didi Bertrand, une sociologue haïtienne qui travaillait sur les relations homme-femme avant et après l’esclavage, Haïti : un indépendance chèrement acquise (avec Didi Bertrand).

[57] Déclaration de Cange a été rédigé avec les premiers malades du sida qui ont obtenus la trithérapie qu’on disait « trop chère » pour eux...

[58] Écouter l’entretien avec Michèle Bentata, patronne du service sida de l’hôpital Avicenne à la frontière entre Paris et la Seine Saint-Denis, SIDA Seine St-Denis (1992-2002) : la jeunesse maghrébine et la seringue, dix ans après.

[59] Cela ne s’explique pas par l’absence de données, comme en atteste par exemple cet article d’Impact Médecin, Le sida s’installe dans les banlieues d’Ile-de-France.

[60] Migrants contre le sida avait été le premier groupe à prendre position clairement sur la question de la stigmatisation. Par la suite, les spécialistes, dont certains semblaient vouloir faire carrière en éternisant ce débat, finiront par prendre position, toujours en se démarquant (implicitement ou explicitement) de notre prise de position, voir Priorités et Revendications : 6 Questions, 6 Réponses.

[61] Écouter notre discussion avec Saïd Bouamama, Entretien avec Saïd Bouamama : l’appel des 200 à la résistance populaire.

[62] Nous avons diffusé et commenté la déclaration de Kouchner dans notre émission du 4 décembre 2001, voir SIDA : la stratégie de Kouchner pour gérer la misère des séropositifs.

[63] Le jour de l’émission, l’Association des médecins africains en France et Afrique Avenir, deux associations subventionnées, étaient invitées pour se présenter aux auditeurs, aucun de représentant n’a osé critiquer la déclaration de Kouchner.

[64] Comme d’habitude, la chambre d’instruction de la cour d’appel de Bordeaux a définitivement écarté la thèse du meurtre raciste dans le décès dans un commissariat de Pascal Taïs, malade du sida, en 1993, voir notre dossier, Crimes racistes et sécuritaires.

[65] Pour écouter l’interview de Bernard Pécoul, écouter l’Emission du 10 octobre 2000 (n° 68).

[66] Charlotte Rotman avait résumé sa rencontre avec cette famille dans son article sur le Premier rassemblement des familles maghrébines et africaines pour survivre au sida, le 25 mai 2002, Les étrangers touchés par le sida sortent de l’ombre : manifestation contre une maladie taboue chez les immigrés.

[67] L’Appel au 2e Rassemblement des familles solidaires pour survivre au sida soulignait justement l’équation indécente implicite dans le diction la trithérapie coûte chère : Que vaut la vie d’un Arabe ou d’un Africain malade du sida, lire le texte complet de l’Appel : L’union fait la force : appel au deuxième rassemblement des familles maghrébines et africaines pour survivre au sida.

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