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Financement de la lutte contre le sida

Sida. Les associations de lutte contre la maladie fragilisées par l’attente des subventions

13 décembre 2002 (L’Humanité)

PARIS, 13 décembre 2002 (L’Humanité)

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" Le droit à la santé et la répression sont incompatibles "

Après la période électorale et le " gel républicain " qui ont durement fragilisé les associations de lutte contre le sida, des subventions ministérielles sont supprimées. Vives inquiétudes du côté des acteurs de terrain.

La lutte contre le sida a marqué un tournant dans l’histoire des luttes contre les maladies. Pour la première fois, des milliers de citoyens malades sont descendus dans la rue pour dire stop à l’épidémie. Pour la première fois, les pouvoirs publics ont été violemment pris à partie. Et ils ont dû faire face à une véritable contestation sociale. Loin des opérations caritatives bon teint des traditionnelles associations de lutte contre les maladies, les associations de lutte contre le sida se sont faites militantes et ont fait passer le message : la lutte contre l’épidémie est une lutte politique, éminemment politique. Il faut dire qu’il fallait agir vite. Car cette maladie, sournoise, ne se contentait pas de prendre des vies. Par ses modes de transmission, elle stigmatisait des populations au départ les plus touchées et les plus fragiles. Stigmatisation qui n’a pas fini de faire des ravages et qui nécessite une vigilance permanente. Notamment par les temps qui courent, au vu de la loi de sécurité quotidienne de Nicolas Sarkozy, où prostitués et mendiants sont désormais dans la ligne de mire du super ministre de l’Intérieur.

De la vigilance, on est passé à une vive inquiétude du côté des associations de lutte contre le sida. Touchées par le " gel républicain " pendant la campagne électorale, un grand nombre d’entre elles n’ont toujours pas reçu la subvention pour 2002 de la direction générale de la santé, par l’intermédiaire des DDASS. " C’est vraiment la galère pour les associations régionales, affirme Bertrand Audoin, président d’Ensemble contre le sida, bailleur de fonds de quelque 120 associations. Le ministère de la Santé affirme que les crédits ont été débloqués mais on observe de sérieuses disparités entre les DDASS. On peut penser que certaines d’entre elles ont profité d’une période de flou pour ne plus financer certaines associations. "

Lucien Abenhaim, directeur général de la Santé, à l’occasion d’une conférence de presse, vendredi 30 novembre, sur la lutte contre le sida, a fait passer un document sur lequel il est écrit noir sur blanc qu’" en 2003 les crédits affectés à la lutte contre le VIH sont maintenus à leur niveau de 2002 ". " Une nécessité, rétorque Bertrand Audoin, sinon la moitié des associations ne pourront pas tenir. " Alors que les crédits pour la lutte contre la toxicomanie sont en baisse, avec de lourdes conséquences sur la politique de réduction des risques (voir l’Humanité des 5 et 6 décembre), comment envisager que des associations de santé communautaires comme Cabiria à Lyon, qui soutient l’accès aux soins des personnes touchées par le VIH, notamment les prostitués, ou encore PASTT (Prévention, action, santé, travail pour les transgenres) disparaissent ?

Françoise Guillemaut, de Cabiria, reconnaît que son association a la chance " d’être soutenu par un médecin inspecteur de la DDASS qui se bagarre pour nous. Il connaît notre travail de terrain et même si les crédits sont diminués au niveau de la DDASS, il veillera à maintenir notre budget ". Mais jusqu’à quand ? Les appartements de coordination thérapeutique se trouvent également en difficulté du fait du retard des versements des subventions. Et que dire de la revue Combat face au sida, créée en 1995, subventionnée par le ministère de la Santé à partir de 1997, par la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les toxicomanies (MILDT) depuis 1998, et qui a reçu l’agrément national de Jeunesse et d’Education populaire en 2002 ? La DGS a annoncé fin septembre la suppression pure et simple de la subvention du journal pour cause de " restriction budgétaire ". Autant dire la mort annoncée d’un journal utile au débat public puisqu’il aborde les enjeux sociaux, économiques, éthiques et culturels de la lutte contre le sida... mais sans doute dérangeant pour le nouveau gouvernement.

Gilles Alfonsi, rédacteur en chef du journal, n’a pas hésité à interpeller Lucien Abenhaim à la conférence de presse du 30 novembre. Ce dernier lui a affirmé qu’il souhaitait rouvrir le dossier. Depuis, Nicole Borvo, présidente du groupe communiste au Sénat, a reçu une réponse à la lettre qu’elle avait adressée au ministre de la Santé, Jean-François Mattei. Ce dernier y annonce qu’il a " demandé à (s)mes services un examen attentif de ce dossier ". Combat, pour sa part, revendique une posture de résistance et lance un appel de soutien.

En écho, Françoise Guillemaut affirme que son association Cabiria " fait de la politique. Il ne s’agit pas de tenir la main des malades en pleurant. Notre démarche est citoyenne, puisque nous nous battons pour le droit des personnes à avoir accès à la santé et pour la lutte contre les discriminations. Nous ne pourrons pas, en France, garder un assez bon niveau de santé publique si la politique sécuritaire prend le dessus. Le droit à la santé et la répression sont incompatibles ".

Maud Dugrand