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Financement de la lutte contre le sida

Sidaction : la lutte contre le sida attend son second souffle

12 mai 2001 (Libération)

PARIS, 12 mai 2001 (Libération)

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Les associations espèrent beaucoup des 48 heures de collecte qui ont lieu ce week-end.

Par ERIC FAVEREAU

« On n’a toujours pas d’événement grand public, fédérateur et national. Pourtant, je ne crois pas qu’il y ait une tare attachée à cette lutte. » — Christian Saout, Aides

Est-on sorti du trou noir de ces dernières années qui avaient vu la lutte contre le sida disparaître du devant de la scène ? Ce week-end, à l’initiative de l’association Ensemble contre le sida (ECS), TF1 et RTL lancent une opération commune : 48 heures contre le sida. En images et en sons, de multiples reportages vont être diffusés. Un appel aux dons va être lancé (1) pendant tout le week-end.

Optimisme. « L’an dernier, on avait réussi à collecter près de 15 millions de francs », explique Anne Belian d’ECS. « Cette année, notre dispositif est plus au point. Et surtout, l’air du temps est moins porté à l’indifférence vis-à-vis de l’épidémie. L’opinion se rend compte que la lutte contre le sida a besoin d’argent. » Et Pierre Bergé, président d’ECS d’ajouter, non sans optimisme : « Pour dire la vérité, je n’ai pas eu à tirer la sonnette. Ce sont eux, TF1 et RTL, qui sont venus nous trouver. »

« C’est déjà cela, tempère Christian Saout, président de Aides, la plus importante association de lutte contre le sida. Mais on reste loin du compte. On n’a toujours pas d’événement grand public, fédérateur et national, autour de la lutte contre le sida. Pourtant, je ne crois pas qu’il y ait une tare génétique attachée à cette lutte, qui nous empêcherait de monter un événement unique. Mais voilà, on porte toujours l’échec du Sidaction de juin 1996 qui avait vu l’éclatement au grand jour de la lutte contre le sida. » Cette année-là, en pleine émission, des militants d’Act-Up avaient violemment attaqué le ministre de la Santé de l’époque. Depuis, la fracture n’en finit pas de cicatriser.

Cela avait, pourtant, bien commencé. En 1994, lors du premier Sidaction - qui a vu toutes les chaînes de télévision se réunir dans une soirée exceptionnelle - plus de 300 millions de francs avaient été collectés grâce à 1,4 million de donateurs. Deux ans plus tard, c’est la douche froide : ils ne sont plus que 300 000 donateurs avec, au final, un maigre pactole de 65 millions de francs. En 1998, une simple goutte d’eau : avec France 2 et France 3, à peine 6 millions de francs sont rassemblés. Bref, une chute vertigineuse de la solidarité. Alors qu’au même moment, tant le Téléthon que la soirée des Enfoirés pour les restos du C[oe]ur continuent à voir leurs dons progresser : à titre d’exemple, le Téléthon dépasse maintenant les 600 millions de francs.

« Bien sûr, à partir de 1995-1996, il y a eu la révolution thérapeutique qui a transformé cette maladie en maladie chronique, explique un ancien dirigeant associatif. Les gens ont voulu croire que c’était fini, que l’épidémie était derrière nous. Alors qu’au contraire, il y a de plus en plus de malades qui vivent, il y a de nouveaux besoins à prendre en compte, et il y a cette solidarité que l’on tente de mettre en place avec les malades du Sud. » Mais voilà, la lutte contre le sida apparaît démodée, enfermée dans des divisions internes, repliée sur des « groupes à risques ». Vaille que vaille, les associations doivent s’adapter à ce nouvel air du temps, indifférent et distant.

Aujourd’hui, le milieu associatif reste vivant. Mais éclaté. Les conflits sont finis. Chaque association se maintient ou se développe dans ses activités propres. Alors qu’on va « fêter » le mois prochain les vingt ans de la survenue des premiers cas officiels de cette maladie qui allait devenir le sida, le contexte reste fragile.

Plan social. La semaine dernière, l’association Sol en Si - qui s’occupe des enfants et de leurs familles, atteints du VIH - a été mise en redressement judiciaire, et un plan social avec plus de vingt licenciements est prévu. Act-Up poursuit ses coups de gueule et son combat pour les génériques dans les pays du Sud. Arcat-Sida arrive à se maintenir. De multiples associations poursuivent en province un travail discret.

Et Aides, avec ses comités régionaux et son budget global de plus de 150 millions de francs, continue à se battre. « Avec les collectivités régionales, on arrive à trouver des budgets, mais c’est avec l’Etat que l’on a le moins de subventions », explique Christian Saout. D’où la nécessité, pour tous, de trouver des dons privés. « Rien qu’avec des bouts de chandelle, et de simples prêts de fichiers, on arrive à grappiller quelques millions. Comme disent les gens du marketing, il y a des gisements. C’est possible. Mais je le répète, l’absence de grand événement fédérateur nous limite. ».

(1) Pour un don, composer le 116, tout ce week-end. Ce numéro restera accessible pendant les quinze jours suivant l’opération.