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Logement

Expulsions : Dernier round avant l’hiver

25 octobre 2000 (L’Humanité)

PARIS, 25 octobre 2000 (L’Humanité)

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Logement. Expulsions. Des milliers de locataires vivent toujours avec la crainte de se retrouver à la rue. Les offices HLM sont fragilisés par les impayés.

Les associations se mobilisent pour empêcher les expulsions programmées avant la trêve de novembre à mars. Reportage dans le Val-de-Marne avec l’APEIS.

Encore quelques jours à tenir ! Au siège de l’APEIS, à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), les militants de l’association sont tout entiers partagés entre les négociations sur la réforme de l’UNEDIC et la mobilisation pour empêcher les dernières expulsions avantla trêve du 31 octobre (1). " Depuis trois semaines, ça n’arrête pas, confie Malika Zediri, vice-présidente de l’APEIS. Nous sommes sollicités de toutes parts par des familles qui redoutent d’être expulsées d’un moment à l’autre. " L’APEIS n’oublie pas sa fonction première de soutien aux demandeurs d’emploi, l’intitulé de son sigle est explicite : Association pour l’emploi, l’information et la solidarité des chômeurs et précaires, mais pas question pour autant de fermer sa porte à ceux qui demandent de l’aide pour un problème de logement. " Les familles expulsées se recrutent d’abord chez les chômeurs, justifie Malika Zediri, la peur de l’expulsion est une pression supplémentaire qui leur est imposée. C’est donc tout naturellement que nous avons ajouté le droit au logement à notre action quotidienne. "

Les actions de l’APEIS pour imposer un relogement ont d’abord concerné ses propres militants. Le bouche-à-oreille aidant, des dizaines de familles sollicitent désormais l’association. Jacqueline Bouffinier est venue sur les conseils d’une amie. Locataire avec son mari et sa fille d’un pavillon, à Sucy-en-Brie (Val-de-Marne), elle redoute d’être jetée dehors avant la fin du mois. " Et pourtant, souligne-t-elle, j’ai payé la dette que je devais. Le loyer d’octobre a même été prélevé sur mon compte. " Situation encore plus dramatique pour les Doizy, de Créteil. Le mari est au chômage - " · cinquante-deux ans, on me dit partout que je suis trop vieux ", soupire-t-il -, son épouse est en longue maladie, deux enfants de quinze et dix-sept ans vivent sous le toit parental. La famille a été expulsée de son logement le 16 octobre au matin. " On nous a mis à la porte en à peine dix minutes ", raconte Rolande Doizy. Une expulsion d’autant plus surprenante que le bailleur, Créteil Habitat, a accepté, en mars, un plan d’apurement de leur dette de 50 000 francs : depuis six mois, en plus de son loyer, le couple rembourse 350 francs. Après intervention de l’APEIS, la famille Doizy a finalement été relogée par Créteil Habitat.

" Ce n’est pas rare que les propriétaires refusent le maintien dans les lieux même après restitution de la dette, assure Malika Zediri. Au mieux, une proposition de relogement est faite, mais dans un quartier moins coté où sont déjà concentrées des familles pauvres." Une épuration territoriale qui ne dit pas son nom et est à l’opposé de tous les discours contre les ghettos. La sélection se fait aussi dès la demande de logement. Pour écarter les plus démunis, de nombreux bailleurs ont institué, en catimini, une règle de calcul appelée " unité de consommation ". Les revenus de la famille sont divisés par le nombre de ses membres, en dessous d’un plancher (qui varie selon les organismes), l’attribution est des plus aléatoire. " Cette pratique est déjà courante dans de nombreux offices HLM, s’insurge Malika Zediri. C’est la négation du droit au logement pour les plus pauvres. "

Avant toute expulsion, le préfet du département concerné doit donner son aval pour faire intervenir la force publique. Le nombre de recours accordés dans le Val-de-Marne a baissé cette année (900 contre 1 200 en 1999). L’application de la loi contre les exclusions et la mise en place du fonds de solidarité logement (FSL) qui permet aux personnes en difficulté d’accéder au logement ou de s’y maintenir, n’y sont sans doute pas pour rien. La mobilisation des associations contre les expulsions aussi. " L’action collective et les relogements ont sensibilisé l’opinion publique et rendent les pouvoirs publics prudents, insiste Malika Zediri. Mais il y a encore beaucoup trop d’expulsions sans relogement. La plupart des personnes concernées cumulent déjà tous les emmerdements : le chômage, la maladie, les ruptures familiales. Personne ne se donne réellement les moyens d’aller au bout du traitement de ces situations. Les familles sont baladées de bureau en bureau avant d’atterrir devant le juge. Et là, souvent, il est troptard. Dans ce département, nous sommes demandeurs d’un travail plus en amont pour éviter le pire. Nous avons sollicité plusieurs rendez-vous auprès du préfet. Rien, pas la moindre réponse. Il y a au contraire un phénomène d’accélération à la veille de la Toussaint, comme si la préfecture voulait régler à sa manière le maximum de cas. "

Condamnée, il y a un an, à un mois de prison avec sursis et à une amende de 5 000 francs, pour le relogement d’un couple de chômeurs dans son appartement de Bonneuil (Val-de-Marne), Malika Zediri va comparaître en appel le 17 novembre prochain. Mais rien ne saurait la décourager : " Ouvrir une porte pour reloger quelqu’un est illégal, mais c’est légitime ", assure-t-elle.

Didier Berneau

(1) A Paris, les expulsions sont suspendues depuis le 15 octobre. A Marseille, sur décision de la préfecture, elles se prolongent, pour la première fois, jusqu’au 15 novembre. Elles pourront reprendre le 15 mars.

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