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Blandine Grosjean | Homosexualité

Paris, capitale des backrooms

11 octobre 2000 (Libération)

PARIS, 11 octobre 2000 (Libération)

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Même les patrons de boîte s’inquiètent des dérives.

Par BLANDINE GROSJEAN

« La mode, maintenant, c’est le crade. A Paris, les derniers établissements ouverts sont hard et sales. » — Un volontaire de Pin’s Aides

Paris est bel et bien devenu le premier « bordel » homo - selon la terminologie communautaire - de la planète avec une centaine de lieux de rencontres ou de sexe, dont 43 backrooms, qui attirent une clientèle venue du monde entier. Pour beaucoup d’acteurs de prévention la capitale est devenue « une véritable Cocotte-Minute ». « Le sida avait induit une sexualité clean. La mode, maintenant, c’est le crade. A Paris, les derniers établissements ouverts sont hards et sales. C’est pas seulement le sida que tu peux choper », dénonce un volontaire de Pin’s Aides. Personne ne réclame leur fermeture, comme aux Etats-Unis. Mais un peu de cohérence et une réglementation.

Petites annonces « NoKPote ». La grande époque de la Charte de prévention, unissant les associations aux établissements, a vécu. Personne, pas même le président du Sneg (Syndicat national des établissements gays) ne nie le relapse général qui frappe les militants, découragés, et les patrons des lieux qui ont le sentiment de « pisser dans un violon » quand ils font de la prévention. « Nous, ça fait un moment qu’on alerte les pouvoirs publics et ils ne font rien », se défend Jean-François Chassagne, patron du Sneg et du Quetzal. Chez lui, on a droit à une capote-gel avec la consommation, mais on trouve des petites annonces « NoKPote » sur son site Internet.« Doit-on fermer nos établissements parce que les gens ont de plus en plus de faiblesses ? Mais ils auront les mêmes sous les ponts, à Bercy (lieu de drague extérieur, ndlr). »

Dans les consultations d’urgence, où les « accidentés de la prévention » peuvent bénéficier d’un traitement postexposition (à prendre dans les 48 heures et pendant un mois), les médecins commencent à s’alarmer : « Parmi les hommes ayant eu des relations homosexuelles non protégées, on nous parle de moins en moins de capotes ayant glissé ou explosé. Autre fait nouveau, nous recevons des hommes qui ont passé la nuit dans un établissement commercial où la règle n’est pas la protection et où le multipartenariat rend impossible le dépistage croisé », explique une médecin d’un Centre de dépistage anonyme et gratuit (CDAG) parisien. « Nous n’avons aucun jugement à porter sur l’existence de tels endroits. Mais le fait est que les gens qui les fréquentent et viennent nous voir se révèlent souvent positifs. » Vu le prix des traitements postexposition, certains médecins estiment que « ça fait cher le ticket d’entrée de la backroom ».

4 millions de capotes par an. Tous, et même le président du Sneg, demandent que la Ddass effectue des contrôles réguliers pour vérifier la mise à disposition effective du matériel de protection. Le Sneg achète 4 millions de capotes par an. Tout le monde connaît les établissements où il faut les quémander et ceux qui sont en rupture de stock à une heure du matin. Personne n’ose évoquer un autre souci : l’usage exponentiel de drogues, qui rend vain l’arsenal classique de la prévention basée sur l’information.

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