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Homosexualité | Sénégal

Lutte contre le sida : les homosexuels, des malades comme les autres

5 décembre 2003 (Wal Fadjri (Dakar))

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By Assane Saada

La stigmatisation des homosexuels reste si forte en Afrique qu’ils ne sont pas pris en compte dans les programmes de prévention contre le sida. Ils n’osent pas se faire soigner, même si la plupart sont aussi mariés. Au Sénégal, cependant, un centre de traitement et une Ong s’occupent désormais d’eux, non sans mal.

En Afrique, l’homosexualité reste cachée. Ceux qui la pratiquent sont souvent vilipendés et très mal vus par la société. Vingt-neuf pays africains continuent d’ailleurs d’interdire l’homosexualité. C’est le cas au Sénégal où le Code pénal punit d’un à cinq ans d’emprisonnement ceux qui se livrent à ces pratiques sexuelles jugées contraires aux bonnes moeurs. Ce tabou toujours très vivace a de lourdes répercussions sur ceux qui sont touchés par le sida.

Ainsi, au Sénégal, ils n’osent pas aller se faire soigner dans les structures sanitaires. « Nous sommes mal reçus ou éconduits », confie l’un d’eux qui préfère rester anonyme. « Certains professionnels de la santé refusent de nous toucher », ont dénoncé d’autres au cours d’un séminaire tenu en août dernier à Mbour (100 km de Dakar). Craignant aussi d’être dénoncés par des soignants peu respectueux et peu discrets - ce qui signifierait pour eux la mise au ban de la société- ils sont souvent réduits à se traiter eux-mêmes comme ils le peuvent.

Cependant, au Sénégal, comme dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, les homosexuels sont le plus souvent bisexuels. Pour éviter d’être montrés du doigt, ils mènent une double vie. Ainsi, beaucoup d’entre eux sont mariés ou ont aussi des partenaires féminins. En septembre 2002, une enquête portant sur un échantillon de 250 homosexuels de la région de Dakar, menée - avec de grandes difficultés tant les gens craignaient de parler- par une équipe pluridisciplinaire de chercheurs de l’université de Dakar, du Comité national de lutte contre le sida (Cnls) et d’organismes internationaux de développement, révèle que « 88 % des enquêtés ont eu des rapports sexuels avec des femmes ».

Or, ce groupe mal accepté, voire rejeté par les centres de soins et non pris en compte par les organismes de prévention a, selon cette étude, « une mauvaise connaissance des Ist » (ou infections sexuellement transmissibles), dont ils sont nombreux à présenter des symptômes.En outre, « 37 % ont fait usage du condom lors de leur dernier rapport avec une femme et seuls 23 % ont déclaré en avoir fait usage entre homosexuels ». Des taux beaucoup plus faibles que dans l’ensemble de la population où le préservatif est utilisé à plus de 60%. L’absence de prévention auprès de cette communauté a donc des répercussions sur l’ensemble de la société. Le docteur Abdoulaye Ly, chef de la Division sida/Ist au ministère de la Santé, reconnaît ces problèmes et signale qu’un travail de sensibilisation est en cours en direction des médecins. La création d’un réseau de praticiens disposés à les traiter est même envisagée. Le travail de l’un d’eux exerçant à Dakar, qui fait figure de pionnier, est déjà fort apprécié par les homosexuels.

En outre, pour informer les homosexuels et les inciter à aller se faire soigner dans les structures sanitaires, une Ong locale a créé un réseau qui intervient dans cinq localités du pays. Pour agir, elle prend de grandes précautions afin de protéger les participants. « C’est toute une discrétion qui entoure nos causeries et projections de films sur les Ist et le Vih/sida », souligne Alioune Fall qui a travaillé dans ce programme. Ainsi, explique-t-il, « jamais une réunion ne doit se tenir deux fois au même endroit. Ceci afin d’éviter le courroux des populations encore intolérantes vis-à-vis des homosexuels ». L’apparence de ceux qui viennent ne doit pas prêter le flanc à la suspicion : « Les atours et l’allure sont à soigner chez tout homosexuel qui souhaite participer aux réunions », précise un jeune homosexuel fort dynamique pour faire avancer la cause de ses pairs. Pour les faire venir à ces réunions, un travail important est aussi à faire en amont, car beaucoup d’entre eux craignent d’y participer. Pour pérenniser son action, l’Ong forme des homosexuels formateurs et distribue des préservatifs.

Ces séances de sensibilisation se transforment souvent en forums. Ceux qui y participent, en quête d’espace d’écoute et de convivialité, se sentent libérés de la pression qui pèsent habituellement sur eux et peuvent discuter librement. Depuis 2000, les homosexuels sont cités parmi les groupes à risques dans les programmes de lutte contre le sida au Sénégal, mais peu d’actions concrètes ont été entreprises. Cependant, ils peuvent désormais être reçus à la clinique des maladies infectieuses de Fann qui coordonne la lutte antisida. Un pas en avant contre les discriminations qui sapent trop souvent les efforts de prévention.

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