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Industrie pharmaceutique contre Afrique du Sud : un procès-phare

4 mars 2001 (AFP)

JOHANNESBURG, 4 mars 2001 (AFP)

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par Claire KEETON

Industrie pharmaceutique contre Afrique du Sud : lundi s’ouvre à Pretoria le procès intenté par 39 des plus grandes firmes pharmaceutiques mondiales contre une loi sud-africaine favorisant les médicaments "génériques", meilleur marché que les médicaments de marque.

Cette loi, promulguée fin 1997, autorise l’importation des médicaments génériques à bas prix et met en place un mécanisme de contrôle des prix. Elle vise à rendre les médicaments accessibles au plus grand nombre dans le pays le plus touché au monde par le virus du sida : 4,2 millions de séropositifs fin 1999, soit 10% de la population.

Mais elle n’est toujours pas entrée en vigueur : son application a été bloquée en février 1998 par l’action en justice des firmes pharmaceutiques -Boehringer Ingelheim, Bristol-Myers Squibb, Glaxo Wellcome, Merck et Roche entre autres- qui estiment que cette loi viole les règles commerciales mondiales en matière de propriété intellectuelle et est contraire à la Constitution sud-africaine.

Plusieurs organisations non-gouvernementales ont lancé un campagne mondiale pour faire abandonner la procédure par les compagnies pharmaceutiques sur le thème : "La vie avant les profits".

En Afrique du Sud, des manifestations sont prévues le 5 mars, à l’ouverture du procès, à Pretoria, au Cap et à Durban, avec le soutien de la confédération syndicale COSATU.

"L’enjeu de ce procès est de savoir quelle est la priorité : les intérêts commerciaux des compagnies ou les gens qui tentent de rester en vie", estime Ellen ’t Hoen (BIEN ’t Hoen), porte-parole de Médecins Sans Frontières (MSF).

L’issue du procès aura, selon les ONG, un impact déterminant sur l’accès des pays en développement aux médicaments bon marché.

"Ce procès est l’un des plus importants à intervenir en Afrique, Amérique latine ou en Asie, où la plupart des gens n’ont pas accès aux médicaments", estime Zackie Achmat, président de la Treatment Action Campagn (TAC), ONG sud-africaine de lutte anti-sida.

L’Association sud-africaine des compagnies pharmaceutique (PMA), assure que la loi sud-africaine contrevient au droit mondial des brevets.

"Nous soutenons une politique de médicaments bon marché, mais nous n’approuvons pas toutes les mesures prises pour y arriver", a dit à l’AFP la porte-parole de la PMA, Maureen Kirkman.

Selon Belinda Coombe, porte-parole d’Oxfam, organisation humanitaire britannique, la position des compagnies est "hypocrite et cynique".

"L’industrie pharmaceutique parle d’améliorer l’accès aux médicaments, mais elle bloque les moyens de rendre accessible les médicaments bon marché aux malades du sida".

Selon les ONG, 400.000 personnes sont mortes du sida en Afrique du Sud depuis que la PMA et les compagnies pharmaceutiques ont bloqué la loi.

"Ce que nous voulons c’est que les compagnies retirent leur plainte", souligne Mme Coombe. "L’an dernier, elles ont fait dans le monde un chiffre d’affaires de 315 milliards de dollars, dont seulement un pour cent en Afrique".

Cette fois-ci les ONG vont se tenir aux côtés du gouvernement sud-africain, souvent critiqué pour son manque d’efficacité dans la lutte contre le sida.

La TAC souligne que l’un des médicaments contre des maladies liées au sida, le Diflucan est vendu 2 rands (25 cents US) par capsule en Thaïlande, alors qu’il est en vente pour 120 rands (15 dollars) dans les pharmacies sud-africaines.

Ayanthi Ntsluba, directeur au ministère sud-africain de la Santé, a souligné l’intention du gouvernement de défendre sa loi bec et ongles.

"Elle est au coeur de la capacité du gouvernement sud-africain de répondre aux besoins de la population", souligne-t-il.

Prudence Mabela, une adhérente de la TAC, séropositive, dit : "En tant que personne vivant avec le VIH, j’ai l’impression de me suicider si je n’ai pas de médicament". Et elle demande : "Pourquoi les personnes séropositives doivent-elles lutter si durement, quand la seule chose dont nous avons vraiment besoin, c’est de repos ?".

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