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Logement

Metz : des fichiers HLM bien épluchés

14 octobre 2000 (Libération)

METZ, 14 octobre 2000 (Libération)

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LogiEst est soupçonné de « fichage ethnique » sur les demandes de logement.

Par NICOLE GAUTHIER

ccompagné de deux huissiers de justice, Samuel Thomas, vice-président de SOS-Racisme, a épluché vendredi à Metz et à Woippy (Moselle) les fichiers des demandeurs de logements sociaux de la société LogiEst, qui gère 12 500 HLM dans l’Est. Munie d’une ordonnance du président du tribunal de grande instance de Metz, la petite troupe recherchait un éventuel « délit de fichage ethnique ». Elle a trouvé, au moins pour partie, ce qu’elle cherchait : 609 Français nés à l’étranger sont signalés par leur « pays de naissance ». Or, depuis le 21 janvier 1997, la Commission nationale informatique et libertés n’autorise que la mention de la nationalité et du lieu de naissance (commune).

Les huissiers sont également tombés, dans la rubrique « bloc-notes », sur un commentaire trivial accompagnant la demande d’un jeune couple de 24 ans, hébergé chez les parents : « Propositions faites dans le même secteur refusées. Vu le profil... ils attendront, il n’y a donc plus urgence. » La même note fait état de « l’attitude arrogante » de la jeune femme lors d’une visite chez LogiEst.

Enfin, dans l’antenne de la banlieue populaire de Woippy, les huissiers et le représentant de SOS ont pu consulter les appréciations manuscrites portées par les enquêteurs de LogiEst pour les demandeurs de l’aide du fonds de solidarité pour le logement. Ce qui donne une flopée d’allusions à la tenue vestimentaire, notamment des jeunes femmes : « Bien qu’européen, sa jeune épouse est vêtue à la mode musulmane. » Ou : « Malgré sa nationalité française, Mme N. a gardé les coutumes algériennes. » « Références religieuses », a apprécié Samuel Thomas. Ces observations feront l’objet d’un procès-verbal rédigé par les huissiers.

A l’AFP, le directeur de LogiEst, Jean Werlen, a affirmé que les mentions d’état civil « rendues obligatoires par la législation » contenaient effectivement « la ville, le département et le pays de naissance », « informations comparables à celles contenues dans un numéro de Sécurité sociale ». A la nuance près que les fichiers informatiques de LogiEst ne prennent souvent pas la peine de mentionner la commune de naissance des immigrés, pour ne souligner que le pays d’origine. Ainsi les huissiers ont-ils pu constater un nombre important de Français nés à « Maroc, au Maroc ». Ou encore cette incongruité : un Français né à Paris dont le « pays de naissance » indiqué est... l’Algérie.

Jean Werlen assure aussi que le « bloc-notes » n’est pas communiqué aux commissions d’attribution de logements sociaux. De fait, SOS-Racisme n’est pas en mesure de démontrer que ce « fichage ethnique » est utilisé pour choisir les demandeurs. En revanche, l’expédition messine met une nouvelle fois en valeur l’extrême attention que portent les bailleurs à l’origine ethnique de ceux qui cherchent, d’abord, un logement.

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