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Campagnes d’information et de prévention | Philippe Lamoureux

Communiqué : Lucien Abenhaïm, Directeur général de la Santé, méprise le droit à la parole et à l’image des familles immigrées confrontées au VIH

25 juin 2002 (lemegalodon.net)

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Communiqué de presse du 25 juin 2002

PARIS, 25 juin 2002 (Migrants contre le sida) — Avec un mépris manifeste, Lucien Abenhaïm (Directeur général de la Santé) et Philippe Lamoureux (Directeur, Institut national de prévention et d’Education pour la santé INPES) viennent d’opposer une fin de non-recevoir à la prise de parole à la tribune de nos familles, à l’occasion d’une rencontre presse organisée aujourd’hui à 17h30 au théâtre Trianon sur la prévention du sida auprès des populations d’origine étrangères vivant en France.

Une attachée de presse nous a sommés d’intervenir depuis la salle, « comme tout le monde » (sic). Cette proposition est indécente : un hommage ne se fait pas depuis la salle, au milieu d’un parterre de journalistes. Elle porte atteinte à la mémoire des 15 000 immigrés et enfants d’immigrés disparus. Elle est une véritable insulte à la dignité des familles concernées.

Le Collectif Migrants contre le sida travaille depuis 1995 pour en finir avec la honte et le déni de la santé publique officielle à propos du lourd tribut payé par les communautés d’origine maghrébine et africaine en France à l’épidémie du sida.

C’est à ce titre que nous avons été témoins de la dévastation provoquée par l’injustice et les inégalités sociales face à la santé, ici en France et dans nos pays d’origine. C’est pourquoi nous avons demandé par courrier daté du 20 juin 2002 une prise de parole, à la tribune, en ouverture de la Rencontre presse, pour rendre hommage aux disparus et aux oubliés de cette épidémie, en France et dans nos pays d’origine.

Depuis 1987, le ministère détient les données épidémiologiques attestant du fait que les familles issues de l’immigration sont surreprésentées parmi les cas de SIDA. La hantise de la stigmatisation a servi de prétexte à l’immobilisme des pouvoirs publics : les familles immigrées les plus pauvres ont été abandonnées seules au virus, à la maladie, à la prison et à la Double Peine.

Aujourd’hui, MM. Abenhaïm et Lamoureux couvrent la responsabilité de l’État dans l’explosion de l’épidémie chez les populations immigrées, en pointant un doigt accusateur vers le « déni » et le « tabou » du sida chez la population étrangère. L’obscénité de ce déni officiel, c’est qu’il rend nos familles, premières cibles de l’épidémie, responsables de leur propre sort.

Cette obscénité atteint aujourd’hui une forme particulièrement grotesque avec le refus d’une simple prise de parole à la tribune de nos familles. Il ne s’agit pas d’un incident anecdotique, ni d’une querelle entre notre association et le ministère. Non, il s’agit bien d’un profond mépris qui nie notre droit à l’image et à la parole. Ce refus est particulièrement aberrant et absurde à l’occasion de la présentation par une réalisatrice issue de l’immigration, des premiers spots de prévention s’adressant directement à la communauté maghrébine.

Malgré notre intérêt pour de tels spots, que nous réclamons depuis des années, ce refus absurde aujourd’hui nous oblige de rappeler que nous avons été soigneusement écarté de leur conception. C’est pourquoi nous ne serons pas présents aujourd’hui pour assister passivement à la récupération de l’histoire de nos luttes pour survivre au sida, de nos cultures de résistance à l’oppression, bref de notre dignité.

Sans maîtrise sur nos propres images, sans droit à la parole, nos familles continueront à en baver sur le front de l’épidémie, en France et dans nos pays d’origine.

Paris, le 25 juin 2002
Migrants contre le sida

Contact presse : Reda Sadki, tél. 06 77 15 04 07