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Financement de la lutte contre le sida

Les dons des Français : l’aide aux personnes en difficulté avant la santé

13 octobre 2000 (Quotidien du Médecin)

PARIS, 13 octobre 2000 (Quotidien du Médecin)

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En temps, en argent ou en nature, les dons effectués par les Français font l’objet d’un recensement grand format réalisé par la SOFRES pour le compte de la Fondation de France et de son Observatoire de la générosité et du mécénat. Qui donne ? Selon quelles modalités ? Et à qui ? Les organisations d’aide aux personnes en difficulté arrivent en tête, le domaine de la santé et celui de la recherche médicale ne venant qu’en troisième et quatrième positions.

A la différence des enquêtes annuelles publiées par le rapporteur de la Cour des comptes, Jacques Mallet, et qui mesurent en volume les montants des dons effectués par les Français, ce nouveau « baromètre de la générosité en France » est purement qualitatif. 6 732 personnes ont été interviewées à leurs domiciles par les enquêteurs de la SOFRES pour apprécier, sous l’égide de l’Observatoire de la générosité et du mécénat, leurs caractéristiques selon l’âge, le sexe, la situation de famille et la catégorie socio-professionnelle. Le baromètre fournit aussi d’intéressantes informations sur les types de dons effectués (bénévolat, nourriture, vêtements, chèques, argent liquide, etc.) et les bénéficiaires de cette générosité.

Les femmes en tête

50 % des Français déclarent avoir fait au moins un don depuis un an. Parmi eux, le profil-type du plus grand donateur est une femme (54 % des personnes ayant donné une fois dans l’année) ; elle vit en couple (53 % contre 43 % de personnes seules), appartient à la tranche d’âge des 50-64 ans (58 %, contre 36 % des jeunes de moins de 25 ans et 46 % des 25-35 ans).

Ce sont les cadres supérieurs qui donnent le plus régulièrement (60 % des foyers et 65 % de la tranche de revenus supérieure à 15 000 F mensuels), suivis par les professions intermédiaires (53 % de donateurs réguliers). Quant aux employés et aux ouvriers, 44 % d’entre eux se disent habitués à donner (46 % des ménages dont le revenu est compris entre 6 500 et 10 000 F).

Parmi les « critères discriminants » révélés par l’enquête (pour reprendre le jargon des sondeurs), la pratique religieuse influe sur le comportement philanthropique : les catholiques pratiquants représentent environ 30 % des donateurs réguliers, alors que leur poids dans la population française n’est que de 20 %.

Hit-parade du bon coeur

Le deuxième chapitre du baromètre fournit des informations intéressantes sur les causes aidées, en quelque sorte le hit-parade du bon coeur de nos concitoyens (voir le graphique). Premières, celles qui sont qualifiées de « causes de proximité » : l’aide aux associations s’occupant de personnes en difficulté, avec 46 % des dons. Elles concernent des associations à la forte médiatisation (Restos du Coeur, Fondation Abbé Pierre, etc.) et au statut fiscal avantageux, grâce à l’amendement Coluche, qui leur vaut un bonus de déductibilité fiscale, supérieur de 10 % à celui qui s’applique aux autres causes (« le Quotidien » du 10 décembre 1998). Un autre facteur d’explication à cette place de leader de la charité publique, c’est la possibilité pour les donateurs d’effectuer des actions de toutes natures : nourriture, vêtements, temps et argent.

En deuxième position, avec 33 % des dons, vient l’aide directement effectuée auprès d’une personne, sans passer par le canal d’une association, par exemple pour secourir un SDF croisé dans la rue.

Et loin derrière, à 22 % des dons, c’est la santé. « Il est probable, analyse laconiquement l’Observatoire, que ce domaine pâtisse, encore aujourd’hui, de certains scandales ». La recherche médicale se situe sensiblement au même niveau, avec 20 % de citations des personnes interrogées.

Fermant le ban, l’éducation, l’aide au tiers monde (17 %) et, à des taux très peu élevés, l’aide au logement (7 %), la défense des droits de l’homme (6 %), l’aide aux syndicats (4 %) et l’aide à l’environnement (3 %).

Somme toute, les donateurs affichent une préférence marquée pour le secours apporté aux personnes dans la difficulté matérielle, au détriment de la défense des grandes causes ou nobles idéaux que constituent les droits de l’homme et la préservation de l’environnement.

Le don en argent classé premier

Sur la nature des dons, le baromètre distingue le don en argent, classé premier, avec 40 % des donateurs, le don en nature, 34 %, et le don en temps, pour ne pas dire le bénévolat, 15 %.

Parmi les différents dons d’argents, les plus nombreux sont effectués par chèque ou virement (bancaire ou par Internet), à 22 %. Presque ex aequo, les dons de la main à la main, auprès d’une personne qui quête, que ce soit pour elle-même ou pour le compte d’une organisation, à 21 %. Les dépenses dont une partie sert à financer une cause, à 17 %. Les prélèvements automatiques, enfin, ne sont choisis que par 2 % des donateurs.

Un réseau européen sur la philanthropie

La prochaine mouture de cette étude qualitative sera publiée en octobre 2002. D’ici là, la Fondation de France et son Observatoire promettent de nouvelles investigations dans l’espace européen : « Diverses organisations sont regroupées au sein d’un Centre européen des fondations (EFC), explique le Dr Francis Charhon, directeur général de la Fondation de France. Sous notre impulsion, ce centre vient de décider de mettre en place un réseau entre les chercheurs qui travaillent sur la philanthropie. Ils se réuniront tous à Paris le dernier trimestre 2001 pour lancer des programmes de recherches, notamment sur les évolutions comparées des différents systèmes légaux et fiscaux en Europe. »

Dans la ligne de mire des fondations, le carcan fiscal des Etats qui les privent de moyens plus importants pour augmenter la marge de manoeuvre de la société civile. « Il faut, insiste le Dr Charhon, une mise en cohérence des systèmes de déductibilité au niveau européen. »

Christian DELAHAYE

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